Emmanuel Barot

Emmanuel Barot

@BarotEmmanuel Enseignant-chercheur en philosophie

Articles de cet auteur

Quand, il y a un siècle, la révolution russe ébranlait le monde

#1917 – Back to the Future

Quand, il y a un siècle, la révolution russe ébranlait le monde

« Il y a peu de membres de la classe capitaliste qui voient venir la révolution. Ils sont pour la plupart trop ignorants, et il y en a beaucoup qui ont trop peur. C’est l’éternelle histoire d’une classe dirigeante qui est en train de disparaître, c’est une histoire qu’on a connue tout au long de l’histoire du monde. Gonflés de puissance et de possessions, enivrés par le succès, radoucis par la surabondance et la cessation de la lutte, les capitalistes sont comme les abeilles mâles qui se pressent autour des cuves de miel lorsque les ouvrières leur sautent dessus pour mettre fin à leur existence d’obèses. »
Jack London, Revolution (mars 1905).

Il y a 60 ans, le 7 janvier 1957, débutait la bataille d'Alger (I)

Colonialisme de l’État français, d’hier à aujourd’hui, d’aujourd’hui à demain…

Il y a 60 ans, le 7 janvier 1957, débutait la bataille d’Alger (I)

La guerre d’Algérie est sans conteste la « névrose française » (Sartre) la plus profonde de l’après-guerre. La ségrégation comme les politiques néocoloniales, le racisme d’État, et la répression policière sévissant en permanence dans les quartiers populaires, véritables enclaves endocoloniales depuis cette période – dont le gouvernement Valls a assuré et légitimé la généralisation depuis l’été 2014, et évidemment depuis novembre 2015 avec la permanentisation de l’état d’urgence au nom de la « lutte contre le terrorisme » – en sont des stigmates exemplaires encore promises à un bel avenir. La « bataille d’Alger » qui a opposé à partir du 7 janvier 1957 pendant 9 mois la guérilla urbaine du FLN à l’opération de contre-insurrection menée par l’armée française, constitue un des principaux tournants de la guerre d’Algérie. Bref retour sur quelques-unes de ses dimensions, à l’occasion des 60 ans de son déclenchement.

Il y a 60 ans, le 7 janvier 1957, débutait la bataille d'Alger (II)

Colonialisme de l’Etat français, d’hier à aujourd’hui, d’aujourd’hui à demain…

Il y a 60 ans, le 7 janvier 1957, débutait la bataille d’Alger (II)

La « bataille d’Alger » qui a opposé à partir du 7 janvier 1957 pendant 9 mois la guérilla urbaine du FLN à l’opération de contre-insurrection menée par l’armée française, constitue un des principaux tournants de la guerre d’Algérie. Après avoir proposé dans la première partie de l’article quelques rappels historiques et rappelé l’importance du film de Pontecorvo de 1966 "La bataille d’Alger", nous revenons brièvement ici sur quelques enseignements plus politiques que l’on peut tirer à partir de cet épisode historique majeur.

Etat, crise organique et tournants bonapartistes à l'ère Trump (I)

De Trump aux primaires de la droite : opérations plébiscitaires sur fond de tournants autoritaires

Etat, crise organique et tournants bonapartistes à l’ère Trump (I)

La victoire de Trump aux présidentielles américaines soulève beaucoup d’interrogations sur la situation internationale : qu’un milliardaire richissime, raciste, sexiste, xénophobe, homophobe, soutenu par le Ku-Klux-Klan etc. puisse occuper la fonction qui reste la plus puissante au sein de la géopolitique internationale, ne peut qu’interroger sur le monde qui vient. Après le Brexit, que beaucoup ne pensaient pas imaginable, cette victoire a fait l’effet d’un séisme encore plus profond. De quoi « le monde selon Trump » va-t-il être le nom… ? Mais la situation française de son côté a de quoi interroger tout autant, à l’aune du tournant autoritaire et réactionnaire qui s’enracine depuis deux ans, et de ce qui se profile déjà pour l’après-présidentielle. Plus conjoncturellement le phénomène des primaires, et bien sûr celle de la droite qui a quasi-plébiscité Fillon, opère comme un instrument de « régénérescence démocratique » profondément conservateur, illustrant en réalité la crise croissante des partis et médiations du même ordre, et l’ancrage d’un populisme revanchard.

