Société

Comme une épée de Damoclès

Face à l’émergence des initiatives politiques, la mairie de Montpellier prend ses précautions

Publié le 25 avril 2016

Alors que le phénomène Nuit Debout se développe partout en France, et réunit plusieurs centaines de personnes à Montpellier, la mairie a avancé la date de mise en application de son arrêté annuel visant les regroupements nocturnes dans l’espace public. Simple hasard du calendrier, ou corde supplémentaire à l’arc des moyens juridiques municipaux ?

Paul Rolland et Dom Thomas

A Montpellier comme dans d’autres villes de France, le mouvement Nuit Debout lancé depuis le 31 mars s’installe. Ce samedi, ce sont plus de 500 de personnes qui se sont rassemblées à partir de 18h sur la place de la Comédie, pour une assemblée générale suivie de l’occupation de la place.

La caractéristique locale, c’est que deux mouvements à l’origine différents convergent vers une organisation collective : participants originels des Nuits Debout et occupants de la récemment née ZAD de Las Rebes ont en effet mené des actions communes la semaine dernière. Le mouvement Nuit Debout est ainsi allé prêter main forte pour défendre le parc de Las Rebes et empêcher le démarrage du chantier. Par ailleurs, l’action de péage gratuit empêchée par la police avait été préparée conjointement par Nuit Debout et les zadistes : un autre signe de la convergence qui est en train de se construire localement, et qui doit s’organiser à tous les échelons entre travailleurs, lycéens, étudiants, chômeurs et précaires tout en évitant le risque de l’éparpillement.

Un été 2016 précoce ?

Face à ces éléments de convergence, dans la droite ligne d’un gouvernement qui a tout fait pour briser la dynamique en cours, la mairie montpelliéraine vient de contre-attaquer, en avançant d’un mois la mise en application du traditionnel arrêté municipal de « tranquillité publique ». Actif dans un vaste périmètre incluant le centre-ville depuis le 15 avril (au lieu du 15 mai habituellement) et jusqu’au 15 octobre, l’arrêté vise « tout regroupement de personnes entraînant des occupations abusives et prolongées des rues », notamment après 2h du matin. Selon l’adjointe au maire chargée de la sécurité, Marie-Hélène Santarelli (divers gauche et écologiste), la précocité de la date d’application de l’arrêté est due au climat exceptionnellement doux cette année, qui a provoqué « beaucoup plus de nuisances précoces » et ce dès le mois de mars, dont les commerçants se seraient plaints. Une petite compilation de données issues de Météo France montre pourtant que la température moyenne relevée au mois de mars 2016 est légèrement inférieure à la normale, et que l’ensoleillement a été moins généreux ! Pour avril, si la moyenne des températures les plus basses est plus élevée que la normale, celle des températures les plus hautes est égale à la normale, et l’ensoleillement laisse à désirer. Philippe Saurel, maire de Montpellier, prendrait-il ses désirs d’été pour des réalités ?

Comme une épée de Damoclès

Si ce n’est pas le climat qui motive la mairie à serrer la vis, officiellement sur demande des commerçants, on est en droit de s’interroger sur la raison de l’avancée de la mise en application du décret. Pensé pour nettoyer le centre-ville de toutes celles et tous ceux qui n’ont pas les moyens (ou l’envie) de consommer dans les bars ou lors des animations municipales autorisées à occuper l’espace public, et visant notamment les personnes « en errance » et les « regroupements de plus de quatre chiens même tenus en laisse », ce décret anti-pauvres est dès l’origine scandaleux. Mais cette année, il tombe à pic pour que la mairie puisse mettre un terme, dès que bon lui semblera, au phénomène Nuit Debout et à la ZAD de Las Rebes, dont le président du bailleur social en charge du projet n’est autre que le président de l’agglomération et maire de la ville de Montpellier – Philippe Saurel. La police municipale, armée depuis 2002, a vu ses effectifs augmenter, ce qui place désormais Montpellier au rang de 6 ? ville de France en matière d’effectifs de police, et qui permet à Marie-Hélène Santarelli d’assurer que cette année, l’arrêté répressif sera mieux appliqué que d’habitude.

La Nuit Debout de samedi dernier s’est tenue sans que cet arrêté ne soit utilisé contre les participants. La mairie de Montpellier, contactée par mail, n’a pas voulu commenter sa décision et préciser si les mouvements politiques étaient visés par cette mesure. Mais l’arrêté municipal, lui, est bien en place, tournoyant au-dessus du mouvement comme une épée de Damoclès.