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Crise en Argentine

En Argentine, vers un « sauvetage » à la grecque par le FMI ?

Le gouvernement argentin ne cesse de communiquer sur les bienfaits de l'intervention du FMI pour résoudre la crise financière qui touche actuellement le pays. Il suffit cependant de regarder les exigences du « sauvetage » grec pour se rendre compte que le plan de réduction de la dette publique et le plan de contre réformes affectera en premier les travailleurs et les classes populaires.

« Les autorités (argentines) ont souligné que les objectifs du programme d’aide incluraient une trajectoire claire vers une croissance forte, soutenue et inclusive ; la création solide d’emplois ; le rétablissement de la confiance des marchés à travers un programme macroéconomique clair qui réduit la dette publique ; et assure la protection des couches sociales les plus vulnérables au cours de cette transition. Ces objectifs ont notre plein soutien. »

Voici le message envoyé par Christine Largarde, directrice du FMI suite à la réunion de l’organisme vendredi dernier qui examinait la demande du président Argentin, Mauricio Macri.

Au cours des dernières semaines, l’économie argentine a traversé des moments de fortes tensions, poussée par les secteurs spéculatifs accentuant les effets et les limites des déséquilibres budgétaires. Les taux d’intérêt ont grimpé de 40% et en moins de deux mois plus de 10 milliards de dollars de réserves ont été perdus, avec des taux d’inflation de 30%. La monnaie nationale a perdu 18% de sa valeur face au dollar en seulement 12 jours, le dollar grimpe encore plus face au peso argentin (25 peso pour un dollar actuellement).

Après le 15 mai, qualifié de « super mardi », les marchés ont connu une accalmie en attendant les conditions du FMI en échange d’une aide financière.

Et elles ressemblent fortement aux chantages auxquels ont été soumis les grecs pour éviter la banqueroute et auxquelles le FMI souhaite soumettre les argentins.

Les programmes de « sauvetage » grecs

L’économie grecque est passée par une profonde crise économique, politique et sociale. La demande d’aide financière à la Troika ( FMI, UE et banque centrale Européenne) a saigné le peuple grec.

Après deux premiers plans de « sauvetage » en 2010 et en 2012, un troisième plan est négocié par Alexis Tsipras (Syriza) en 2015 alors que 60% des grecs avaient rejeté les conditions d’austérité imposées par la Troika lors du référendum qui a suivi l’élection. Malgré le rejet de la population, le gouvernement négocie un « sauvetage » de 86 millions d’euros en échange de l’application de plus de 200 mesures d’austérité et de contre réformes.

Quelles sont les recettes du FMI pour réduire les déficits et les dettes publiques ? L’augmentation des impôts et des réformes anti-ouvrières !

Les 300.000 millions d’euros débloqués par les différents organismes internationaux ne sont pas gratuits. En échange, la Grèce a été surveillée par le FMI qui a installé une antenne à Athènes et des mesures drastiques ont été mises en place dans différents domaines. Prenons quelques exemples dans la longue liste. Au niveau du travail, le salaire minimum est réduit à 600 dollars ; réduction des prises en charge des malades et des remboursements dans la santé ; Réforme des retraites : diminution des pensions, augmentation du départ de l’âge à la retraite de 60 à 65 ans ; réduction du nombre de fonctionnaires ; restriction de droits fondamentaux comme le droit de grève ; dans l’éducation publique, réduction du personnel, moins de moyens et moins de matières enseignées.

Même les îles sont privatisées.

Le plan impose la privatisation complète des services et du patrimoine étatique. Pour que la faillite de la Grèce soit rentable pour les entreprises « vautours », la Troika a mis en place une société financière extérieure pour assurer la gestion du patrimoine d’État. Parmi les plans de privatisation les plus illustratifs, il y a la vente du Pirée, de 14 aéroports régionaux mais également de l’aéroport international d’Athènes vendu à une entreprise allemande (Germany Fraport) ainsi que la concession pour 35 ans de l’autoroute. En zone côtière, la marine touristique est également privatisée.
La vague de privatisation inclut la totalité du système énergétique comme le gaz, le pétrole, l’électricité mais aussi toutes les entreprises de télécommunication.
Et comme si cela ne suffisait pas, même des monuments historiques sont vendus comme le château Bibelli à Corfou.

Sauvetage ou naufrage pour les travailleurs grecs ?

Si sauvetage il y a, il a profité seulement aux multinationales qui ont pu s’engraisser grâce aux organismes internationaux dont le FMI sur le dos des travailleurs qui ont vu leurs conditions de vie s’empirer.

Actuellement, le taux de chômage reste très élevé (21,05% en 2017) et touche particulièrement la jeunesse grecque puisque 45,4% des moins de 25 ans sont au chômage. Différents sondages montrent que plus de 50% des adultes pensent que leurs enfants vivront moins bien qu’eux. Le taux de pauvreté avoisine les 25% de la population. Il est donc clair que les classes populaires n’ont pas été les bénéficiaires des mesures d’ajustement.

Pour ne pas répéter l’histoire, c’est aux capitalistes de payer leur crise
"La tolérance sociale et le soutien politique ont leurs limites et nous voudrions être certains d’atteindre un juste équilibre entre l’ajustement budgétaire et les réformes", avait déclaré un responsable du FMI en février 2012 alors que l’ajustement en Grèce a été particulièrement brutal. Rien ne pouvait être plus éloigné de la réalité. Les exigences de l’organisme tombaient brusquement sur le peuple grec.

Il est très important de souligner la résistance héroïque du peuple grec qui a fait plus de 20 grèves générales et plusieurs centaines de manifestations contre les mesures d’austérité. C’est sur cette résistance dans la rue que Syriza a capitalisé dans les urnes en 2015 avec l’élection de Tsipras se présentant comme le champion de l’anti-austérité.

Dès sont arrivée au pouvoir, le gouvernement a changé de discours et a accepté un plan de « sauvetage » plus draconien encore que les deux précédents. Contre un vote largement majoritaire au référendum en faveur du rejet des plans d’austérité, le gouvernement Syriza s’est transformé en quelques mois en administrateur « de gauche » des plans d’austérité et de privatisation sans précédent.

Il faut penser les plans du FMI à la lumière de l’expérience grecque. L’endettement externe montre avec une plus grande vigueur les relations inégalitaires entre les pays impérialistes et les pays « semi-coloniaux ». Le paiement de la dette ne garantit pas la fin des problèmes économiques structurels. Les travailleurs et les classes populaires payent le prix fort de ces mesures d’austérité. C’est pourquoi, le non-paiement de la dette est une revendication de premier ordre pour que ce soient les capitalistes qui payent leurs crises et non les travailleurs.




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