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Monde

Déclaration du Courant Révolutionnaire des Travailleurs

État Espagnol. Contre la monarchie, un référendum et un processus constituant

La monarchie espagnole traverse sa plus grande crise depuis la restauration de la Couronne, à la mort de Franco, en 1975. Elle est remise en cause par des mobilisations sociales qui traversent tout le pays. Face à cette situation, les militants du Courant Révolutionnaire des Travailleurs (CRT) de l’Etat Espagnol et actifs sur la plateforme IzquierdaDiario.es invite à se mobiliser pour exige la tenue d’un référendum sur cette question.

La monarchie traverse sa plus grande crise depuis la restauration de la Couronne en 1975. La remise en cause de cette institution médiévale, imposée comme héritière par Franco lui-même, s’accentue de jour en jour comme le montre ce referendum. La crise du régime issu de la constitution de 1978 atteint enfin son apogée.

Le dernier sondage rendu public récemment, commandé par Podemos, montre que 54% de la population serait en faveur d’une telle consultation. En outre, la position en faveur de la république atteint 46%, contre 27,2% qui souhaitent maintenir la monarchie en tant que forme étatique. Ces données sont très similaires à celles de diverses enquêtes publiées par d’autres médias au cours des dernières semaines.
Au Pays Basque et en Catalogne, le rejet de la monarchie dépasse les 70%. Pour le cas Catalan, Felipe VI est devenu une vraie persona non grata. Il a été massivement hué lors de la manifestation après les attentats d’août 2017 en raison de ses liens étroits avec la dictature saoudienne. Après son discours du 3 octobre, la couronne a définitivement perdu la Catalogne.

Ce jour-là, le roi approuva la répression du référendum du 1er octobre 2017 et donna l’ordre de lancer l’article 155 de la Constitution [1] et la persécution de l’indépendantisme. C’est ce que les enquêtes d’opinion rendent également compte alors que la majorité de la population pense que le roi a joué un rôle négatif en Catalogne. Dans le contexte des dernières semaines, la Maison du Roi a été rejetée par la Generalitat, le Parlement et, récemment, par la session plénière du conseil municipal de Barcelone.

Justement, l’alignement du roi sur les thèses les plus dures afin d’écraser le mouvement démocratique catalan explique en partie pourquoi la couronne accroît sa perte de prestige dans le reste de l’État. Le même sondage cité ci-dessus révèle que la majorité de la population estime que le roi a joué un rôle négatif en Catalogne ; alors que 39% de la population estime que cela n’a pas aidé à résoudre la crise catalane. D’autres enquêtes récentes ont montré que 43% des Espagnols soutenaient un référendum sur l’autodétermination de la Catalogne. À cela, il faut ajouter les scandales de corruption qui ont éclaboussé la Maison du Roi - même si le PSOE, le PP et Ciudadanos sont intervenus pour qu’ils ne puissent pas enquêter sur le roi émérite - et le côté démodé d’une institution non démocratique et héréditaire.
Les démonstrations de rejet de la monarchie ne cessent d’augmenter. Du jeune homme qui a remis un balai à Felipe VI à Majorque lors de sa visite dans les villes touchées par les inondations, aux étudiants qui ont refusé d’être reçus par ce dernier dans les Asturies pour recevoir un prix académique. D’autres initiatives émergent en faveur d’un référendum sur la monarchie : les consultations populaires tenues à Vallecas et qui s’étendent à d’autres quartiers et villes de Madrid, ou encore les groupes d’étudiants et chercheurs de l’Université autonome de Madrid qui appellent à un référendum le 29 novembre prochain.

Ce mouvement suscite une vive sympathie en Catalogne, où le peuple s’est exprimé principalement en faveur d’une république indépendante. Aujourd’hui, beaucoup voient dans l’opportunité d’un référendum dans le reste de l’État, la possibilité de mener une lutte commune contre le régime de 1978 interdisant aux uns et aux autres d’exercer leur droit à décider librement. Ici aussi, des groupes d’étudiants s’organisent pour soutenir les consultations du reste de l’État et exiger que les universités catalanes rompent avec la monarchie.

Ce climat a obligé Izquierda Unida (coalition politique formée principalement autour du Parti communiste d’Espagne) et Podemos à changer de position. S’ils n’ont jamais renoncé à leur préférence pour l’élection du chef de l’État par vote, la question de la république ou la demande d’un référendum sur la monarchie a été explicitement retirée de l’ordre du jour depuis la dernière élection générale.

Les deux formations ont élevé le ton contre cette institution et son caractère non électif. Izquierda Unida a annoncé qu’elle présenterait des motions dans les conseils pour la désapprouver. Pablo Iglesias et Podemos sont maintenant favorables à l’ouverture du débat sur la couronne, surtout depuis que le gouvernement de Pedro Sánchez (PSOE) (dont ils sont partenaires parlementaires), a annoncé que la motion contre Felipe VI approuvée par le Parlement serait portée devant la Cour constitutionnelle.

