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Politique

Révélations de Médiapart

FN : financement russe contre petits arrangements avec le Kremlin

Alexandre Babakov, député de la Douma et proche conseiller de Vladimir Poutine s’est révélé être la cheville ouvrière du financement russe du Front National. Ce sont lui et ses proches qui ont servi d’intermédiaires au FN pour contracter en 2014 puis en 2016 des prêts – 9,4 millions puis 3 millions d’euros - auprès de banques russes à la réputation pour le moins douteuse et qui ont depuis fait faillite, en échange de bons et loyaux intérêts rendus sur le dossier ukrainien.

Des proches du Kremlin recommandent des banques poursuivies pour blanchiment


En vue des élections départementales en 2014, puis en 2016 en vue de la campagne des présidentielles, le Front National a cherché à élargir ses sources de financements. Au travers de son trésorier, Wallerand de Saint-Just, mais également de l’eurodéputé Front National, Jean-Luc Schaffhauser, des rencontres et des relations se sont noués entre le Front national et la « nébuleuse Babakov », un proche conseiller de Vladimir Poutine.

le 17 mars 2016, à Genève, Jean-Luc Schaffhauser rencontre Vilis Dambins, cet ancien banquier letton, proche d’Alexandre Babakov pour conclure un prêt avec la Strategy Bank de 3 millions d’euros, un établissement plusieurs fois poursuivi pour blanchiment d’argent qui a fait faillite quelques mois plus tard. Le 4 novembre 2016, c’est au tour de Wallerand de Saint-Just, trésorier du FN, de rencontrer le bras droit de Babakov, pour trouver un nouveau créancier. Il est décidé de contracter un prêt auprès de la NKB banque, contrôlée par un oligarque véreux, Dmitri Roubinov, passé lui aussi par la sphère du pouvoir au sein de la banque centrale russe. Une fois le prêt souscrit, comme pour la Strategy Bank, la NKB est poursuivie pour « blanchiment d’argent et financement du terrorisme » et est déclarée en état de faillite par la Cour d´arbitrage de Moscou le 17 avril 2017.

Prêts ou dons ?

 
Marine Le Pen et les porte-paroles du Front National se sont déjà par le passé défendus de ces emprunts russes en arguant qu’il était difficile de souscrire auprès des banques nationales. Mais le passage par des banques russes, et de surcroît, de second rang, à la réputation douteuse, et potentiellement visées par des enquêtes pour blanchiment d’argent pourraient également, en cas de faillite, recouvrir d’autres avantages.

En effet, en cas de faillite de ces banques, les créances passent dans d’autres mains. Celles des autorités russes notamment qui pourraient, si elles ne souhaitaient pas exiger le remboursement des dettes contractées par les banques en question, tout simplement les effacer. Et c’est bien de cela dont il est question dans le cas présent : il ne s’agirait alors plus d’emprunts mais de dons des autorités camouflées par des opérations douteuses et opaques, financés par de l’argent sale, blanchies à peu de frais par une mise en faillite des établissements.

Jean-Luc Schaffhauser, ses « 140 000 euros » de commission et ses positions sur la crise ukrainienne

 
140 000 euros : c’est la somme qu’a reconnu avoir touché Jean-Luc Schaffhauser, eurodéputé FN, pour son rôle d’intermédiaire dans l’emprunt de 9,4 millions d’euros contracté en 2014 auprès de la banque FCRB. Selon les infractions recueillies par Médipart, « la justice s’intéresse aux fonds perçus par le député européen et ses structures. Le parquet national financier a ouvert en février 2016 une enquête préliminaire, après avoir reçu un signalement de Tracfin, la cellule anti-blanchiment de Bercy. Les investigations ont été confiées à l’Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales (OCLCIFF). »

Ces commissions pourraient expliquer les prises de positions pro-russes de l’eurodéputé en question sur la question ukrainienne. En effet, Médiapart rappelle que le lobbying pro-russe au sein du FN s’est accentué depuis l’accession de Marine Le Pen à la tête du FN en 2011. C’est ce que laisse à penser une série d’email échangés entre Jean-Luc Schaffhauser et deux lobbyistes russes que s’est procuré le journal et qui donne à l’eurodéputé les éléments de langage pour un communiqué de presse que Marine Le Pen doit rédiger sur la situation en Ukraine et sur l’exigence d’un cessez-le-feu.

Rétrocommissions pour les uns, financements occultes et échanges de bons intérêts sur le dossier ukrainien : c’est ce que laissent à voir ces nouvelles révélations de Médiapart sur l’argent russe du FN. Il est clair que le FN, loin des « mains propres » qu’il revendique, baigne tout autant que les autres dans les combines du système… On comprend mieux pourquoi, le Front National, en dépit de sa volonté d’être un parti « présentable » refuse systématiquement les accréditations aux journalistes de Médiapart, qui faut-il le rappeler est un journal indépendant du pouvoir économique et politique, et nie ainsi la liberté de la presse à enquêter, à dénoncer les agissements et les doubles discours d’un parti comme le FN.

Source Photo : KIRILL KUDRYAVTSEV / AFP




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