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Déclaration du CRT

Etat espagnol. Défendre le référendum d’autodétermination par une grande mobilisation

Le gouvernement de Catalogne a convoqué un référendum d'autodétermination pour le 1er octobre prochain, malgré la ferme opposition du gouvernement central de l'Etat espagnol dirigé par Mariano Rajoy. Mais la feuille de route proposée par le gouvernement de Catalogne dirige le processus catalan vers un impasse. Seule une grande mobilisation sociale de tout l'Etat pour le défendre et dans la perspective d'imposer un processus constituant sur les ruines du Régime de 78 pourrait le rendre possible. Nous relayons ci-dessous le communiqué des camarades du Courant Révolutionnaire des Travailleurs et Travailleuses (Etat espagnol)

Foto : EFE

Vendredi 9 juin, le président du gouvernement de Catalogne, Carles Puigdemont, a rendu public la date et la question du référendum par lequel la population catalane pourra se prononcer sur la relation qu’elle souhaite avoir avec le reste de l’Etat. Il aura lieu le 1er octobre prochain, et les catalans et catalanes devront répondre à la question suivante : « Voulez-vous que la Catalogne soit un Etat indépendant sous la forme d’une république ? »

Puigdemont annonce un referendum, mais refuse toute mesure effective pour le rendre possible

L’annonce n’a été suivi d’aucune mesure concrète. Le décret de la convocation ne sera présenté au Parlement avant le mois de septembre. Selon le gouvernement catalan, cela permettrait de réduire les délais sur lesquels veulent manœuvrer le gouvernement central et le Tribunal Constitutionnel pour le rendre illégal. Concernant son organisation, peu de détails ont été évoqués, mis à part l’annonce du recrutement de 4 500 volontaires qui seront agents électoraux, et de plus de 70 000 pour s’occuper des lieux de votes. Une mesure pour éviter les sanctions légales aux travailleurs publics qui y prendraient part.

Pour l’instant, voici les mesures qui sont proposées pour préparer le référendum du 1er octobre. Des mesures qui sont totalement insuffisantes, pour ne pas dire négligeables. A l’inverse, l’Etat espagnol, dont le gouvernement a ouvertement exprimé son opposition au référendum, dispose de nombreux recours légaux, judiciaires et policiers suffisants pour chercher à empêcher le vote. Le camp qui cherche à éviter le référendum réunit le pouvoir judiciaire, la police et les forces armées, le Parti Populaire (PP), le Parti Socialiste espagnol (PSOE), Ciudadanos (parti de centre, libéral), ainsi que la couronne. Ils pourront notamment s’appuyer sur la nouvelle Loi de Securité Nationale qui octroie des fonctions exécutive au Tribunal Constitutionnelle pour faire respecter ses décisions ; sur l’article 155 qui permet d’annuler totalement ou partiellement l’autonomie – à commencer par les compétences sur l’Intérieur – et d’autres sanctions directes aux fonctionnaires ou aux entreprises qui collaboreraient avec le référendum, tout comme à ceux qui commandent des sondages ou des bulletins de vote.

Le gouvernement catalan prétend-il résister à cet appareil avec uniquement quelques manœuvres comme le fait de retarder la convocation formelle, ou de recruter des secteurs de la société civile comme volontaires ? Personne ne peut répondre par la positive à cette question sans sourire... Et pourtant, une fois de plus, Puigdemont et Junqueras (le vice-président du gouvernement de Catalogne), avec le reste du camp souverainiste comme compagnons de voyage, continuent à conduire le mouvement pour le droit à décider avec une feuille de route qui ne peut qu’entraîner de nouvelles déceptions et une défaite sous le signe de la répression de la part de l’Etat.

Le « processisme », un obstacle à l’organisation et la mobilisation pour le droit à décider

Le moyen pour faire en sorte que le 1er octobre les catalans et catalanes puissent exercer leur droit à décider de la relation avec le reste de l’Etat passe en effet par une voie opposée à celle tentée déjà depuis 2012 par ce qui a été appellé le « processisme ». Cela passe par le développement d’une grande mobilisation sociale pour l’organiser et le défendre.

Depuis 2012, et à travers la marche historique de la Diada (jour de fête nationale en Catalogne), le parti historique de la bourgeoisie catalane, membre fondateur du Régime de 78 (régime issu de la fin de la dictature de Franco) et gardien de celui-ci depuis plus de trois décennies, a décidé de se mettre à la tête de ce mouvement démocratique. Le « tournant indépendantiste » de Convergencia – aujourd’hui PDeCAT – avait trois grands objectifs. Chercher à imposer de meilleurs termes de négociation avec l’Etat en cherchant à redéfinir le modèle territorial ; éviter que la crise de représentation contre les autres partis du régime de 78 n’entraîne dans sa chute le « pujolisme » (en référence à Jordi Pujol, ancien président du gouvernement de Catalogne poursuivi pour corruption et ayant mis en place des politiques d’austérité en Catalogne) et ses héritiers ; et dévier le mouvement de masse pour empêcher son développement qui pourrait s’emparer de ces revendications démocratiques pour aller vers des revendications sociales, pour répondre aux problèmes de logements, de chômage, de misère...