Révolution, contre-révolution et autoritarisme en démocratie bourgeoise. Retour sur Marcuse

Entre victoire de Trump et autoritarisme à la française… « relire Marcuse pour ne pas vivre comme des porcs »

Révolution, contre-révolution et autoritarisme en démocratie bourgeoise. Retour sur Marcuse

Herbert Marcuse, philosophe marxiste hétérodoxe, est né en 1898 et mort en 1979 en Allemagne, après avoir passé une part essentielle de sa vie, à partir de 1934, aux Etats-Unis. Son œuvre philosophique et politique s’est centrée sur les conditions de la révolution au XXe siècle à partir d’une enquête au long cours des formes de la contre-révolution, et en particulier les plus autoritaires. Elle mérite aujourd’hui, à l’heure d’une crise organique et d’une autodestruction croissante à l’échelle internationale de la démocratie bourgeoise, et d’une polarisation politique dont la toute fraiche victoire de Trump est une expression majeure, d’être attentivement relue, autant pour ses apports que ses limites.

Violences policières. Sur les tâches démocratiques du mouvement ouvrier

Antiracisme et classe ouvrière. A partir de l’affaire Guillaume Vadot, et de ce qu’elle révèle

Violences policières. Sur les tâches démocratiques du mouvement ouvrier

L’évolution de l’affaire Guillaume Vadot – camarade ayant été agressé le 22 septembre par la police alors qu’il filmait l’interpellation violente d’une femme Noire en gare de Saint-Denis – ainsi que son impact au plan médiatique, jouent en ce moment, de façon accélérée et à divers titres, de puissant révélateur. D’ores et déjà elle nous amène à devoir rediscuter du rôle des organisations du mouvement ouvrier relativement à la question, aujourd’hui au premier plan, de la défense des droits démocratiques.

Le spectre de Machiavel (III)

Le social, le politique et le parti révolutionnaire

Le spectre de Machiavel (III)

« La voix de Machiavel est restée sans écho. » (Hegel, La constitution de l’Allemagne, 1802). Afin de compléter la relecture de Machiavel proposée dans les parties I et II de ce texte, on propose ici une brève cartographie de quelques-unes des principales interprétations qui en ont été proposées dans la constellation marxiste de la dernière période, et d’en indiquer quelques échos dans les débats sur la stratégie et le parti révolutionnaire existant aujourd’hui dans le marxisme et/ou la gauche radicale européenne.

Le spectre de Machiavel (II)

Révolte des Ciompi et au-delà. Base matérielle et inspiration militaire de la stratégie politique

Le spectre de Machiavel (II)

« Dans tous les cas, il faut toujours combattre même avec un désavantage marqué ; car il faut mieux tenter la fortune, qui, après tout, peut être favorable, que d’attendre par irrésolution une ruine certaine. Un général est alors aussi coupable de ne pas combattre que de laisser échapper, en tout autre temps, une occasion de vaincre, par ignorance ou par lâcheté. » Machiavel, L’art de la guerre, 1521

Le spectre de Machiavel (I)

Marxisme et stratégie : 500 ans après, relire Machiavel

Le spectre de Machiavel (I)

