Jeunesse

Université d’été internationaliste et révolutionnaire

Elsa, étudiante à Paris 1 : « En France, une nouvelle génération combative est née »

Publié le 22 juillet 2016

Elsa, étudiante à Paris 1 et ancienne porte-parole de la Coordination Nationale Etudiante (CNE) en lutte contre la loi travail analyse les caractéristiques de l’avant-garde de la jeunesse française et ses défis.

Le plénier de clôture du vendredi de l’université d’été internationaliste organisé par le Réseau international de La Izquierda Diario en Europe s’intitulait « La lutte des classes en France ». À partir des interventions d’Elsa, étudiante à Paris 1, de Vincent Duse, délégué CGT à Peugeot Mulhouse et de Juan Chingo de la direction du Courant Communiste Révolutionnaire, le débat a porté sur la situation française et les perspectives pour la jeunesse et les travailleurs. Nous reproduisons l’intervention d’Elsa.

Toute la délégation française est très contente d’être à cette université d’été pour partager l’expérience de lutte des classes si intense que nous avons vécue ces quatre derniers mois en France.

Avant tout, dans la mesure où ça a été un grand défi pour une organisation jeune qui s’était formée en temps de « paix sociale ».

Je crois qu’il est important d’insister que dès le 9 mars a surgi un mouvement aux bases très politiques qui se basait sur un slogan qui disait « OnVautMieuxQueCa », c’est à dire plus que la précarité et plus que la loi travail.

La jeunesse s’est rapidement révélée comme un des acteurs principaux du mouvement, un secteur qui a continué à lutter avec beaucoup de détermination. Ça a été une grande surprise pour nous tous parce que l’état du mouvement étudiant n’était pas très bon. Depuis 2010, il ne se passait rien. On traversait des phases politiques difficiles comme l’état d’urgence, sans parvenir à mobiliser largement et nous-même on a été surpris par ce départ important.

Les premières AG qui ont eu lieu dans les universités, à Paris 1 et Paris 8, ont réuni plus de 500 personnes, chose que personne n’avait vu depuis longtemps.

Depuis le CCR, on a joué un rôle important dans la préparation de la mobilisation, en utilisant l’appel venu des réseaux sociaux et depuis le NPA, en appelant à une politique de front unique pour transformer la journée du 9 mars en une véritable date de mobilisation nationale, un appel auquel se sont jointes les organisations de jeunesse, qui exigeaient que les organisations syndicales se joignent. Ça a été la première étincelle du mouvement.

On a essayer de développer l’auto-organisation, avec la proposition de créer des organisations régionales et nationales de coordination. Pour se coordonner et se donner un plan de bataille commun à toutes les universités, pour créer une direction alternative au mouvement, pour donner une direction au mouvement quand les directions réformistes ont décidé de le ralentir.

Nous avons également pensé à comment développer une politique d’exigence envers les directions syndicales. Par exemple, on a proposé de voter que les étudiants aillent au congrès de la CGT pour interpeller Philippe Martinez et lui demander pourquoi il n’appelait pas à une grève générale reconductible.

Les CNE et l’auto-organisation ont été des éléments politiques fondamentaux pour construire le « Tous ensemble » entre ouvriers et étudiants.

La politique des directions syndicales a été d’empêcher que la jeunesse et les travailleurs se retrouvent mobilisés au même moment pour frapper ensemble. Durant toute la première phase du mouvement, quand la jeunesse était à l’avant-garde, nous étions seuls, parce que la CGT appelait à une seule date de mobilisation par mois, n’appelait pas à une grève générale reconductible et se lavait les mains de la répression policière, alors que des milliers d’étudiants étaient réprimés dans les rues.

La question de l’auto-organisation a été un point pour lequel nous avons beaucoup milité et a représenté une expérience politique avancée, bien que limitée, qui s’incarne dans le fait que le mouvement ne s’est jamais massifié, et qu’il s’est toujours limité à une avant-garde large.

La deuxième étape de la mobilisation s’est ouverte à partir de la mi-avril, quand la classe ouvrière est entrée en scène. Elle a fait grève dans des sites stratégiques variés : 7 raffineries, les cheminots, les dockers du Havre, les agents de ramassage des ordures, etc.

Au moment où les travailleurs commençaient à lutter, les universités se retiraient déjà, et le mouvement de la jeunesse reculait. Mais la bagarre et les déterminations se relançaient.

Ce que nous avons essayé de faire à partir de ces coordonnées, c’est de développer un programme de soutien actif aux grèves. Un exemple : il y avait les cheminots de quelques gares parisiennes, nous avons lancé une campagne de soutien financier avec une caisse de grève, mais aussi un soutien politique et moral, en étant présent sur les piquets de grève. Contre la propagande médiatique qui disait que c’étaient des grèves isolées, nous avons montré qu’elles étaient soutenues par la jeunesse et les cheminots ont totalement salué ce soutien. Avec des campagnes envers les usagers et des actions de solidarité.

Le mouvement a donné lieu à une avant-garde très militante et déterminée, avec des comités de mobilisation très nombreux, avec beaucoup d’idées, d’énergie et d’éléments idéologiques radicaux. C’est toute une génération qui a rompu avec le Parti socialiste et plus encore, qui a propos de la question de la répression a fait une expérience politique très forte dans les rues. De même qu’elle a fait une expérience avec le 49.3, le décret d’Hollande qui a permis d’imposer la loi travail en passant par-dessus le parlement.

Cette nouvelle génération a clairement identifié le tournant bonapartiste et liberticide du gouvernement de Hollande et la nature répressive de cet État. En très peu de semaines les slogans se sont transformés dans les manifestations jusqu’à finir par dire : « Tout le monde déteste la police ».

Ça a été une aspiration forte pour construire le « Tous ensemble », une volonté sincère de rompre avec le corporatisme.

Cela nous a permis de nous préparer aux nouvelles attaques que nous attendons pour l’avenir, parce que la loi travail n’est que le commencement de ce que souhaite appliquer la bourgeoisie. Et dans ce contexte, c’est un défis de renforcer les bastions révolutionnaires.

Nous sommes dans une époque où l’Europe voit une recrudescence des idées réactionnaires, et l’émergence d’une nouvelle avant-garde ouvre un nouveau cycle d’affrontements. Mais nous pensons que cela ne doit pas se terminer par une capitalisation pour les organisations réformistes comme Syriza ou Podemos. Ces expériences doivent nous servir pour préparer les prochaines batailles pour être plus nombreux, plus déterminés, plus conscients. Et cette université d’été remplit un rôle fondamental pour cet objectif, pour échanger, pour se critiquer, pour comprendre, etc. pour préparer nos tâches en Europe en tant que fraction trotskyste.