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Politique

Meeting à la Bourse du Travail

« Et si on essayait quelque chose ? », retour sur le meeting de Lordon et Ruffin

Hier soir à la Bourse du Travail, à l’appel de Frédéric Lordon et de François Ruffin, des centaines de personnes se réunissaient à Paris, dans une salle Ambroise Croizat pleine, pour un meeting de résistance face à Macron. Une date de manifestation, un samedi, le 5 mai, soit dans un mois, a été lancée par le réalisateur de « Merci Patron », figure de la France Insoumise.

« Et si on essayait quelque chose ? ». L’événement organisé hier à l’appel de Frédéric Lordon et François Ruffin faisait immanquablement penser à l’initiative « Leur faire peur » qui, le 23 février 2016, il y a plus de 2 ans, posait, dans la même salle de la Bourse du Travail, les jalons de ce qui allait être Nuit Debout.

Un meeting de luttes

Mais, à la différence de 2016, ce n’est plus contre un seul projet de Loi Travail que les prises de paroles sont orientées, mais sur les nombreuses attaques portées par le gouvernement Macron contre différents secteurs. Aux étudiants de la commune libre de Tolbiac, fac occupée contre le Plan Vidal succèdent deux cheminots en lutte contre la réforme du rail.

Mirabelle, une gréviste de Holiday Inn raconte la victoire contre le géant Intercontinental. Egrenant les droits conquis dans cette grève, elle ajoute : « si nous avons obtenu tout ça après 111 jours en sachant que nous étions que 12 grévistes, je me dis… les cheminots qui sont si nombreux… qui sont mieux structurés que nous… qui ont l’habitude de revendiquer… Les cheminots arriveront à faire plier le gouvernement Macron. » Les applaudissements font vibrer la salle.

Ensuite, une infirmière raconte la difficulté de la lutte dans son secteur. Elle est suivie par une intervention de Noura, syndicaliste chez Carrefour, dont la première journée de grève le 31 mars, en réponse à un gigantesque plan de licenciement, a été un succès historique. Après une courte intervention de F. Ruffin, Laure de Greenpeace évoque un plan méconnu du gouvernement, un projet de loi sur l’agriculture et l’alimentation particulièrement creux. « Le gouvernement est entrain de se désengager de toute mesure sérieuse qui pourrait être prise au niveau législatif » explique-t-elle.

Un chauffeur VTC « anti-Uber » raconte les conditions d’exploitation dans ce secteur, particulièrement difficiles, souvent défendu par Macron. Pour lui, ce mythe de l’auto-entrepreneur Uber promu par Macron est « une arnaque pure et dure ». Enfin, Gael Quirante, syndicaliste postier récemment licencié avec l’accord de Muriel Pénicaud rappelle le parcours de cette ministre du travail spécialiste des plans sociaux chez Danone, avant d’appeler à faire converger l’ensemble des bagarres, les bagarres de ceux qui « refusent de courber l’échine » pour enfin aller vers une « grève générale » à même de battre le gouvernement.

Lordon conclue les prises de parole avec le style qu’on lui connaît, fustigeant l’obscénité de la "classe nuisible" et appelant à la convergence des luttes. « Une chimie des malheurs générale est en train d’opérer » affirme-t-il.

Un rendez-vous le 5 mai. Mais pour faire quoi ?

F. Ruffin annonce finalement sa proposition, celle qui doit apporter une réponse à l’ensemble des colères qui se sont faites entendre ce soir. Mentionnant sa théorie des « minorités agissantes », il met l’accent sur la responsabilité des personnes présentes dans la salle. Expliquant, de façon pour le moins expéditive, avoir renoncé à occuper une gare en raison de l’absence de grève reconductible, il propose donc de se réunir le 5 mai pour « faire déborder la rivière, faire sa fête à Macron » . Un samedi, « pour permettre à celles et ceux qui ne peuvent pas faire grève, de se joindre au mouvement », mais aussi pour satisfaire des aspirations qui ressemblent fort à celles de la France Insoumise, qui déjà, en septembre dernier, appelait à manifester plutôt qu’à grever.

L’objectif est de faire de cette date le point de départ d’un mouvement de masse, ce qui n’est évidemment pas sans rappeler le projet de Nuit Debout. Jusqu’à cette date, Ruffin appelle à la formation dans tous les quartiers de « comités du 5 mai », d’AG de ville, pour préparer un événement massif qui sera le point de départ de quelque chose. Que fera-t-on le soir du 5 mai ? La question restera en suspens pour le moment.

On ne doute pas que l’organisation d’un 5 mai puisse mobiliser une partie du milieu militant, mais on se demande si un mouvement qui propose d’agréger les colères sur un week-end, sans même poser la perspective de la construction de la grève aux côtés et avec les cheminots, puisse être en mesure de faire plier le gouvernement. On ne peut que regretter que cette initiative, qui se tiendra dans plus d’un mois, se mette ainsi, de facto, en extériorité avec le mouvement des travailleurs du rail, dont la formidable mobilisation ces 3 et 4 avril donne des sueurs froides au gouvernement. Lorsqu’il affirme à propos de la grève reconductible que, "Pour l’instant, les cheminots sondés... On a rien en vue", Ruffin minimise la réalité du combat en cours dans les AG de gares pour imposer ce mode d’action. Or, ces cheminots pourraient bien être la véritable locomotive de la colère sociale. Plusieurs wagons de secteurs ont déjà illustré leur volonté de s’y raccrocher, la manifestation du 3 avril, étant à une échelle d’avant-garde, l’expression de la convergence qu’il faut organiser et forger avec les cheminots, étudiants, grévistes d’Air France et grévistes du nettoyage.




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