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Politique

Opération de propagande en bonne et due forme

Entre calinothérapie et mépris. Macron au JT de 13h sur TF1

Au journal de 13h, sur TF1, Emmanuel Macron est monté au front face à la gronde qui se généralise. Avec un Pernaut plus que jamais aux ordres, le président jupitérien a avant tout chercher à apparaître comme un homme fort, prêt à aller jusqu'au bout, en affichant un mépris à toute épreuve, sans oublier une « touche de social », pour montrer qu’il n’est pas (tout à fait) le président des riches.

L’interview télévisée d’Emmanuel Macron au journal de 13h sur TF1, orchestrée par un Jean-Pierre Pernaut au garde-à-vous, aura été une véritable opération de propagande, aux contours assez grotesques. Avec les enfants de l’école de Berd’huis, dans l’Orne, jouant à la pause de midi en toile de fond, le « président des riches » a enchainé les sujets, cherchant à rassurer sa base sociale, déjà bien écornée, et à apparaître comme un homme fort, défendant son bilan et prêt à aller « jusqu’au bout »... malgré les balbutiements sur les points chauds.

Pour les retraités : Merci et au revoir !

« Il n’y a pas de souverain mépris » a tenté d’expliquer Macron sur le sujet de la hausse de la CSG, qui a déclenché la colère légitime des retraités. Il fallait bien le préciser, tant le « président des riches » a affiché un mépris à la hauteur de sa réputation. « Vous avez cotisé toute votre vie, pour vos aînés par vos retraites. Mon problème, c’est que vous vivez 15 ou 20 ans de plus que vos parents et il y a moins d’actifs ». Quelle plaie, ces vieux qui vivent trop longtemps !

Face à la gronde, Macron a affiché un mépris stupéfiant. « Je leur dis merci », a-t-il esquissé, avant d’expliquer que la hausse de la CSG était indispensable, qu’il n’y aurait aucune compensation supplémentaire si ce n’est la suppression progressive de la taxe d’habitation elle-même compensée par d’autres hausses d’impôts pour combler le manque à gagner, et en terminant, comble du cynisme, à ce que nos anciens... fassent du bénévolat pour aider au redressement du pays !

Macron cherche à amadouer les usagers et emporter les syndicats cheminots dans le dialogue social

Question centrale de la situation actuelle, la mobilisation des cheminots a été noyée au milieu d’un ensemble de sujets, dont celui de l’image perçue par les « Français » du président, comme « président des riches » dont le locataire de l’Elysée ne s’est pas tout à fait départi en défendant sa réforme de l’ISF : « Je ne veux pas qu’ils payent s’ils investissent ». Tout un programme !

Dans le petit reportage précédant chacun des sujets évoqués, aucun cheminot n’a eu le droit de cité, pas plus que les usagers solidaires du mouvement, dont attestent les sondages d’opinion et la cagnotte de soutien qui, chaque jour, amasse des dizaines de milliers d’euros.

Sur le sujet, Macron a avant tout cherché à amadouer les usagers, vantant les mérites de l’ouverture à la concurrence tout en s’appuyant sur le modèle allemand. Jupiter a affirmé que de nouvelles « petites lignes » seraient ouvertes, parlant d’un investissement de 10 millions d’euros par jour pendant 10 ans dans une SNCF à 100% publique. Un discours totalement fantaisiste, qui va à l’encontre du contenu même de la réforme, tout en affichant un mépris total envers les cheminots. « On leur dit, on ne va plus embaucher au statut. Les autres resteront au statut, c’est un contrat […] Ce n’est pas raisonnable d’embaucher les jeunes comme mon grand-père » a-t-il ainsi asséné, tout en revendiquant le modèle de La Poste, qui n’embauche plus sur statut depuis 15 ans.

Sur un autre plan, Macron a joué le jeu du retour au dialogue social, pour casser l’unité syndicale. Cela s’apparente à une forme de rétropédalage puisque, jusqu’ici, la tendance était plus à un passage en force par dessus les corps intermédiaires. « Je respecte les syndicats et leur place dans le dialogue social […] Je les ai entendus. La bonne formule, c’est de faire la réforme ensemble » a-t-il ainsi affirmé, tout en jugeant la réforme comme étant absolument « indispensable » et en affirmant qu’il irait « jusqu’au bout ». Un numéro de passe-passe visant avant tout à la démobilisation afin d’infliger une défaite à l’ensemble des cheminots et, au-delà, à l’ensemble des travailleurs.

Notre-Dame-des-Landes et les universités, des sujets à peine évoqués... pour justifier, sans la nommer, la répression !

Macron a terminé son intervention comme il l’avait commencée, sur le dossier syrien, où il a assumé l’intensification des bombardements aux côtés de Donald Trump : en montrant les muscles.

Les sujets de Notre-Dame-des-Landes et des universités ont été à peine évoqués, « en deux mots », pour paraphraser Pernaut. Et le président des riches a, sans la nommer, justifié la répression. Dénonçant les « agitateurs professionnels », Macron s’en est tenu au retour de « l’Etat de droit » sur la ZAD et dans les facs, ce qui est synonyme de maintien des opérations policières en cours. Au sujet des étudiants, le président a même poussé le vice jusqu’à la provocation : « Si les étudiants veulent passer leur examen, il vaut mieux réviser. Il n’y aura pas d’examen en chocolat ». Ainsi donc, il s’agit d’arrêter la récréation et de retourner sur les bancs sans broncher... sous peine de coups de matraque et de lacrymo.

Arrogant, multipliant les mensonges et affichant un mépris à la hauteur de sa réputation, Macron cherche à apparaître comme droit dans ses bottes pour rassurer et élargir sa base sociale, sans pour autant trop cliver socialement. Il a maintenu son fameux « en même temps » : « on ne peut être juste que si l’on produit et si l’on est plus fort ». Une dernière tentative de faire du populisme macronien alors que, dans les faits, la situation se raidit de plus en plus ? « Droit dans ses bottes », comme Juppé en 1995, pendant les grèves de novembre et décembre. Mais « sympa », comme Chirac, « son ami », cité dans son discours, qui promettait de « résorber la fracture sociale », en se présentant quelques mois plus tôt. Une synthèse compliquée à tenir.




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