Bien qu’ils aient commencé à soulever la nécessité d’un référendum, ils n’ont pas encore proposé de motion concrète pour le promouvoir et que le peuple puisse décider de l’avenir de cette institution. La demande démocratique de plus en plus soutenue pourrait se transformer en vacarme dans les mois à venir si le mouvement de consultation continue à se développer. Depuis les "mairies du changement", son appel pourrait devenir effectif.

Depuis le Courant Révolutionnaire des Travailleurs et Travailleuses (CRT) nous accompagnons la revendication d’un référendum sur la monarchie et nous ferons parti des processus d’organisation et de mobilisation visant à imposer cette revendication. Particulièrement les consultations populaires qui sont en préparation et qui devraient être étendues aux villes, aux quartiers, aux universités et aux instituts ; ainsi que les actions en Catalogne qui visent à défendre le mandat du référendum du 1er octobre (et donc la rupture avec la couronne).

Les dirigeants de Podemos et d’Izquierda Unida ont aujourd’hui la responsabilité de passer des déclarations aux actes. C’est à dire reprendre l’exigence démocratique fondamentale du référendum et mettre leurs positions et organisations institutionnelles au service d’une lutte déterminée pour la conquête du référendum.
Nous ne nous faisons pas d’illusion sur le fait que le régime de 1978 puisse soumettre cette question à une consultation démocratique ou non. Il refuse catégoriquement d’accepter le droit du peuple catalan à l’autodétermination et il a lancé une répression brutale pour écraser cette exigence. La couronne ne peut pas être remise en question, et sur ce point, tous sont d’accord du PSOE à Vox (extrême droite), en passant par le pouvoir judiciaire et les forces armées.

Par conséquent, pour que les différents peuples de l’État puissent décider par rapport à cette institution obsolète et antidémocratique, il faudra l’imposer et développer une puissante mobilisation contre le Régime des "liés et bien liés". Une mobilisation qui permette d’éveiller les consciences et de permettre le développement de l’auto-organisation du peuple et des travailleurs.

En ce sens, le CRT considère que la lutte pour un référendum doit être liée à la lutte pour imposer l’ouverture de processus constitutifs véritablement libres et souverains dans tout l’État. Nous entendons par là qu’ils ne soient absolument pas soumis aux pouvoirs factices et aux institutions du régime de 1978 (pouvoir judiciaire, Parlement, Forces armées...). Tout le contraire de ce qui était le faux processus constitutif de 1977-1978, dirigé et supervisé par la Couronne et l’État franquiste.

C’est pourquoi nous défendons l’élection d’assemblées constituantes dans toutes les nations actuellement intégrées à l’État espagnol, composées d’un représentant pour 20.000 habitants qui soient révocables et aient un salaire équivalent à celui d’un travailleur qualifié ou un enseignant. Pour pouvoir débattre sans restriction et résoudre de manière effective le droit à l’autodétermination, il faudra : discuter de la forme de l’État - ou rendre effectif le résultat d’un référendum s’il est réalisé avant -, discuter de la séparation de l’Église et de l’État ou mettre fin à la caste judiciaire réactionnaire, ainsi l’élaboration d’un programme pour résoudre les problèmes du chômage, de précarité, de logement ou des services publics, causés par les privilèges des grands capitalistes.

La lutte pour ce programme démocratique radical ne peut être menée qu’à partir d’un grand processus d’auto-organisation du peuple et des travailleurs. Cette lutte doit être autant développée et forte que la résistance du régime face à la volonté du peuple de s’exprimer. Une lutte qui laissera le roi, les politiciens de l’IBEX35 [2] et leurs institutions encore plus mis à nus, et qui rendra le peuple de plus en plus conscients de la nécessité de lutter pour un pouvoir propre, afin que leur volonté d’un gouvernement de travailleurs, travailleuses et des secteurs populaires, soit respectée.

 [3] Article 155 de la constitution de 1978 :

1. Si une Communauté autonome ne remplit pas les obligations que la Constitution ou les autres lois lui imposent ou agit de façon à porter gravement atteinte à l’intérêt général de l’Espagne, le gouvernement, après avoir préalablement mis en demeure le président de la communauté autonome et si cette mise en demeure n’aboutit pas, pourra, avec l’approbation de la majorité absolue des membres du Sénat, prendre les mesures nécessaires pour la contraindre à respecter ces obligations ou pour protéger l’intérêt général mentionné.
2. Pour mener à bien les mesures prévues au paragraphe précédent, le gouvernement pourra donner des instructions à toutes les autorités des communautés autonomes. »

 [4] IBEX35, principal indice boursier espagnol, équivalent du CAC40 français.




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