Le premier de ces objectifs a été hors de portée très rapidement. Le gouvernement du PP, et en général de l’Etat central n’est pas disposé à rediscuter le modèle territorial et des finances, à cause de la crise de la dette générée par la crise de 2008. La crise capitaliste a mis en échec différents piliers du Régime de 78, et notamment son Etat des Autonomies, et n’a pas trouvé pour l’instant de solution qui puisse régénérer le consensus entre les différentes bourgeoisies territoriales.

Le deuxième objectif a été atteint à moitié. La grande coalition de la bourgeoisie catalane, la CiU, a explosé en vol. Convergencia s’est recyclée dans le PDeCat et a été dépassée électoralement par ERC (la gauche républicaine de Catalogne, indépendantiste), même s’il se maintient hégémonique dans ce camp grâce à l’accord à leur avantage qu’ils ont obtenu au sein de la coalition JxSI. La vieille garde du pujolisme a été remplacée, mise à mal par les multiples cas de corruption, par une nouvelle génération de dirigeants avec plus de liens organiques avec la petite et moyenne bourgeoisie – davantage favorable à l’indépendance – même si gardant des liens avec les grandes familles et entreprises catalanes – qui souhaitent que la Catalogne reste dans l’Etat espagnol et qui sont des sujets reconnaissants de la Couronne, qui leur a obtenu tant de marchés à l’étranger.

Le troisième objectif a été sans aucun doute le plus grand succès de ce tournant. En près de sept ans de « processisme » de Convergencia a permis que le grand mouvement démocratique, qui était né un an après le mouvement du 15M et dans la même période que les deux grèves générales de 2012, soit resté inoffensif contre la stabilité capitaliste. Se réduisant à de grandes manifestations annuelles, avec quelques grands succès de mobilisation comme le 9N et d’autres rassemblements contre les mesures répressives du pouvoir judiciaires, mais surtout contrôlé politiquement, sans que personne ne questionne la voie institutionnelle et de la négociation avec l’Etat. Le fait que la bureaucratie syndicale de la CCOO et de l’UGT ne se soient opposées à ce travail de démobilisation qu’en appelant à des manifestations de témoignage a pavé le chemin de cette situation.

L’annonce du référendum ne met pas fin à cette feuille de route. Autant le PDeCAT que ERC, ainsi que les directions des entités souverainistes (Omnium, ANC et AMI) refusent de promouvoir la mobilisation sociale, par peur, bien fondée, qu’au delà de conquérir le droit à l’autodétermination, les secteurs populaires et la classe ouvrière puissent ouvrir un processus de transformation sociale bien plus profond, qui aboutisse à questionner les bénéfices et les intérêts des grands capitalistes catalans et non-catalans. Leurs intérêts de classe, ou la défense des intérêts de la classe capitaliste par ceux qui gouvernent depuis plus de trente ans, comme en d’autres moments de l’histoire du catalanisme conservateur ou petit-bourgeois, sont toujours plus profond que leur volonté de défendre jusqu’au bout les droits démocratiques du peuple catalan.

Une gauche divisée entre le suivisme au « processisme » et la caution de gauche du bloc constitutionnaliste

La CUP (parti indépendantiste catalan, de gauche radicale) s’est refusé à batailler pour une feuille de route propre, basée sur la mobilisation sociale et l’indépendance politique des partis de la bourgeoisie catalane. Jour après jour, il continue à se positionner dans un rôle de suivisme, qui a atteint cette année sa plus grande expression lors du vote des politiques néolibérales de JxSi. C’est une véritable rupture copernicienne avec cette politique qui serait nécessaire dans un moment clé comme celui d’aujourd’hui, et que la gauche indépendantiste s’oppose à l’irresponsabilité et l’imposture de ceux qui ont convoqué un référendum mais se refuse à prendre les mesures matérielles – la mobilisation sociales, les grèves...- face à tout ceux qui voudraient l’empêcher, et dans le même temps interpeller la gauche anticapitaliste, les mouvements sociaux et les organisations de travailleurs pour préparer un plan de lutte indépendant en défense du referendum du 1er octobre et pour la lutte pour un processus constituant réellement libre et souverain.

Les « communes » et Podem se maintiennent dans une position ambigüe qui peut conduire à les positionner comme le dernier wagon du bloc constitutionnaliste. Sa tendance a respecté la légalité de 78 les conduisent dans la pratique à renoncer au droit à décider, bien que formellement et dans l’abstrait ils le défendent, et ils ne veulent pas faire partie d’un bloc qui défendrait clairement le référendum du 1er octobre.

