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Politique

Voeux aux armées

Emmanuel Macron donne à l’armée les moyens de ses ambitions impérialistes

Durant les vœux aux armées à Toulon, Emmanuel Macron a tenté de refermer la crise institutionnelle inédite qui avait eu lieu à l’été dernier, en annonçant de nombreuses augmentations de crédits pour les militaires. Des annonces qui visent aussi à donner les moyens des ambitions de Macron sur l’arène internationale.

C’était la première crise du gouvernement Macron : à peine deux mois après son élection, le chef d’état major des armées, Pierre de Villiers, démissionnait en dénonçant les coupes budgétaires, qui, selon ses dires, « ne permettaient pas d’assurer la pérennité du modèle d’armée auquel je crois pour garantir la protection de la France et des Français, aujourd’hui et demain, et soutenir les ambitions de notre pays  ». Une crise entre le nouveau locataire de l’Elysée et « l’État profond » que le président avait tenté de refermer la brèche en annonçant finalement que le budget de la défense ne serait pas diminué.

Mais de fait, cela n’a pas suffi. Face à un des secteurs les plus influents de l’industrie française, à savoir l’armement, Emmanuel Macron a annoncé de grands investissements, et un porte feuille qui va ravir les Dassault, Thalès et autres NavalGroup. En effet, le président a annoncé vouloir augmenter à 2 % de la part du PIB le budget de la défense d’ici 2025, c’est à dire (pour le PIB de 2017), de porter aux alentours de 50 milliards le budget de la Défense, qui sera en 2018 de 34,2 milliards d’euros. Des investissements très lourds qui vont doper ces industries françaises, dont certaines, comme Dassault Aviation, commencent à présenter des faiblesses industrielles. Quels seront les principaux secteurs concernés ? Dans son discours, le président a appuyé sur les « travaux de renouvellement » des deux composantes nucléaires, l’aérien (donc les avions bombardiers) et océanique (les sous-marins). Deux chantiers qui vont donc augurer d’importantes commandes. Par ailleurs, il a averti les industriels, soulignant l’importance du « taux d’indisponibilité » de certaines forces, qu’il s’agissait de résorber.

Cependant, ces vœux aux armées ont été aussi l’occasion pour brosser dans le sens du poil l’appareil militaire, en rappelant les « victoires » en Syrie face à Daech, dont la défaite militaire ne signifie en rien une pacification de la région. Il a aussi revêtu le costume du général proche de ses troupes, rappelant le nombre de visites qu’il a faites sur les théâtres d’opération, conscient que son armée reste avant tout la pointe avancée de la politique impérialiste française.

Finalement, Emmanuel Macron a annoncé que les provisions budgétaires pour les Opex (opérations extérieures), actuellement de 450 millions d’euros, seraient portées à 1,1 milliard d’euro d’ici 2020. Alors qu’Emmanuel Macron est de plus en plus actif à l’international, notamment au Moyen Orient et en Afrique, mais aussi en Europe, il s’agit pour la France de se donner les enjeux de ses ambitions. A l’image de la Force Conjointe Sahel la question de la capacité d’action et de projection des forces françaises devient de plus en plus importante, au moment où les relations avec les États-Unis sont de moins en moins sur le terrain de la coopération.

Crédit photo : Christophe Petit Tesson, AFP




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