Société

Les secours ont pourtant été prévenus ...

En plein centre-ville de Sète, un SDF retrouvé mort de froid depuis au moins 24 heures

Publié le 3 décembre 2015

Karel Venuvitch

Ce dimanche matin, le corps sans vie d’un sans domicile fixe de 37 ans a été retrouvé sur l’Esplanade du centre ville de Sète, dans l’Hérault. Contactés à plusieurs reprises par des passants inquiets ainsi que par le patron et le serveur d’un bar, les secours ne sont jamais venus.

Selon l’autopsie pratiquée au CHU Lapeyronie de Montpellier, le jeune SDF était décédé d’un arrêt cardiaque depuis "au moins 24 heures", soit ce samedi. Une situation intolérable qui devient révoltante lorsqu’il est fait état d’une passivité totale des services de secours. Alors que les pompiers ont redirigé les appels téléphoniques des passants inquiets vers le Samu, le patron et le serveur d’un bar ont à eux seuls tenté de joindre les secours pas moins de 3 fois ! A chaque appel, le même message de répondeur : "Bonjour, vous êtes au 115 de l’Hérault. Nous ne sommes pas disponibles pour le moment. Veuillez rappeler ultérieurement. Merci." Le service du Samu social est tenu par l’association Avitarelle, qui délègue les appels à ses partenaires sociaux... dont les locaux sont fermés la nuit ! Si les personnes ayant donné l’alerte se sont heurtées à un répondeur, cela serait donc du à un problème technique lié à l’opérateur téléphonique... ce que reconnait l’interlocutrice de l’Avitarelle : "Cela dure depuis longtemps. Nous l’avons déjà signalé, sans succès..."

Joint par la rédaction du Midi Libre, le commandant Alain Vergé, responsable du centre de secours de Sète, s’est fendu d’une déclaration oh combien cynique : "Les appels reçus sont automatiquement régulés par le médecin régulateur du centre 15, mais sous réserve d’une détresse vitale avérée. Si l’appel est très succinct, qu’on dise simplement qu’un SDF se trouve sur la voie publique sans une notion particulière de détresse avérée, le médecin apprécie s’il faut envoyer des moyens d’urgence comme le Samu, éventuellement la police nationale ou la police municipale. À l’inverse, si l’urgence est avérée, il envoie les moyens de secours nécessaires. Tout dépend de la teneur de l’appel". Ou comment, à demi-mot, rejeter la responsabilité sur les personnes qui ont donné l’alerte, mais qui n’ont pas "convaincu" de l’urgence de la situation d’un homme sur le point de mourir (ou peut être même déjà mort) de froid.

Mieux vaut donc ne pas être en danger de mort après la fermeture des bureaux dans l’Hérault ! Il est clair que si vous ne vous montrez pas assez convainquant, ou que si vous êtes en situation de précarité, vous ne serez pas secouru et mourrez dans l’indifférence la plus absolue. Et ce malgré toute la « préoccupation » exprimée à l’égard des SDF par les porteurs d’idées xénophobes lorsqu’il s’agissait d’argumenter contre l’accueil des réfugiés.

En rejetant la faute sur les personnes ayant tenté de secourir ce SDF, les pouvoirs publics se dédouanent d’une très embarrassante responsabilité, pourtant évidente, de non assistance à personne en danger de mort. Une preuve de plus, s’il le fallait encore, que les vies des exploités et des précaires n’ont guère d’importance aux yeux des autorités publiques.