De son côté, Unidos Podemos s’est maintenu dans une position ouvertement constitutionnelle. Ses déclarations en faveur de la pluri-nationalité de l’Etat espagnol ou du droit à décider sont à l’opposé de sa proposition concrète, qui n’est rien de plus qu’une réforme constitutionnelle qui devrait être approuvée par 2/3 du Congrès et du Sénat et d’un référendum dans tout l’Etat. Non seulement ils ne soutiennent pas le référendum du 1er octobre, mais ils défendent le principe selon lequel la Catalogne ne pourrait décider que si l’Etat espagnol décide d’abord pour la Catalogne.

De cette manière, le rôle des formations du nouveau réformisme ne promette rien qui puisse servir dans cette lutte démocratique fondamentale. Leur intégration dans la gestion institutionnelle et son pari stratégique de former un gouvernement de coalition avec le PSOE pour appliquer un programme de réforme et une régénération superficielle du Régime comme l’explique Pablo Iglesias dans son discours sur la motion de censure, les pousse à ce que, sur la question nationale comme sur d’autres thèmes comme celui de la Couronne, ils restent sur une position conservatrice.

Il est pourtant nécessaire que la gauche anticapitaliste, les organisations et les mouvements sociaux, la gauche syndicale et d’autres secteurs qui continuent à défendre le droit démocratique basique de l’autodétermination, commencent à impulser des mobilisations dans tout l’Etat en défense du référendum catalan et reprendre la lutte pour l’ouverture d’un processus constitutant pour en finir avec cette démocratie pour les riches et liberticide. Dans le même temps, il faut exiger à la CUP la fin de cette politique de suivisme, et aux organisations « néoréformistes » la fin de l’ambigüité et la défense du référendum du 1er octobre. Il faut aussi interpeller les directions syndicales pour qu’elles prennent part à cette bataille, en premier lieu sur les lieux de travail.

Des groupes comme Anticapitalistes, qui ont rendu publique une position au référendum et qui défende l’organisation de mobilisation dans tout l’Etat doivent passer de la parole aux actes, et utiliser ses positions institutionnelles et dans Podemos au service de cette position. D’autres regroupements, comme les Marches de la Dignité, qui portent la revendication de la défense du droit à l’autodétermination, doivent aussi faire sienne cette bataille, et se mettre à la tête d’un grand mouvement de solidarité qui tissent des liens entre les secteurs ouvriers et populaires de Catalogne et du reste de l’Etat.

Il est nécessaire de mettre sur pied un grand mouvement démocratique en défense du réferendum et pour la lutte pour des processus constituants dans tout le pays.

Tout ceci peut avoir un effet de « réactivation » du mouvement pour le droit à décider. Les rassemblements massifs de dimanche dernier à Montjuic en réponse aux menaces du gouvernement central sont un symptôme de cela. Des sondages recommencent à montrer le renforcement des partis indépendantiste et surtout un chiffre qui n’a pas baisser depuis 2012 : 80% de la population est favorable à ce que ce référendum ait lieu.

Cette aspiration démocratique massive et la possibilité que l’Etat espagnol finisse, comme il l’a déjà annoncé, par prendre des mesures répressives et punitives exceptionnelles pour éviter le vote, ouvrent la possibilité que le mouvement démocratique puisse reprendre des forces et que se réouvre un processus de mobilisation en défense du referendum et du droit à décider.

En tant que Courant Révolutionnaire des Travailleurs et Travailleuses (CRT), nous considérons que, sans n’avoir aucune illusion dans les directions du « processisme » qui ne font que préparer le terrain à la défaite et la capitulation devant l’offensive de l’Etat central, il est clé d’impulser une mobilisation sociale en défense du référendum du 1er octobre.

Une mobilisation qui pour nous doit chercher à élargir la base sociale du mouvement démocratique, et en particulier envers la classe ouvrière et les secteurs populaires. Pour cela, la bataille pour la droit à décider de la relation avec le reste de l’Etat doit être lié à la lutte pour ouvrir un véritable processus constituant catalan, faisant parti de la lutte pour des des processus constituants dans tout l’Etat, sur les ruines du Régime de 78, au sein duquel il pourrait se discuter et se décider des mesures nécessaires et urgentes pour répondre à d’autres revendications démocratiques irrésolues et aux grands problèmes sociaux qui touchent la majorité de la population, comme le chômage, le logement, le démantèlement des services publics, la dette publique et l’augmentation de la pauvreté.

Les militants et militantes du CRT, sans être indépendantistes, nous sommes fermement partisans à ce que s’impulse une grande mobilisation, qui cherche la convergence avec les secteurs ouvriers et populaires de l’Etat espagnol, pour lutter ensemble contre le Régime de 78. Nous pensons que cette unité de la classe ouvrière et des peuples de l’Etat espagnol en une lutte commune est le meilleur ciment pour construire une unité sur les ruines du vieux, une lutte commune à laquelle, en tant que militants et militantes du CRT, nous donnons comme perspective d’en finir avec les gouvernements des capitalistes et de conquérir de véritables gouvernements des travailleurs qui posent les bases d’un Fédération des Républiques des travailleurs de la péninsule ibérique.




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