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Genres et Sexualités

Offensive réactionnaire

En Egypte, être homosexuel pourrait bientôt être passible de 15 années de prison

Un projet de loi veut condamner l'homosexualité à 15 ans de prison. C'est le dernier épisode d'une répression sans précédent contre les personnes LGBTI, lancée par le régime du général Al-Sissi après le déploiement d'un drapeau arc-en-ciel lors d'un concert au Caire le 22 septembre.

Réactions des prévenus accusés d’organiser des orgies homosexuels dans un tribunal du Caire lors de leur acquittement le 12 janvier 2015. Crédits : Mohamed El-Shahed. AFP.

Le projet de loi, proposé par Riad Abdel Sattar, député du parti des « égyptiens libres » et soutenu par 67 autres, définit pour la première fois l’ « homosexualité » et prévoit des sanctions lourdes, pouvant aller jusqu’à cinq ou même 15 ans de prison. Si la loi est adoptée, elle sera transmise à l’ami de Macron, Al-Sissi, pour être promulguée.

Le projet de loi qui comporte sept articles, prévoit des sanctions allant jusqu’à cinq ans de prison pour avoir eu des rapports sexuels avec des personnes du même sexe. Le fait de « promouvoir ou encourager l’homosexualité » est également passible d’une peine allant jusqu’à cinq ans de prison.

Jusqu’à présent, les autorités égyptiennes se sont appuyées sur une loi sur la prostitution pour inculper les personnes soupçonnées d’avoir eu des relations homosexuelles, en les caractérisant de « pratiques habituelles de la débauche », une infraction passible d’une peine maximale de trois ans d’emprisonnement. En plus d’interdire de fait l’homosexualité, le projet de loi interdit également la promotion ou la diffusion publique de tout rassemblement ou de toute fête LGBTI, par le biais de publications audio ou vidéo ou sur les réseaux sociaux. Cela serait passible de trois ans d’emprisonnement. Le fait d’exhiber un symbole ou une pancarte LGBTI, tout comme la production, la promotion, la vente ou la commercialisation de ce type de produit, serait aussi passible de trois ans de prison.

Une fois la peine effectuée, les personnes condamnées devront en plus être soumis à une mise à l’épreuve équivalente à leur peine de prison. Or, Amnesty International a pu vérifier que les personnes mises à l’épreuve en Egypte sont souvent maintenues de force dans un commissariat local pendant 12 heures par jour.
Le projet de loi comporte aussi une disposition qui donne aux autorités le droit de « déshonorer » publiquement les personnes condamnées en publiant leur nom et la peine à laquelle elles ont été condamnées dans deux journaux nationaux largement diffusés.

D’après l’Initiative européenne pour les droits de la personne, au moins 75 personnes ont été arrêtées depuis le début de la répression contre les LGBTI le 22 septembre. La plupart d’entre elles ont été piégées par leur utilisation d’applications de rencontre en ligne. Parmi elles, au moins 5 hommes ont été soumis à des examens rectaux qui constituent une forme de torture, et au moins 20 ont été condamnés à des peines de prison allant de six mois à six ans lors de procès expéditifs. Les autres sont détenus dans plusieurs prisons et commissariats en attendant d’être interrogés par des procureurs.

Cette attaque sans précédent contre les LGBTI en Egypte, est relayée dans les médias égyptiens à la solde du gouvernement. Les journalistes qualifient l’homosexualité de « débauche », « perversion », « maladie », ou encore de « déviance ».

Amnesty international demande à Macron de faire pression sur Al-Sissi pour stopper cette escalade lgbtiphobe mais il serait naïf de penser que Macron qui a reçu le dictateur égyptien il y a peu puisse avoir quelque impact ou même la volonté d’interférer dans la politique du dictateur qui a signé de gros chèques lors de sa venue à Paris. Macron avait dit à cette occasion qu’il n’avait pas de leçons à donner en matière de Droits de l’Homme. Il avait déclaré, dans la conférence de presse conjointe, d’une part que « le sujet des Droits de l’Homme […] je l’ai considéré dans le contexte égyptien. […] je suis conscient du contexte sécuritaire et des conditions dans lesquelles le président Sissi opère […] il a un défi : la stabilité de son pays, la lutte contre les mouvements terroristes, la lutte contre un fondamentalisme religieux violent […] nous n’en pouvons pas faire abstraction ».

Alors de fait, les personnes LGBTI seront sacrifiés sur l’autel de la lutte contre le terrorisme. Pour lutter contre cette répression brutale contre les personnes LGBTI, il faut répondre par une solidarité internationale qui défend les droits des personnes LGBTI dans les pays du monde entier et exiger la libération immédiate des prisonniers et l’annulation du projet de loi.




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