Société

Répression face à la détermination des manifestants

Interview. B., jeune manifestant incarcéré 48h suite à la manifestation du 14 juin

Publié le 22 juin 2016

Le 14 juin, lors de la manifestation contre la loi El Khomri, des centaines des jeunes ont été interpellés, et incarcérés, il y a eu des nombreux blessés. Nous avons itterviewé B., jeune manifestant incarcéré pendant 48 heures lors de la manif du 14 juin à Paris.

Pour quoi avez-vous décidé d’aller manifester à Paris le 14 juin ?

B : Nous avons décidé de monter à Paris pour apporter notre grain de sable dans la lutte contre la loi El Khomri car elle affecte de manière négative la classe ouvrière dans son ensemble ainsi que la jeunesse.

Appartenez-vous à un groupe spécifique de manifestants ?

B : Non, nous sommes indépendants, je suis sympathisant de la BAF (la brigade Antifasciste) de Castellon de la Plana, la ville où nous vivions en Espagne, et le CJC (Collectif des jeunes communistes).

Dans quel cadre avez-vous été incarcérés ?

B : Nous étions Place de la République au moment où une voiture a pris feu et l’ambiance commençait à se chauffer. La manif commençait à se dissiper. Nous étions un petit groupe d’une dizaine des jeunes, dans une ruelle, il y avait un groupe de CRS et des policiers. Nous avons voulu éviter d’aller dans leur direction par peur, et nous sommes rentrés dans un restaurant japonais. Les CRS sont rentrés et de manière brutale nous ont fait sortir ; malgré le fait qu’aucun d’entre nous n’a opposé de résistance ils ont commencé à nous taper. Un jeune garçon hurlait qu’on lui avait cassé le bras, à moi on m’a fendu les deux lèvres, j’ai une dent qui bouge maintenant, et j’ai un hématome sur le front de 4 centimètres selon le docteur. En plus j’ai des bleus un peu partout sur mon corps, sur les jambes, j’ai encore mal au poignet, et j’ai rendez-vous demain pour passer une radio.

Quelles ont été les conditions lors de votre incarcération ? Vous avez eu le droit de passer un appel ? Droit à une visite médicale ? Quelles étaient les accusations et quelles ont été les conséquences personnelles de votre incarcération ?

B : A part les agressions lors de l’interpellation, il n’y a pas eu d’autres violences physiques. Mais par contre il y a eu de la violence psychologique car ils nous disaient tout le temps que nous étions filmés par des caméras en train de casser. J’ai demandé à plusieurs reprises la possibilité de voir un médecin, ils discutaient de si cela était vraiment nécessaire ou non, en même temps qu’ils me filmaient et nous traitaient de « gauchistes », en nous disant d’aller casser des choses dans notre pays.

Une fois dans la cellule, sans même un lit, pas une couverture, ils nous ont obligé à mettre des gants bleus, seulement les manifestants.

Finalement nous avons eu droit à un appel et à ce qu’un médecin vienne nous voir, seulement quand ils l’ont décidé.

Les accusations étaient : dégradation volontaire de biens privés en réunion, participation à un groupe armé en vue de commettre des actes de violence, et dégradation volontaire de biens privés par des moyens incendiaires.

Moi, personnellement, on m’accusait d’avoir essayé de jeter à terre les policiers qui m’ont arrêté et d’opposer résistance et de m’être accroché aux tables du restaurant, ce qui est complètement faux et tous les gens qui étaient dans le restaurant l’ont vu.

Les conséquences personnelles… encore plus de haine et de colère contre un système qui peut te criminaliser juste pour manifester, aussi un sentiment amer et de l’empathie pour toutes les personnes privées de la liberté de lutter contre ce système oppresseur.

Après avoir passé 48 heures en détention, que pensez-vous de la situation actuelle ? La loi El Khomri ? Quel est l’influence de votre détention dans votre détermination à continuer la lutte ?

Dans la situation actuelle, je pense que la police exercera encore plus de répression et plus de violence, ce qui ne fera plus qu’attiser les flammes.

On peut faire reculer le gouvernement, et réussir le retrait total de la loi.

Il ne faut pas culpabiliser les jeunes qui se radicalisent, sans comprendre qu’il n’y a pas plus radical qu’un système qui finance les bombes contre les peuples pour exploiter leurs ressources naturelles, qui cherche de l’eau sur la planète Mars tandis que des milliers d’enfants meurent par manque d’eau potable. Nous ne pouvons pas accepter ce système de fous, il faut le détruire à la racine pour les générations futures. On ne peut pas le modifier, on ne peut pas parfumer des excréments. Il est essentiel d’éduquer nos enfants dans les valeurs et les idéaux, leurs apprendre que nous vivons dans un système injuste et inhumain, et que ce n’est pas un bon symptôme d’être bien adaptés.

Continuer de manifester clairement comme je le fais depuis que j’ai 17 ans, chaque fois que je peux, et même s’ils nous ont arrêtés. Même si quelques personnes cassaient les vitres des banques et multinationales, nous n’inculperont jamais ces jeunes qui s’affrontent à la police, mettant en péril leur liberté, car pour nous, toutes les actions contre ce système sont justifiées.