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En 1981 déjà, les délires de la presse bourgeoise sur le "danger communiste"

Depuis quelques jours, les médias bourgeois s'alarment de la percée de Mélenchon, devenu un prétendant sérieux au second tour, au prix d'amalgame douteux. Loin d'être une première...

Marine Le Pen, Emmanuel Macron, François Fillon et Jean-Luc Mélenchon. D’après les derniers sondages, ces quatre candidats sont dans un mouchoir de poche, au point que les "marges d’erreur" laissent planer une vraie incertitude quant au deux qualifié pour le second tour. Dès lors, un phénomène notable est à noter dans la presse dominante. Le candidat de la France Insoumise, réduit à une sorte de mix entre Robespierre et Lénine, est devenu la nouvelle source d’angoisse pour les classes dominantes. Une méthode visant à "rougir" le profil de la candidature Mélenchon qui, s’il n’est pas l’option privilégiée des classes dominantes, ne porte pas un programme "lutte des classes" tel que les éditorialistes et autres journalistes de droite le laissent prétendre. Mais ce cas de figure n’est pourtant pas une première dans l’histoire.

1981. Quand la presse bourgeoise s’alarmait de la candidature Mitterrand

Avec un PCF a environ 20% d’intention de vote, la présidentielle de 1981 avait été marquée par une forte concurrence entre la formation communiste et le PS. Par ailleurs, la figure de Mitterrand était à même de rajouter de l’huile sur le feu, bon nombre de militants étant favorables à un rapprochement des deux géants de la gauche de l’époque. Il était donc bel et bien question d’un combat des chefs, au risque de ne pas accéder au second tour, visant à remodeler durablement le paysage politique à gauche. La suite, on la connaît : Georges Marchais ne recueillera que 15.35% des suffrages, et Mitterrand s’envolera vers son destin présidentiel du haut de ses 25.85% au premier tour, sonnant le glas et la lente agonie du Parti Communiste Français, qui prendra un coup fatal avec la chute de l’URSS.
Néanmoins, la presse bourgeoise "de droite" n’aura eu de cesse d’amalgamer Marchais et Mitterrand sous l’estampille du "péril rouge". Une analyse qui résidait avant tout sur la volonté prononcé du candidat socialiste à s’appuyer sur le programme commun, socle de base de l’alliance PCF/PS depuis 1978. Une tactique de l’Union de la Gauche qui se traduira par l’entrée au gouvernement de 4 ministres communistes, qui quitteront le gouvernement 3 ans plus tard sur fond de désaccords sur les questions européennes, mais après avoir voté la rigueur. Comme avec Mélenchon, les plus fantaisistes des comparaisons étaient alors de mise. Au final, le bilan des deux septennats de François Mitterrand, qui a enclenché le virage libéral du Parti Socialiste, suffit à illustrer que les amalgames de la presse bourgeoise de 1981 était largement fantasmés.

Rougir des candidats de gauche institutionnelle pour effacer les antagonismes de classe

Aujourd’hui comme hier, la stratégie visant "rougir" des candidatures de gauche, même radicales, a à un double objectif. D’une part, il s’agit de mettre un frein à des dynamiques de candidatures qui ne porteraient pas des programmes privilégié par la bourgeoisie, même si ces derniers ne remettent pas en cause les privilèges de classe dont jouissent les possédants. D’autre part, parler de "péril rouge" pour Mélenchon, Marchais ou Mitterrand revient en substance à divulguer à échelle de masse que l’idéologie communiste se résume aux programmes sociaux-démocrates et de gauche réformiste.

Fondamentalement, la manœuvre cherche, sur le plan idéologique, à effacer l’antagonisme de classe entre prolétariat et bourgeoisie de l’échiquier politique, qui plus est lors de l’événement le plus important de la vie politique française, à savoir l’élection présidentielle. Cela relève d’un véritable combat d’invisibilisation. La performance de Philippe Poutou au Grand Débat permet aujourd’hui d’en avoir un exemple explicite.




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