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Politique

Famille Le Pen. Victoire juridique pour Jean-Marie, Marine garde le parti ?

Eté mouvementé au FN

Alors que mardi, la cour d’appel de Versailles a rejeté l'appel du Front National sur la suspension de son « assemblée générale extraordinaire » qui avait pris la décision d'exclure Jean-Marie Le Pen et de supprimer le poste de « président d'honneur », Marine Le Pen et son bras-droit, Florian Philippot, ont décidé de publier les résultats du vote, qui n’a donc aucune valeur juridique.

Karel Venuvitch

Sur les 51500 adhérents revendiqués par le FN, 30.000 auraient voté (par la poste, soit dit au passage) et 94 % d’entre eux approuveraient les nouveaux statuts, donc la suppression de la présidence d’honneur et, par conséquent, la mise à l’écart définitive du vieux patriarche du parti d’extrême droite. Si ce dernier a remporté une bataille judiciaire, sa fille a riposté sur le terrain politique. La guerre au FN, savamment orchestrée par les médias, atteint donc son paroxysme, entre un Jean-Marie Le Pen menant sa barque et refusant de se voir éclipsé par sa fille, tandis que Marine Le Pen poursuit son opération « normalisation » du parti, avec pour horizon la présidentielle de 2017.

Les provocations se poursuivent

Quelle sera la réaction de Jean-Marie Le Pen à la suite de ce camouflet sur le plan politique ? Difficile d’imaginer son retrait total de la scène, lui qui se voit bien dans le rôle de dissident. Pour contre-attaquer et jouer les trouble-fêtes, le toujours président « d’honneur » du FN, mais qui n’a plus la main sur la machine du parti ni ses finances, pourrait se rabattre sur l’un de ses bastions historiques, la région PACA. Il lui faudrait, pour cela, se présenter, a priori, contre sa petite-fille, Marion Maréchal-Le Pen qui, avec Bruno Gollnisch, est de ceux qui soutiennent le plus Le Pen père au sein du FN, y compris par strict calcul personnel.

Pour continuer à jouer les trublions, ce qui fait partie de l’ADN traditionnel du FN, avec ses références à l’Algérie française et ses propos antisémites, Jean-Marie Le Pen n’a pas hésité à s’afficher avec des personnalités comme Alain Soral ou Dieudonné, jugées persona non grata depuis des années par les instances « réformatrices » du FN. Qui de Jean-Marie Le Pen, de ceux qui comptent profiter de sa popularité dans certains milieux d’extrême droite, ou d’autres encore, au sein du parti, tirent réellement les ficelles ? Compliqué à dire, y compris considérant l’âge avancé de l’ancien para. Mais tout ceci ne dessert pas Marine Le Pen.

Le parti reste entre les mains de Marine Le Pen et de Philippot

Assurément, la présidente du FN et son bras droit ressortent renforcés sur le plan politique du plébiscite des adhérents, même s’il y a fort à douter quant à la réalité de ces 30.000 militants qui auraient voté comme un seul homme en plein été.

Alors qu’approchent les élections régionales, véritable tremplin pour Marine Le Pen, depuis qu’elle a décidé de se présenter en Nord-Pas-de-Calais-Picardie ce que la presse présente comme une implosion du FN lui est en tout point profitable. En effet, l’illusion de rupture avec les lignes les plus dures du Front National, représenté par Jean-Marie Le Pen, n’est qu’une étape de l’opération de « dédiabolisation » menée par les lieutenants de Marine Le Pen, un écran de fumée qui masque le fond idéologique qui nourrit toujours le FN, entre xénophobie, réaction et un positionnement résolument pro-système, malgré ses prises de positions populistes.

Loin d’être une affaire en soi, la guerre de pouvoir qui fait rage au sein du Front National s’inscrit dans le vaste programme de Marine Le Pen visant à normaliser l’extrême droite sur l’échiquier politique. Tout comme la tentative de récupération scandaleuse du référendum grec ou encore la constitution, sur le plan européen, d’un groupe parlementaire europhobe, il s’agit aussi de tenter de créer une illusion d’alternative aux politiques libérales, à grands coups de déclaration aussi fracassantes que mensongères. De façon bien commode, également, l’affaire familiale qui ébranle le FN permet de masquer les diverses affaires qui embarrassent le parti, comme celle du financement illicite de campagne en extorquant de l’argent public.




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