Politique

Marine Le Pen se convertit à la rose ?

F-Haine. Nouveau logo et vieilles rengaines

Publié le 17 novembre 2016

Le Front National, par la voix de son présidente, a annoncé le lancement d’un nouveau logo et slogan dans le cadre de la préparation des présidentielles de mai 2017. Une opération d’aggiornamento esthétique pour tenter de renouveler le parti et de nous faire oublier son discours réactionnaire…

Georges Camac

Dans une courte vidéo de présentation, Marine Le Pen a donc présenté le nouveau logo de son parti. Une rose bleue, sans épine, très épurée, où figure simplement l’inscription « Marine Présidente ». Cette nouvelle communication se positionne en rupture ouverte avec l’ancienne image du parti incarné autrefois par le père de l’actuelle présidente, Jean Marie Le Pen, que la justice vient d’ailleurs de confirmer en appel au poste de président d’honneur du FN malgré son exclusion. Le nom du parti n’apparait donc plus dans le nouveau logo, pas plus que la flamme et la bannière bleu-blanc-rouge. Le parti a aussi affiché son nouveau slogan de campagne : « Au nom du peuple ».

Par cette nouvelle communication, Marine Le Pen essaye de continuer l’entreprise de dédiabolisation qu’elle a commencé depuis son arrivée à la tête du parti. Celle-ci cherche notamment à mettre fin à l’étiquette d’extrême-droite qui reste accrochée au Front National. La rose bleue, référence à la rose du PS et au bleu de l’UMP, synthétise à elle seule l’image du ni-droite ni-gauche que Le Pen cherche à construire, un positionnement sur lequel elle compte pour pouvoir gagner les prochaines élections présidentielles. En effet, alors que Marine Le Pen apparait comme la quatrième personnalité politique préférée des Français, 46% ont toujours une image très négative d’elle, un score que seul Nicolas Sarkozy parvient à dépasser. Une image très négative que celle-ci aimerait faire oublier par une simple opération cosmétique.

Mais derrière les apparences, le discours réactionnaire, raciste et sexiste, n’a lui guère changé. Dans le clip de présentation du nouveau logo, la présidente du parti se revendique de Donald Trump, tout en se présentant comme le dernier rempart face aux multinationales et aux médias proégeant le peuple. Une référence qui en dit long sur la conception du « peuple » de Marine Le Pen, quand on voit les discours ultraréactionnaires servis par le milliardaire qui a récemment remporté la présidence des Etats-Unis, mais aussi lorsqu’on sait que celui a réussi à se faire élire en n’obtenant que 26% des voix des électeurs américains lorsqu’on prend compte l’abstention et que Clinton, sa rivale, a obtenu plus d’un million de voix de plus que lui. Et quand on sait que le siège de campagne du FN a été installé dans les plus beaux quartiers de Paris, au motif qu’il s’agirait d’une « étape symbolique » à quelques encablures de l’Elysée, c’est encore plus clair.

Marine Le Pen souhaite également parler davantage à l’électorat féminin qui est sous représentée dans sa base électorale. C’est d’ailleurs l’une des autres raisons de la présence d’une rose sur l’affiche, un symbole qui rappelle la conception des femmes entretenue par le parti frontiste. Le bonheur et l’émancipation des femmes, ce serait donc pour le FN de se voir offrir des fleurs par les hommes, rien d’étonnant pour un parti dont le projet est de renvoyer les femmes au foyer. Une proposition reprise par exemple l’année dernière par l’eurodéputé frontiste Dominique Martin qui proposait, pour notamment résoudre le problème du chômage, de donner aux femmes « la liberté de ne pas travailler » pour « s’occuper de leur foyer » et « donner une meilleure éducation aux enfants ».

Enfin, cette nouvelle communication a également fait beaucoup réagir en raison de l’apparence artisanale du logo aux regards des standards actuels de communication politique. Un manque de professionnalisme par lequel Marine Le Pen cherche à symboliser le caractère soi-disant « antisystème » de son parti, avançant même qu’elle aurait conçu l’affiche par elle-même. Elle cherche ainsi à se démarquer de la décomposition de la vie politique française, de ses magouilles et de ses hommes politiques véreux.

Pourtant, le Front National n’en est rien plus qu’une de ses énièmes déclinaisons et sa stratégie de « dédiabolisation » vise surtout à rassurer le grand patronat français qu’il serait bien compatible avec ses intérêts. Néanmoins, côté magouilles, on est déjà bien lotis avant même d’avoir pu accéder à une position de pouvoir : implication dans l’affaire de Panama Papers au sein de sphères proches du parti, ex-candidats FN impliqués dans des trafics d’armes, financement par différents régimes autoritaires à travers le globe, des conseillers parlementaires européens payés par l’UE mais qui n’ont jamais été vus à Bruxelles, le F-Haine connaît lui aussi le « Tous Pourri », simplement décliné à la sauce toujours plus réactionnaire. Et ce ne sera pas une opération cosmétique qui nous fera oublier le contraire.