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Politique

Travailler plus pour gagner plus ?

Exoneration des heures supplémentaires : le retour du sarkozisme

Mercredi les députées LREM ont voté l’exonération de la part salariale des heures supplémentaires. Ce retour du « travailler plus pour gagner plus » ne convainc personne. Si la droite reproche un ersatz de sarkozisme plus timide que l’original, cette nouvelle reforme affaiblira en réalité encore d’avantage les assurances chômage et maladie tout en augmentant la pression sur les salariés.

Mercredi, les députés de la République en Marche ont voté la défiscalisation des heures supplémentaires. Cette mesure directement inspirée du « travailler plus pour gagner plus » de Nicolas Sarkozy a pour but de renouveler « l’attractivité du travail ». Les députés LR ont d’ailleurs remarqué cet héritage de Nicolas Sarkozy et ont reproché à la loi de ne pas aller assez loin. La loi en question ne défiscalise « que » la partie salariale des cotisations à l’assurance maladie et à l’assurance chômage mais pas les cotisations patronales ni les taxes.

L’objectif du gouvernement est clair : favoriser le recours aux heures supplémentaires, en le rendant plus attractif pour les salariés par une légère augmentation du salaire net alors qu’il se fait surtout dans l’intérêt du patronat. Les heures sup’ sont pour beaucoup de travailleurs un moyen nécessaire pour joindre les deux bouts en fin de mois du fait des bas salaires et de la précarité qui touche beaucoup de salariés. De plus, même si les exonérations pourront représenter un gain immédiat, dans l’ensemble cette mesure rentre dans le projet de démantèlement de l’assurance maladie et du système de retraite en lui coupant une part importante de ces fonds. Ce qui au final représente, à long terme une perte bien plus importante pour les salariés.

D’autre part, cette exonération permettra au patronat d’exploiter à bas coût ses salariés. En effet, dans le contexte actuel de ralentissement de la croissance, cette réforme de LREM incite les patrons à augmenter, de fait, le temps de travail. Alors que six millions de personnes sont au chômage au France, faire travailler plus ceux qui ont un emploi, c’est à la fois les exploiter plus mais aussi priver les autres d’un emploi. Le chantage s’effectue ainsi : « Tu ne veux pas faire d’heures sup’ ? Six millions de personnes seraient ravies de les faire à ta place ». Les chômeurs se trouvent alors être l’argument qui permet au patronat de détruire les conditions de travail, ou comment diviser pour mieux régner.

Après un été difficile entre l’affaire Benalla, une rentrée pas moins compliquée avec un remaniement ministériel laborieux, et des sondages qui n’en finissent pas de baisser dans tous les secteurs de la population, à la droite, comme à la gauche de Macron, cette mesure est un appel du pied grossier de Macron qui cherche à (re)conquérir une base qui ne le suit pas. C’est une tentative désespérée de chercher des alliés dans des secteurs du salariat qui votent historiquement à droite et qui ont été la base électorale de Sarkozy. La réforme centrale de Macron, c’est désormais la question des retraites, réforme particulièrement sensible et pour laquelle Macron aura besoin d’appuis y compris chez les travailleurs.

De son côté, L’Observatoire Français de la Conjoncture Economique (OFCE) montre que les effets de cette réforme seront dramatiques. En effet, dans une étude de 2017, il révélait qu’une telle mesure coûterait quelques 3 milliards d’euros et détruirait 19 000 emplois d’ici 2019. Cette mesure qui pourrait à première vue sembler positive pour certains travailleurs est en fait surtout une opération pour donner en apparence quelques gages sur une hypothétique augmentation du pouvoir d’achat, qui semble s’éloigner de plus en plus alors que la situation économique est sur la pente descendante depuis 2017. Mais quand le Président des riches donne quelque chose, il reprend plus ailleurs et cette baisse de budget pour les caisses d’assurance chômage et maladie servira bien entendu au gouvernement à les attaquer encore plus durement.

Photo : Valery HACHE / AFP




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