On a fêté en 2013 les 500 ans du Prince de Machiavel, et pourtant son spectre rôde encore. Dans le langage courant, on désigne par « machiavélique » un comportement ou une pratique amorale, cynique, brutale, s’auto-justifiant au moyen du principe selon lequel à n’importe quel prix « la fin justifie les moyens ». Rapidement mis à l’index par l’Eglise catholique, la pensée et l’œuvre de Machiavel ont été réduites à cette vulgaire interprétation « machiavélique » d’une justification immorale et brutale de la Raison d’Etat, et d’une toute-puissance accordée aux « princes » (hommes d’Etat détenteurs de l’autorité) en matière de gouvernement, de manipulation, de tromperie des peuples.
Dans les traditions de la philosophie ou de la science politique, qu’elles la défendent ou la condamnent, les réceptions de Machiavel purement et simplement de droite (de Tocqueville à Strauss ou Aron) ont en commun de rabattre le rapport prince-peuple sur un tel rapport descendant de berger à troupeau. Au contraire, pour les traditions républicaines (suivant Rousseau ou Spinoza) ou apparentées (Fichte, Hegel), Machiavel est celui qui a fourni aux peuples des clés fondamentales pour comprendre la logique du pouvoir, des armes cruciales pour la conquête de leur liberté contre l’arbitraire des princes. Machiavel, de plus, à l’orée du capitalisme naissant et au moment où commençait à se développer les « Etats-nations » modernes, a théorisé les conditions de l’unité étatique par laquelle un peuple devient nation, et commencé à affronter les questions centrales relatives à la souveraineté populaire.

Au sein du marxisme, depuis Gramsci qui prit la mesure de cette double interprétation pour la dépasser, il a aussi suscité des usages variés, de Claude Lefort à Althusser en passant par Antonio Negri. Alors que depuis la vague des Indignés, les mouvements et les révolutions arabes de 2001, révoltes, révolutions populaires et luttes de classes refont irruption sur la scène de l’histoire, les leçons de ce « solitaire » (comme dit Althusser) méritent d’être interprétées et de trouver leur place dans le marxisme stratégique dont les prolétaires ont besoin aujourd’hui pour ne pas reconduire les erreurs des dernières décennies. Cet article en trois parties est la version française de l’article « El fantasma de Maquiavelo » publié dans les numéros 8, 12 et 15 de la revue Ideas de Izquierda en 2014.

L'antipolitique autonome et ses illusions

L’antipolitique autonome et ses illusions

Dans un texte du 24 janvier, très ancien à l’aune de la temporalité propre à la lutte des classes et ses accélérations, que trois gros mois de combat contre la loi Travail ont incarné, Julien Coupat et Eric Hazan proposaient une « invitation au voyage » en appelant à un « processus destituant » pour la période à venir, tout particulièrement contre la polarisation programmée autour du rituel pseudo-démocratique de la présidentielle de 2017. Coupat, en compagnie de Mathieu Burnel, est revenu récemment, le 13 juin dans une interview donnée à Mediapart, à l’aune cette fois de ce printemps, sur cette idée de « destitution ». Nous partons ici de ces textes pour discuter certains aspects des courants autonomes qui ont constitué jusqu’ici une des composantes de ce printemps de combat contre la loi travail, en particulier dans la jeunesse.

Le prix de la démocratie

En réponse à une tribune co-signée par Olivier Besancenot dans le Monde

Le prix de la démocratie

« La répression est une action continuellement exercée par la classe des exploiteurs contre ceux qu’elle exploite. Elle peut, comme chez Simca, prendre la forme de la violence organisée, engager des nervis armés ; elle peut se réduire à la menace permanente de licenciement, aux brimades, à l’isolement systématique, dans l’entreprise, du militant syndiqué ; elle est toujours là, présente, inévitable, parce que seule la violence – qu’elle se déchaîne ou simplement qu’elle se montre – peut soutenir et prolonger cette violence fondamentale qu’est l’exploitation. En ce sens tout – et d’abord l’embauche et la prétendue liberté du travail – est violence et peut se transformer en répression. La répression sanglante et armée, le maintien du désordre existant par le ramassis en uniforme qu’on appelle les forces de l’ordre, n’est qu’un cas particulier de l’action répressive qui s’exerce en permanence contre les travailleurs dans la société où nous vivons. […]
Nous dénonçons cette répression non pour améliorer le régime mais pour faire voir à tous, à cette occasion, l’ignoble nudité qu’il essaie de masquer. [Nous soulignons…] notre but profond, par-delà nos objectifs immédiats – le secours apporté à nos camarades – doit être le renversement de la classe dominante : avec sa destruction et avec elle seule prendra fin la répression. […] Nous ne condamnons pas la classe dirigeante et son appareil d’Etat pour des crimes qui auraient pu ne pas être commis mais, tout au contraire, pour des crimes qu’ils ne pouvaient pas ne pas commettre et qui montrent clairement que notre combat est politique. »

