Société

Loïc Citation en procès ce matin

Embarqué pour « rébellion », il risque un an de prison !

Publié le 13 octobre 2016

Lors de la dernière manifestation du 15 septembre, et comme se sont plu à l’annoncer la préfecture et les médias, de nombreux manifestants ont été arrêtés, dont beaucoup pour des faits inexistants. C’est le cas de Loïc Citation, un militant arrêté pour avoir fait remarqué à la foule une arrestation arbitraire ; il passe en procès aujourd’hui et risque un an d’emprisonnement et 1000€ d’amendes, réclamés par un policier en « dédommagement d’un préjudice moral ». Malgré le fait que tous les faits reprochés soient invisibles sur les vidéos qui montrent les dix minutes avant l’arrestation et les traitements violents de la police, c’est encore une victime de la police qui est déclarée comme agresseur. Son procès se déroule ce vendredi à 13h30 au TGI de Paris.

De la solidarité vis-à-vis des interpellés à « l’incitation à la rébellion »


« Le 15 septembre, juste avant la manifestation contre la loi travail à Paris, après mon arrivée devant la place de la Bastille vers 13h30, je suis témoin d’une nasse policière juste devant le filtre policier de la place. Plus personne ne pouvait rentrer pour rejoindre la manifestation et parmi les 40 personnes de la nasse, je vois l’une d’entre elle, d’un coup, se faire interpeller et menotter. Surpris de cette répression policière, je m’indigne de cette atteinte à la liberté de manifester et lance le slogan "Libérez nos camarades" pour éveiller l’attention collective des personnes aux alentours. Tout à coup, alors que cela ne faisait même pas 2 minutes que j’étais arrivé, 3 gendarmes sortent de la nasse, me prennent et me tirent. Je tente de reculer mais ces derniers me plaquent contre le sol violemment. L’un d’entre eux empoigne mes cheveux avec force jusqu’à m’en arracher, un autre me frappe au visage. À terre, un gendarme se met en équilibre debout, ses 2 pieds sur mes 2 genoux. Je saigne du nez, le sang coule sur mon visage et colore le sol bétonné de Paris. Je suis sous la pression du poids des gendarmes, mon bras droit se retrouve écrasé entre mon corps et le sol, les gendarmes n’arrivent pas à le prendre et le tire de plus en plus fortement. Dans la confusion et la douleur, je n’arrive pas à m’exprimer pour leur faire comprendre qu’ils me bloquent le bras en m’écrasant le dos. Finalement, je suis menotté, relevé et plaqué contre le mur dans la nasse. 

La personne menottée est libérée, la nasse se rétrécit, je me retrouve seul dans la nasse. Tout le monde est en liberté, sauf moi. J’essaye de questionner les gendarmes sur les motifs de mon interpellation, je n’ai pas de réponse. Je continue de m’indigner, le gendarme à lunettes qui me tient les menottes me dit "Tais toi ou je te pète les poignets". Je répète ce qu’il m’a dit à voix haute pour que les gens autour de la nasse entendent cette menace, le gendarme exerce une forte pression sur les menottes, je crie de douleur et lui et son collègue disent haut et fort "arrête de jouer la comédie". Terrifié par les menaces, la douleur et le mensonge, pensant vraiment qu’il serait capable de me péter les poignets, je décide, pétrifié, de me taire. »

Une requalification de l’arrestation qui montre bien l’arbitraire policier


« Une dizaine de minutes plus tard, une voiture de police banalisée m’amène au commissariat du 19ème arrondissement. Je ne sais toujours pas le motif de mon interpellation ; finalement, on me signale que je suis en garde à vue pour des faits "d’outrage" et "rébellion". On me dit que mon interpellation est motivée par des insultes prononcées à l’égard des forces de l’ordre. Ayant clairement souvenir de ne pas avoir insulté la police, je mets en avant que de toute façon, la scène entière a été filmée par plusieurs caméras et journalistes. Après 5h de garde à vue, celle-ci est requalifiée, avec en plus de "l’outrage" et la ""rébellion", "d’incitation à la rébellion". 2 heures plus tard, elle sera requalifiée une troisième fois, cette fois-ci sans "l’outrage". Du coup, sans le motif de mon interpellation. Oui, tout va bien.
 
Je passerai mes 24h de garde à vue au côté d’un syndicaliste Sud interpellé dans un filtre policier car ce dernier avait 3 fumigènes dans son sac. Il avait toujours eu 3 fumigènes dans toutes les précédentes manifs. Bref, je suis en procès le 14 octobre pour "rébellion" et "incitation à la rébellion". Je risque jusqu’à 1 an de prison (peine max) et le gendarme "victime" du fait que j’ai reculé pour éviter de me faire interpeller, celui qui m’a arraché des cheveux et menacé de me péter les poignets (oui c’est le même) demande 500 € de préjudice moral et 500€ pour son avocat. Je suis, jusqu’au 14 octobre, sous contrôle judiciaire avec interdiction d’aller à Paris et je dois pointer une fois par semaine au commissariat de Nancy.

"L’incitation à la rébellion" serait caractérisée par cette phrase "On est plus nombreux qu’eux, on leur rentre dedans et on libère nos camarades". Problème, je n’ai jamais dit cette phrase (d’ailleurs il y a 4 versions différentes de cette phrase dans les PV des différents gendarmes auditionnés). J’ai les preuves vidéos et audio, prises depuis mon arrivée par un cameraman. Ce 3ème procès est une vaste blague. »