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Etat espagnol. Ronde au PSOE : Adieu Mr Sanchez, bienvenu Mr Rajoy

Publié le 4 octobre 2016

Pedro Sanchez a démissionné ce samedi, après onze heures de réunion du Comité Fédéral et un PSOE divisé en deux. Les partisans d’un gouvernement du Parti Populaire Popular (PP) prennent le contrôle.

« Pour moi ce fut un honneur et je présente ma démission. Ce fut un honneur », ainsi s’est achevée la brève carrière de Pedro Sanchez en tant que Secrétaire Général du PSOE, après deux ans à la tête du parti.

Pedro Sanchez annonçait samedi sa démission, quelques minutes après que la direction du PSOE ait voté en réunion du Comité Fédéral contre sa proposition d’organiser des élections primaires et un congrès exceptionnel.

Sanchez a perdu avec 107 voix contre 133 ; sa démission donnera lieu à une commission de direction contrôlée par le secteur « critique », emmené par la leader andalouse Susana Diaz, les « barons » socialistes et Felipe Gonzalez. Ce secteur avait déclaré une guerre ouverte contre Sanchez la semaine dernière, accompagné de « l’artillerie » déployée par les éditorialistes de El Pais et l’establishment de l’IBEX35, qui promouvaient le retrait de Sanchez pour faciliter de gouvernement du PP.

Lors de cette réunion rocambolesque, durant plus de dix heures, entre cris et insultes, les deux camps se sont disputé sur l’interprétation des statuts : est-ce que l’exécutif (délégitimée par la démission de 17 de ses membres du secteur « critique ») pouvait voter ou était dissout ; est-ce qu’il fallait voter à main levée ou dans une urne à bulletin secret ; est-ce qu’il était possible d’adopter une motion de censure contre le Secrétaire Général lors de cette réunion ou fallait-il l’anticiper ? Ainsi se sont écoulé les heures sans perspectives d’arriver à un quelconque accord.

A l’extérieur, des dizaines de militants et sympathisants du PSOE, ainsi que des sympathisants de Podemos et de IU, protestaient avec des banderoles et affirmaient leur soutien à Sanchez. Mais les dirigeants affiliés à Sanchez leur ont demandé de « garder leur calme » et de ne pas se mobiliser aux sièges du parti, cherchant ainsi à résoudre la plus grande crise du PSOE depuis quarante ans à huit clos.

La démission du leader socialiste se produit en pleine crise du régime politique, aujourd’hui aggravée par la quasi-implosion du parti traditionnel du bipartisme espagnol. Depuis dix mois, le gouvernement du PP exerce en « fonction », sans réussir à former un nouveau gouvernement et avec la perspective d’une troisième élection si une nouvelle investiture n’aboutit pas avant le 31 octobre.

La réaction de Podemos, qui espère maintenant capitaliser un pourcentage important de déçus du PSOE, ne s’est pas faite attendre.

@Pablo_Iglesias_ : « Les partisans qui veulent donner le gouvernement au PP s’imposent au sein du PSOE. Face au gouvernement de la corruption, nous continuerons avec et pour le peuple »

Les conséquences du dénouement de ce grotesque Comité Fédéral vont bien au-delà de la démission du secrétaire général. Le fait que la fraction emmenée par Susana Diaz et Felipe Gonzalez en soit sortie gagnante change brusquement la ligne que défendait Sanchez, celle du « non c’est non » à l’investiture de Rajoy. Cela pourrait ouvrir une voie au PP, poussé par l’abstention d’une frange plus large d’électeurs et conjurer le fantasme d’une troisième élection.

Un virage qui laisse le parti fondé par Pablo Iglesias Posse il y a près de 140 ans au bord de la ruine, fracturé transversalement et verticalement. Un parti qui a connu une profonde métamorphose depuis les 30 dernières années, la même qu’ont opérés tous les partis sociaux-démocrates européens, pour se transformer en une formation sociale-libérale, pilier du régime né en 1978, fidèle représentante des intérêts du capitalisme impérialiste espagnol et subordonnée au capitalisme financier et aux règles du jeu de l’Union Européenne.

La crise du PSOE est un nouveau chapitre de la crise organique que vit l’Etat Espagnol, exprimant un processus de désarticulation du système de partis qui a soutenu le régime politique resté indemne depuis 1978, ainsi que la profonde désaffection de larges secteurs de masses avec leurs anciens représentants politiques, comme une conséquence de la décomposition de la démocratie libérale.

On ne connaît pas encore toutes les conséquences qu’engendre l’effondrement du PSOE à court et long termes. Mais il est sûr que dans l’immédiat, la crise par en haut tentera de se résoudre par un nouveau gouvernement du PP, mais beaucoup plus faible que le précédent. Et avec elle l’effondrement du PSOE, qui reste le seul allié pour le soutenir depuis l’opposition.

Dans ce scénario, le retour de la lutte des classes devient indispensable pour contester la démocratie d’IBEX35 et permettre une sortie de rupture anticapitaliste avec le régime du PP, le PSOE, la monarchie, et le capitalisme espagnol.

Dans ce contexte, afin de donner une réponse aux légitimes aspirations démocratiques de la majorité de la population, il convient d’instaurer une lutte pour construire des assemblées constituantes libres et souveraines, dans l’Etat et les nationalités, élues dans des circonscriptions uniques par tous les individus de plus de 16 ans, avec des députés révocables qui reçoivent le salaire d’un ouvrier moyen et dans lesquelles peuvent se résoudre toutes les demandes démocratiques et sociale des travailleurs