J.-P. Sartre, « Il n’y a pas de bon gaullisme »*, 1968

Printemps 2016, un retour contrasté de la lutte des classes

Printemps 2016, un retour contrasté de la lutte des classes

Après les attentats du 13 novembre à Paris, l’instauration prolongée de l’état d’urgence au nom de la lutte contre le terrorisme a donné des ailes à la politique néoconservatrice de Hollande et du gouvernement Valls. Ceux-ci ont cru pouvoir passer à la vitesse supérieure et attaquer sans risque, au grand bénéfice d’un patronat de longue date en attente d’une contre-révolution thatchérienne en bonne et due forme, le reste des conquêtes historiques du mouvement ouvrier sur le terrain du Code du travail. Le projet de loi travail dite « El Khomri » du nom de la ministre qui l’a portée, rendu public fin février dans la presse, a au contraire, aux antipodes de leurs anticipations, suscité depuis début mars une vaste mobilisation au plan national.

Renforcer le « pouvoir citoyen » ou assumer la lutte de classes ?

Renforcer le « pouvoir citoyen » ou assumer la lutte de classes ?

Le processus de mobilisation contre la loi El Khomri, depuis début mars, a fait émerger trois « acteurs » ou centres de gravité qui, jusqu’ici, n’ont pas réussi à converger concrètement et à optimiser leurs forces mutuelles. Le monde du travail, organisé et canalisé avant tout par l’intersyndicale nationale et rythmé par des journées de mobilisation très espacées ; le mouvement de la jeunesse (étudiante et lycéenne), qui après de longues semaines de lutte, passe actuellement, fruit de son isolement et de la répression que celui-ci a facilité, mais aussi des vacances scolaires dans certaines régions en Ile de France en particulier, par une phase reflux partiel ; et ce phénomène politique hybride et complexe qu’est Nuit Debout. Une fraction notable, surtout dans les bases les plus combatives, mais encore minoritaire chez les travailleurs, la jeunesse, et Nuit Debout, s’accordent de fait sur la nécessité de la « convergence des luttes », et de part et d’autres beaucoup d’expériences illustrent ici et là des processus de fusion (à l’image des commissions « convergences des luttes » ou encore de la commission « grève générale » à Paris, et nombre d’appels en ce sens, par exemple émanant de la CIP). Mais cette concrétisation tarde à s’effectuer à grande échelle, et ce n’est pas un hasard. Et si la situation est encore largement ouverte, au seuil des 28 avril, 1er mai et de la rentrée scolaire le 2 mai, rien ne garantit que cette convergence puisse aller jusqu’au bout. Face à cette temporalité et ce défi, différentes options surgissent sur comment passer réellement à l’acte, engageant une certaine vision du rapport entre dimensions « socio-économique » et « politique » du combat. Toutes ces options ne se valent pas.

