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Politique

Censurer pour mieux défendre la liberté d’information ?

« Fake news ». Macron se prépare à un nouveau tour de vis liberticide

Etrange façon de défendre la liberté de la presse que de vouloir autoriser un juge à pouvoir prendre la décision, sous 48 heures, de « faire cesser la diffusion » de fausses informations, sans jamais préciser les critères selon lesquels une information serait ou non fausse.

Mais Macron n’a pas peur des formules ronflantes. Ainsi, si un média « est susceptible de porter atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation ou de participer à une entreprise de déstabilisation de ses institutions, notamment par la diffusion de fausses nouvelles », alors le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel pourrait refuser une convention à un média contrôlé par un autre pays. On l’aura compris, dans le texte portant sur le prochain projet de loi sur les « fake news » et l’information, transmis aux parlementaires La République En Marche et dont Le Monde s’est procuré le contenu, Macron ne vise ni Fox News, ni la BBC ou Al Jazeera, mais RT France.

Sur la sellette, néanmoins, au nom de la diffusion de la lutte contre les « nouvelles mensongères », c’est en réalité la liberté d’informer qui est visée. Indépendamment des mesures qui sont proposées dans le texte, à commencer par révéler l’identité des annonceurs diffusant des contenus sponsorisés sur les réseaux sociaux, c’est bien une façon de brider, préventivement, la diffusion d’informations qui est envisagée. Les déclarations de Françoise Nyssen, la ministre de la Culture (la rue de Valois remplaçant, depuis 1974, le ministère de l’Information), au sujet du fait que le gouvernement ne souhaite en rien créer de « délit d’opinion » ne change rien à l’affaire.

Avec ce texte visant à donner la possibilité aux juges d’accélérer les procédures de suspension de contenus sur internet, ce sont bien les « ciseaux d’Anastasie », sobriquet donné à la censure sous la Première Guerre mondiale, qui font leur retour. Alors, bien entendu, l’exécutif n’a aucun besoin d’y recourir immédiatement, mais c’est une façon de continuer à serrer la vis, progressivement, du bonapartisme macroniste.

Rien, en attendant, au sujet des annonceurs bien légaux, eux, et qui, à grands renforts de centaines de milliers d’euros, tous les jours, sponsorisent et orientent la presse nationale et les médias, à travers la pub. Rien non plus au sujet de l’éducation à l’information et aux médias, pour aider les plus jeunes à différencier le vrai du faux et à se forger un esprit critique. Les réformes en cours, voulues par Macron et son ministre, Jean-Michel Blanquer, vont dans le sens opposé : former de la chair à patron (aujourd’hui) et de la chair à canon (demain, d’où le rétablissement du service militaire de 3 mois) voilà le projet éducatif, en dernière instance, du gouvernement, qui ressemble davantage à celui de la III° République que répondre aux enjeux du XXI° siècle. A l’époque, aussi, on décidait de ce que le petit-peuple était censé lire, ou non.




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