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Notre classe

Izquierdia Diario

Et toi… On t’exploite au travail ?

Il n’est pas rare d’entendre des conversations entre travailleurs et travailleuses dans lesquelles les uns et les autres se demandent s’ils sont ou non exploités au travail ; les uns diront que non, les autres que oui. Ce qui est sûr, c’est qu’il existe au quotidien une vision tronquée de ce qu’est « l’exploitation », qui serait uniquement synonyme « d’abus » ou de « maltraitance », confusion générée par les patrons eux-mêmes. Carlos Muro, IzquierdaDiario.es

Il existe l’idée que selon le niveau de rémunération, et en fonction de si celui-ci est élevé ou non, l’individu sera ou pas exploité. Concrètement, selon cette logique, certains pourront penser qu’un travailleur espagnol d’OPEL - qui peut percevoir un salaire de 2000 à 3000 euros en fonction de son ancienneté - n’est pas exploité, tandis qu’un travailleur de fast-food qui lui reçoit 300 euros par mois l’est.

Ces perceptions masquent sans aucun doute la réalité, car au-delà des abus ou du niveau de rémunération l’exploitation est le fondement même du capitalisme. Le travail salarié, indépendamment de la forme qu’il prend, est la source du profit des patrons. Et quelques concepts peuvent nous aider à comprendre cela.

Travail et force de travail

Karl Marx, le fondateur avec Friedrich Engels du socialisme scientifique, disait que « dans notre société, la grande majorité de la population ne peut compter sur du capital à investir, sur des moyens de production ou quoi que ce soit qui lui permette de survivre, en dehors de ses bras, son corps et son cerveau. Cette capacité de travail, dans le capitalisme, se nomme « force de travail » et les travailleurs doivent la vendre constamment sur le marché en échange d’un salaire. »

Il est commun de penser, comme l’expliquait Marx, que le patron paye le travailleur ou la travailleuse sur l’ensemble du travail réalisé. Cependant ce n’est pas comme ça que cela se passe. Ce que « vend » l’ouvrier au patron ce n’est pas son travail mais sa force de travail. Différencier l’un et l’autre nous permet de comprendre la source du profit capitaliste.

Les économistes bourgeois antérieures à Marx concevaient le travail comme une marchandise, ce qui a conduit à une contradiction au moment d’en déterminer la valeur puisqu’on ne peut pas dire une heure de travail = une heure de travail, cela n’a pas de sens. En différenciant travail et force de travail, Marx répond à la question de savoir comment déterminer la valeur de cette dernière, c’est-à-dire combien coûte au capitaliste le fait de produire la force de travail en tant que marchandise, ou autrement dit, comment reproduire le travailleur. Ceci est déterminé, comme pour toute marchandise par le temps de travail socialement nécessaire pour la produire et la reproduire.

Nous avons donc ici une première définition. L’ouvrier ne touche en réalité de salaire que pour une partie du travail réalisé, cette partie équivaut à la quantité de temps de travail nécessaire pour acquérir tous les biens dont il a besoin pour assurer sa survie et celle de sa famille, ceux-ci pouvant varier selon les sociétés et les époques. Cette fraction de l’ensemble du travail réalisé représente le salaire. Ainsi, Marx il y a 150 ans expliquait comment la loi de la valeur dominait dans le capitalisme.

Salaire et profit capitaliste

Supposons qu’un patron embauche un travailleur ou une travailleuse ; comme nous l’avons dit, ce qu’il « achète » ce n’est pas son travail mais sa force de travail, à savoir la mise en mouvement de ses muscles, de ses nerfs, de son cerveau lors d’un processus productif déterminé. La mise en marche de cette forme spéciale de marchandise achetée par les patrons sera combinée avec les machines et les matières premières nécessaires, il mettra en mouvement les moyens de production disponibles.

Lors de la journée de travail – supposons que celle-ci soit de 8 heures, bien que les capitalistes aient l’habitude de nous faire travailler bien plus que cela – deux constats se posent. Pendant une partie de cette journée, le travailleur produit l’équivalent de ce que le capitaliste destinera à lui payer. Cela est ce que Marx appelle le travail nécessaire.

Supposons que le temps de travail nécessaire pour le travailleur à la reproduction de sa propre force de travail soit de 4h. Arrivé à ce moment là, il pourrait dire « j’ai fait ma part du travail, j’ai rempli mon salaire ». Cependant c’est là que la contradiction émerge ; immédiatement son patron lui dirait qu’étant donné qu’il a déjà vendu sa force de travail pour la journée complète, il est obligé de continuer à travailler le temps restant. Ces autres 4h que le travailleur doit accomplir rattaché à la machine sont des heures non payées et que le patron s’approprie. Cela est ce que Marx appellera le travail excédentaire.

La production de marchandises étant à la fois une production de valeur d’usage et une production de valeur, en matérialisant le travail de l’ouvrier en valeur, le surplus de travail devient plus-value que le capitaliste s’approprie. Ce vol des heures de travail sous la forme de plus-value est la seule source du profit des capitalistes.

Non en tirons donc une autre définition. La plus-value n’est rien de plus que la différence entre la valeur que les travailleurs salariés génèrent au-delà de la valeur de leur propre force de travail ; c’est la source du profit des capitalistes. Pourquoi ? Parce que la quantité de travail – évaluée par le temps – que réalise le travailleur ou la travailleuse durant sa journée de travail afin de produire une marchandise déterminée est supérieure à la quantité de travail nécessaire pour reproduire sa propre force de travail. Autrement dit, la plus-value existe parce que le salarié travaille plus d’heures que nécessaires pour produire et reproduire sa vie.

Le salaire des travailleurs et travailleuses, bien qu’il soit basé sur la valeur de leur force de travail, peut varier en fonction du genre de l’individu, du secteur dans lequel il travaille, les différentes conditions géographiques du pays où il vit, les variations de l’offre et la demande dans leurs postes de travail, et bien sûr en fonction de la lutte des classes et de la capacité des travailleurs à s’organiser.

De ce point de vue, il est faux de dire que si le salarié gagne assez pour assurer ses propres besoins et ceux de sa famille – besoin alimentaires, domestiques, sociales, culturelles, etc. - il n’est pas exploité car le capitaliste fait toujours du profit sur son dos.

Une autre illusion serait de penser que le patron ne fait des profits que lorsqu’il « précarise » la force de travail et augmente le prix des produits. Ce n’est pas comme cela que ça se passe. La mise en marche des moyens de production disponibles – force de travail, machines, matières premières, etc. - permettent au patron de générer à la fin du processus productif une plus grande valeur que celle initialement investie indépendamment de si le salaire est élevé ou non, le travail de 3 ou 8 heures, précaire ou « digne ».

Comme dit plus tôt, beaucoup de travailleurs partent d’une fausse idée de ce qu’est réellement l’exploitation capitaliste. Ces premiers éléments peuvent nous permettre de mieux la comprendre. D’autre part, ils nous permettent aussi d’affirmer que dans ce système il n’y a pas de « travail digne », autre idée très répandue.

Marx dans son livre Salaire, Prix et Profit termine en expliquant que la clé du rassemblement des travailleurs est de démasquer le vrai visage du capitaliste. « L’abolition du travail salarié » sera de là logique et nécessaire.




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