Entre grève générale et « indignation à la française », vers la croisée des chemins

La Nuit Debout

Entre grève générale et « indignation à la française », vers la croisée des chemins

Plus d’un million de personnes dans les rues le 31 mars, un appel des organisations de jeunesse pour le mardi 5 avril, une nouvelle journée nationale interprofessionnelle de grève et de manifestations prévue le 9 avril, sans compter le calendrier voté par la dernière Coordination Nationale Etudiante… tout cela reflète clairement que les vacances de pâques à venir ne sont aucunement anticipées comme un obstacle à l’enracinement et la généralisation de la bataille – comme pour le CPE en 2006 – d’autant que l’agenda parlementaire, prévoyant pour la fin mai toute validation définitive du projet de loi Travail, saura entretenir l’attention... Pour autant, le 31 mars ne représente pas un « tournant » de la mobilisation au sens où il y aurait un « avant » et un « après » bien distincts, il y a encore beaucoup à faire, même si c’est un cap franchi par rapport aux journées antérieures démontrant que la mobilisation actuelle s’amplifie.

Dans ce contexte, la suite est encore très ouverte, à la croisée de plusieurs chemins, de plusieurs scénarios. Des germes de choix stratégiques en tension, tout à fait inégalement viables, se font ainsi jour, même si c’est encore à l’état d’esquisses. Le défi de la nouvelle séquence ouverte par le 31 reviendra à savoir articuler correctement ces différentes orientations, qui ne sont pas a priori incompatibles, mais peuvent très vite le devenir si l’on n’a pas à l’esprit certaines leçons de défaites passées, d’impasses encore toutes fraîches, alors que l’occasion fournie par la faiblesse profonde d’un gouvernement qui, au final, n’a à peu près que l’arme de répression pour se défendre, est d’une certaine façon optimale si, en face, aucun acteur ou centre de gravité de la mobilisation ne finit par transiger.

Démocratie des luttes et auto-organisation

La vraie radicalité, c’est réussir à mettre des milliers de gens dans les rues

Démocratie des luttes et auto-organisation

Il y a naturellement toujours eu des désaccords stratégiques, dans le mouvement social et ouvrier, puis dans le mouvement de la jeunesse, lycéen comme étudiant, sur la façon de construire l’unité dans les luttes. Ce début de mobilisation contre la loi El Khomri ne fait pas exception. Nous nous autorisons ici quelques remarques sur les implications de ce désaccord, à l’occasion du second exemple, qui rejoue, sans surprise, un débat de fond qui remonte à loin. Au XIXe siècle, le débat s’est en effet progressivement ouvert dans le mouvement ouvrier naissant entre deux options. Les « minoritaires », incarnées par Blanqui, estimant que les soulèvements massifs pouvaient surgir d’actions de petits groupes de révolutionnaires déterminés produisant l’étincelle avec exemplarité, et celles cherchant à ce que ce soit les masses dans leur globalité qui, le plus rapidement possible, s’auto-organisent et construisent leurs mobilisations – le rôle des révolutionnaires, des « ouvriers les plus conscients » disait Marx dans le Manifeste étant alors de tirer vers le haut la colère et les mécontentements au moyen de perspectives et d’éléments de programme clairs, mais en aucun cas de se substituer aux prolétaires en lutte. Cette orientation fournira la boussole de la Ière Internationale (Association Internationale des Travailleurs) fondée en 1864, selon laquelle « l’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes ». Boussole dont la traduction pratique – comment organiser concrètement cette auto-organisation - reste toujours aussi délicate à effectuer.

Le procès de l'ironie. Peine requise contre l'universitaire Bernard Mezzadri

« Désormais, il n’est plus question de s’exprimer librement à l’université »

Le procès de l’ironie. Peine requise contre l’universitaire Bernard Mezzadri

Ce jeudi 28 janvier, le ministère public du Tribunal correctionnel d’Avignon a requis une peine de 2000 euros d’amende avec sursis à l’encontre de Bernard Mezzadri. Ce dernier comparaissait parce qu’il aurait « provoqué à la discrimination, à la haine ou à la violence à l’égard d’une personne ou d’un groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée »

