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Société

Terrorisme

Evacuation de la Gare du Nord. Les réseaux sociaux à l’heure de l’hystérie collective

Dans la nuit de lundi à mardi, la gare de Paris-Nord a été entièrement évacuée, les bouches de métro cloisonnées, les passagers confinés dans les wagons des trains à l’arrivée, la gare bouclée par la police. Une vaste opération anti-terroriste, comme il n’est plus si rare d’en voir à Paris. Aucun drame cette fois-ci. Mais une fausse alerte qui en dit long sur le climat d’hystérie généralisée, des « fuites » de profils suspectés sur les réseaux sociaux en passant par le signalement zélé d’une agente de la SNCF, et de la capacité d’un état policier à produire du consentement.

Un peu avant minuit, la gare de Paris-Nord est entièrement évacuée. Une opération anti-terroriste de grande ampleur se déploie dans une des gares les plus fréquentées de la capitale. Les voyageurs en transit sont sommés de quitter les lieux, les passagers à bord des trains sont confinés dans les wagons, les issues des gare de RER et de métro sont bouchés, les trains ne marquants plus l’arrêt à la station Paris-Nord. L’opération de « levée du doute » comme elle est appelée par les brigades de police va durer environ trois heures et se clore aux environs de deux heures du matin. L’objectif : vérifier si le signalement d’une agente de la SNCF opérant au guichet de la gare de Valenciennes est correct. Consultant les réseaux sociaux de retour de son travail, elle croit reconnaitre trois suspects fichés « S » dont les profils ont été divulgués publiquement sur Twitter depuis le compte d’un « journaliste », Jean-Paul Ney. Elle appelle le 17 et signale avoir vu les trois individus en question prendre des billets de train en gare de Valenciennes pour un train en direction de Paris aux environs de 18h le même jour.
En réalité, à la suite de la publication par Jean-Paul Ney le 6 mai ce ne sont pas moins de quatre signalements qui ont été faits ce weekend concernant ces individus, à Marseille à Bordeaux, et même dans le Cantal. Celui de Bordeaux a également donné lieu à une « vérification », discrète en comparaison de celle de Paris. La nature du post, et les multiples signalements qu’il a occasionné en disent long sur l’hystérie collective qui secoue le pays, l’adhésion toujours plus forte qu’il y a à l’égard d’un renforcement de l’état policier. Cet événement est le symptôme d’un glissement de la situation d’une surveillance qui n’est plus simplement prise en charge par les services qui en ont la fonction, mais également par la population qui est enjointe à « repérer les colis suspects », « dénoncer les comportements anormaux », mais également à suspecter et signaler tout individu, pour peu qu’il colle au profil du terroriste tel qu’il est désigné dans l’imaginaire collectif, dans un grand mouvement d’incitation à la délation et à la paranoïa généralisée.
La pratique de divulgation des renseignements généraux est pourtant illégale. Jean-Paul Ney n’en est pas à sa première « révélation » : lors de l’attentat de Charlie Hebdo, il a été le premier a désigné les frères Kouachi comme responsables et a divulgué leur identité sur la toile, avant les communiqués des autorités. C’est lui aussi qui, le même jour, balance le nom de Mourad Hamyd, jeune lycéen de Charlevilles-Mézières de 17 ans, en cours le matin même avec ses camarades. Condamné pour ces faits à 3 000 euros d’amende, il n’a cependant pas renoncé à la pratique de « fuite » ou n’en a pas été complètement dissuadé. Ses informations, il les tient certainement de Pierre Martinet, un ancien de la DGSE, consultant dans le domaine de la sécurité privée, un de ses proches et éditeur. Si pour les autorités publiques, la divulgation d’information relevant des services de renseignements généraux est officiellement un obstacle à « l’effet de surprise » des opérations, elle semble pourtant plutôt bien tolérée, puisque les signalements qui en découlent sont pris, à en croire l’opération de Paris, avec le plus grand sérieux. Mais qui est pris qui croyait prendre, comme le dit le dicton. Et ce qui ressemble à un coup de pouce pourrait bien vite devenir un vrai cauchemar : trier le vrai du faux, être sans cesse dans un climat d’alerte, voilà de quoi être bien vite dépassés. Et en poussant au paroxysme ce climat de suspicion permanent, elle pourrait bien donner à des individus galvanisés, l’envie de participer directement à ce qui ressemble bel et bien à une chasse à l’homme. Au risque d’être dépassé par les franges les plus réactionnaires et xénophobes qui pourraient prendre au mot les consignes de vigilance généralisée.




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