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Genres et Sexualités

Homophobie

En Marche maintient son candidat qui qualifiait l’homosexualité d’« abomination » en 2012

Les médias ont usé de toutes les ressources possibles pour nous vendre la République En Marche comme le renouveau politique français. Boniments, clameurs et experts en gestuelle n’auront pourtant pas suffi à dissimuler l’arnaque politique que constitue la « révolution » d’Emmanuel Macron. Après la révélation de plusieurs affaires de corruption au sein du nouveau gouvernement, c’est cette fois-ci c’est un candidat investi par la République En Marche pour les législatives qui fait parler de lui pour des propos explicitement homophobes tenus en 2012.

Crédits photo : Outremers360

« Un homme qui couche avec un homme c’est une abomination »

Octobre 2012. Olivier Serva, alors président du mouvement politique local Eko Zabym en Guadeloupe, est invité sur le plateau de l’émission Buzz Première en tant qu’opposant à la loi sur le Mariage pour tous. Face à lui se trouve David Auerbach Chiffrin, porte-parole de Total Respect, une association de lutte contre l’homophobie. Ce qui devait consister en un débat d’idées bascule rapidement dans une affligeante succession de propos homophobes de la part de l’homme politique. S’appuyant sur sa foi et sur sa lecture assidue de la bible, celui-ci qualifie l’homosexualité d’« abomination », de « péché » et impute aux familles homoparentales la responsabilité d’un taux de suicide en augmentation chez les jeunes. Olivier Serva poursuit en dénonçant les « quelques lobbysparisiens » qui tentent d’imposer le mariage pour tous, affirmant que l’homosexualité est « un choix » d’ordre privé auquel « la société guadeloupéenne n’est pas prête » et ne le sera pas avant « 1000 ans, 2000 ans peut-être ». Son interlocuteur parle peu, comme estomaqué par tant d’aberration.

« Des propos contraires à l’éthique du mouvement présidentiel mais… »

Juin 2017. Depuis ce grand moment d’éloquence, Olivier Serva est devenu vice-président du conseil régional de la Guadeloupe et semble bien décidé à poursuivre sa carrière politique sous la bannière de La République En Marche. Candidat aux législatives dans la première circonscription de la Guadeloupe, il ne s’attendait certainement pas à ce que le site d’information Streetpress ressorte cette pépite télévisuelle des placards. À l’origine peu enclins à répondre aux interrogations sur le sujet, Olivier Serva ainsi que le siège de la République En Marche ont finalement accepté de s’exprimer après que la polémique ait été relayée par la plupart des médias nationaux. Ainsi, le président de la Commission national d’investiture de La République En Marche, Jean-Paul Delevoye, a affirmé que les déclarations d’Olivier Serva « n’étaient pas compatibles avec la charte des candidats du mouvement présidentiel » mais qu’il n’envisageait pas de suspendre sa candidature estimant que « tout le monde a droit à l’erreur » et qu’il laissait donc au candidat l’opportunité de récuser ces déclarations. Ce que ce dernier s’est empressé de faire en affirmant qu’il « regrettait profondément ses propos » et que ceux-ci avaient été « sortis de leur contexte ». « Cinq ans après, ma vision a évolué, le mariage pour tous est passé et il n’est plus question d’avoir ce type de propos qui sontrelativement trop violents » a-t-il déclaré. Sur France Info, Olivier Serva s’est défendu d’avoir jamais été homophobe arguant pour preuve le classique mais non moins irréfutable "J’ai beaucoup d’amis homosexuels".

« En Guadeloupe, au quotidien, on se cache »

Les explications d’Olivier Serva apparaissent évidemment comme peu convaincantes, usant d’adverbes vaseux pour atténuer le caractère grotesque de ses propos. Stéphane Ducamp, président de l’association contre l’homophobie Total Respect et qui soutenait jusque-là la République En Marche d’Emmanuel Macron a fait part de son refus « d’être représenté dans les départements et territoires d’outre-mer par des candidat/e/s LGBT-phobes , et appelle à la désinvestiture d’Olivier Serva.

Cette polémique intervient alors que les actes homophobes et transphobes ont connu une nette augmentation durant l’année 2016, et la Guadeloupe n’est malheureusement pas épargnée. Un peu plus d’un an après qu’un jeune guadeloupéen ait été séquestré et torturé pendant cinq jours à cause de son orientation sexuelle, David Auerbach Chiffrin, interlocuteur d’Olivier Serva lors du débat télévisé et résidant aujourd’hui à Paris, décrit la situation des homosexuels en Guadeloupe comme très préoccupante. « Au quotidien, on se cache. Avant, il y avait des lieux de rencontres pour les homos, comme la place Saint-John-Perse à Pointe-à-Pitre. On y allait à ses risques et périls. Les gens venaient parfois pour casser du pédé. »

Une homophobie ordinaire qu’Olivier Serva entretient et encourage en bon garde-fou réactionnaire des valeurs de la V° République, et ce malgré un « repenti » qui ne trompe personne, puisque le toujours candidat de la République En Marche aura surtout eu à cœur, au moment où la polémique a ressurgi, de défendre sa place pour briguer un siège au sein d’une potentielle « majorité présidentielle ».




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