Turquie. Chasse aux sorcières contre les universitaires

Solidarité avec les intellectuels turcs

Turquie. Chasse aux sorcières contre les universitaires

Une pétition initiée courant décembre signée par plus de 1100 chercheurs et universitaires, de Turquie, rendue publique le 11 janvier, dénonçait la répression et la violence d’État orchestrées par Erdogan contre le peuple et la résistance kurdes. Le 12 janvier, Erdogan répliquait en lançant une chasse aux sorcières dans un discours rapidement suivi d’effets, avec mesures disciplinaires dans un certain nombre d’universités, une série d’arrestations, et des menaces extrêmes relayées largement, extrême-droite mafieuse du pays incluse. Un mouvement de solidarité international avec les universitaires, et plus largement toutes les victimes de cette répression,doit être relayé et amplifié le plus largement possible.

Un enseignant-chercheur en procès pour avoir ironiquement dénoncé la xénophobie de Valls

Un nouveau délit dans la France de Valls et Hollande : l’ironie

Un enseignant-chercheur en procès pour avoir ironiquement dénoncé la xénophobie de Valls

En d’autres temps on pourrait croire à une mauvaise blague. On se souvient, il y a quelques mois, de Valls vociférant contre le « silence des intellectuels » (de gauche) face à l’isolement du PS, face, entre autres, à la « menace FN ». L’antienne remonte à loin, comme le rappelait Didier Eribon en 2007 dans D’une révolution conservatrice et de ses effets sur la gauche française, en l’occurrence lorsque fut consommée cette « révolution conservatrice » du PS, c’est-à-dire sa social-libéralisation, au cours des années 80, quand toute une série d’intellectuels ont rompu avec lui alors qu’il s’était mis à taper sur les mouvements sociaux et ceux (intellectuels ou non) qui soutenaient ces derniers.

D'Ernesto Laclau à Iglesias : théorie et pratique du (néo)populisme

D’Ernesto Laclau à Iglesias : théorie et pratique du (néo)populisme

Pablo Iglesias répète de longue date qu’il faut oublier le vieux schéma « classe contre classe » devenu incompréhensible, pour le remplacer par le schéma « peuple contre caste » qui serait parlant pour tout le monde. Cet article porte sur une ressource théorique majeure venue appuyer, sinon inspirer, ce positionnement : la théorie de la « raison populiste » d’Ernesto Laclau (né en 1935 à Buenos Aires, décédé en avril 2014).

Relaxe. Grande victoire pour Erri de Luca, la lutte continue !

Patronat ferroviaire et justice de classe forcés à faire machine arrière

Relaxe. Grande victoire pour Erri de Luca, la lutte continue !

L’écrivain italien était poursuivi, depuis 2013, pour « incitation au sabotage » de la ligne TGV (TAV) Lyon-Turin, en raison d’une parole prononcée lors d’une interview avec les correspondants italiens du Huffington Post, selon laquelle les « sabotages sont nécessaires pour faire comprendre que le TGV est une œuvre nuisible et inutile ». Parole de soutien direct aux luttes menées depuis le début des années 2000 par le mouvement écologiste radical « No Tav ». Au terme d’une série d’audiences le parquet de Turin, saisi dès le début par les dirigeants italiens de Lyon-Turin Ferroviaire (société mixte possédée à 50% par l’État français et le patronat ferroviaire italien), avait requis 8 mois de prison ferme. Faute d’un « délit constitué », la relaxe prononcée est une victoire pour la liberté d’expression et le droit de manifester ses opinions politiques.

Ce n'est pas leur chemise que les bourgeois ont peur de perdre

Ce n’est pas leur chemise que les bourgeois ont peur de perdre

« Le bourgeois de nos jours se considère comme le successeur légitime du baron de jadis, pour lequel toute arme dans sa propre main était juste contre le plébéien, alors qu’aux mains du plébéien la moindre arme constituait par elle-même un crime ».
Karl Marx, La guerre civile en France, 1871

Erri de Luca, 8 mois ferme pour une « parole contraire » ?

Liberté d’expression et répression de l’engagement

Erri de Luca, 8 mois ferme pour une « parole contraire » ?

Erri de Luca est un écrivain connu, notamment par le prix Femina qu’il a reçu en 2002 en France pour Montedidio. Ouvrier, engagé dès l’adolescence pour le communisme, et aujourd’hui particulièrement présent en soutien des écologistes radicaux et mouvements sociaux, il fait partie de ceux qui n’ont jamais renié leur engagement des années 60 et 70 dans la gauche extra-parlementaire. En 2013 il s’est solidarisé publiquement du mouvement « No Tav », important mouvement populaire en particulier depuis mai 2003 lorsqu’il a activement contribué à une mobilisation de plusieurs dizaines de milliers de personnes contre la ligne de TGV Lyon-Turin. Au cours d’une interview donnée à la formule italienne du Huffington Post, l’écrivain avait dit qu’il fallait « saboter » cette ligne. C’est pour « incitation au sabotage » qu’il était, depuis, poursuivi par la justice italienne. Ce lundi 21 septembre, le Parquet italien a requis 8 mois de prison ferme à l’encontre d’Erri de Luca, qui en risquait jusqu’à cinq années. Le verdict définitif tombera le 19 octobre.

Faut-il « défendre le code du travail » ?

Faut-il « défendre le code du travail » ?

Il pourrait paraître saugrenu voire provocateur, lorsqu’on se situe résolument du côté des exploités, et des opprimés, de questionner le bien-fondé de la défense de ce qui, aujourd’hui, semble être un des derniers remparts protégeant les travailleurs contre les agressions systématiques des patrons et du gouvernement.

Vous avez dit « souverainisme de gauche » ? Débat avec Fréderic Lordon

Vous avez dit « souverainisme de gauche » ? Débat avec Fréderic Lordon

A la faveur du choc représenté par la trahison de Tsipras et du troisième mémorandum, dans la foulée du « non » du référendum de juillet, la question grecque, et en particulier celle de la sortie de l’euro, vient de susciter le début d’une nouvelle polarisation autour de la question du « souverainisme ». La dramatique intervention de Jacques Sapir, prêt à envisager un front des souverainistes allant de la Gauche jusqu’au Front National contre l’euro et l’Eurozone, a soulevé des interrogations dont il faut tenter de prendre toute la mesure.

Pour un cours nouveau du communisme révolutionnaire

Marxisme, extrême-gauche et gauche de la gauche

Pour un cours nouveau du communisme révolutionnaire

On le croyait définitivement enterré avec le mur de Berlin, et pourtant, à la faveur d’une conflictualité sociale proportionnée aux effets de la crise du capitalisme mondial, le « communisme » a fait retour ces toutes dernières années sur la scène publique, emblématiquement sous le visage de cette « Idée » autour de laquelle, depuis une ambitieuse « Conférence de Londres » en 2008, s’agitent quelques grands noms de la « gauche de la gauche » européenne (Badiou, Zizek, Negri, Balibar, etc.). Fort plastique, cette Idée a profité de l’essoufflement de l’altermondialisme en recombinant certaines de ses illusions majeures : sur ces « multitudes » censées faire la révolution dans un Empire acéphale, par les réseaux sociaux et « sans prendre le pouvoir », ou encore sur les vertus salvatrices d’« Evénements » court-circuitant miraculeusement la prosaïque pesanteur historique, illusions qui toutes germèrent de la décomposition supposée du « Sujet » prolétarien de l’histoire.

Classe, nation, race : à partir d'un ouvrage de Kevin B. Anderson

Classe, nation, race : à partir d’un ouvrage de Kevin B. Anderson

« L’ouvrier blanc ne saurait s’émanciper là où l’ouvrier noir est stigmatisé »

Karl Marx, Le Capital, 1867

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L’entrelacement des questions de classe, de nation et de race, mais aussi de genre, est au cœur des débats théoriques et militants dans la gauche radicale aujourd’hui. Faire retour sur la façon dont Marx lui-même l’avait abordé sera utile, pour rappeler à la fois que ce débat ne date pas d’aujourd’hui, même s’il s’est profondément renouvelé, et que contrairement à nombre d’idées reçues il peut nous apporter un certain nombre d’éléments sur ce plan aussi.

Ciné. Gunman, ou comment assassiner Manchette

Polar et critique sociale

Ciné. Gunman, ou comment assassiner Manchette

En 1981, Jean-Patrick Manchette, figure tutélaire et irréductiblement hors normes, publie La position du tireur couché, polar noir devenu un classique de ce « non-genre » qu’est le réalisme critique rétif à la canonisation universitaire. Pour l’anarcho-marxiste Manchette la littérature noire, littérature « de gare », populaire par excellence, était la « grande littérature morale de notre époque ». La critique avait estimé que ce roman mettait en sourdine les références politiques de ses grands romans antérieurs, à l’image du Petit bleu de la côte ouest ou encore de Ô dingos ô châteaux !. Le « pessimisme » prétendu du livre étant censé donner la clé du quasi « adieu au roman » de Manchette, qui n’en publia, de fait, qu’un autre en 1996. Vision erronée, mais qui a peut-être contribué à ce que Gunman, l’adaptation sortie le 24 juin dernier du Tireur, ressemble bien plus à du Jason Bourne (dont la trilogie a au moins le mérite d’assumer pleinement son registre) qu’à du polar radical, aux antipodes de l’esprit de Manchette.

Néoconservatisme à la française

Quand anti-terrorisme et contre-révolution fusionnent

Néoconservatisme à la française

Appréhender finement la situation politique française n’est pas une mince affaire tant la dernière période semble avoir redistribué en partie les cartes et les localisations. L’idée selon laquelle, depuis un an, le gouvernement opère un tournant répressif et bonapartiste d’autant plus renforcé que les prérogatives régaliennes du régime Ve-républicain ont été relégitimées depuis les attentats du 11 janvier, exige, au-delà de la conjoncture immédiate, d’être mise en perspective sur la plus longue durée. En particulier, elle mérite d’être approfondie sous l’angle d’une définition qui semble être de plus en plus utilisée, celle de « néoconservatisme ».

Sommes-nous en état de « guerre civile mondiale » ?

A propos d’un opuscule de Giorgio Agamben récemment publié

Sommes-nous en état de « guerre civile mondiale » ?

Le Seuil a publié en avril dernier un opuscule du philosophe italien Giorgio Agamben intitulé La guerre civile. Pour une théorie politique de la stasis, contenant deux conférences données en octobre 2001 à l’université de Princeton (Etats-Unis), dans le contexte de l’immédiat post-11 septembre, à peu près au moment du vote du Patriot Act par le Congrès américain. Sur la base d’une généalogie sélective de la notion de « guerre civile » de l’antiquité grecque à aujourd’hui en passant par Thomas Hobbes, théoricien monarchiste anglais du XVIIe siècle, Agamben y prolongeait sa thèse défendue dans d’autres ouvrages selon laquelle « La forme qu’a prise aujourd’hui la guerre civile dans l’histoire mondiale est le terrorisme », avec cette spécificité que c’est la vie elle-même, précisait-t-il dans le sillage de Michel Foucault, qui est maintenant « l’enjeu de la politique ».

Occasion de débuter l’examen du paysage idéologique actuel annoncé dans notre précédent « point de vue », on s’intéresse ici à montrer, sur trois points corrélatifs, la distance problématique prise par Agamben à l’égard de ce qui seul pourrait pourtant donner aujourd’hui l’assise matérielle à sa pensée dans la perspective d’une reconstruction d’une extrême gauche révolutionnaire aujourd’hui : les formes de la lutte des classes dans le capitalisme contemporain, telles que le marxisme permet de les saisir.

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