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Notre classe

« Affaire Fadila-Auchan »

Fausse couche à Auchan City, la jeune femme et la CGT portent plainte

Boris Lefebvre Après le licenciement d'une caissière pour une erreur de 0,85 centimes et celui de Fadila, « responsable » d'avoir fait une fausse couche sur son lieu de travail, la violence du management d'Auchan City, notamment envers les femmes, n'est plus à démontrer. Le 22 novembre dernier, la jeune femme âgée de 23 ans a perdu son enfant au bout de trois mois de grossesse devant une direction impitoyable qui n'a rien trouvé de mieux à faire que de la virer pour masquer l'oppression phénoménale de son management agressif et inhumain. Aujourd'hui, Fadila porte plainte avec le soutien de la CGT de Tourcoing, qui avait contribué à médiatiser cetaccident du travail.

C’est l’histoire d’une grossesse tragique dont le dénouement révèle la violence d’un système où les êtres humains n’ont plus aucune valeur. Alors qu’elle apprend qu’elle est enceinte, en raison des douleurs que la grossesse lui occasionne, Fadila contracte deux arrêts de travail. Sa situation est difficile, mais son planning n’est pas allégé, malgré ses demandes. Alors qu’elle est en caisse le 22 novembre, elle se plaint de vives douleurs, demande un anti-douleur qu’on ne lui apporte pas, réclame de pouvoir aller aux toilettes mais se voit refuser sa demande, et finit par se lever et découvrir « un siège ensanglanté ». La jeune femme vient de faire une fausse couche mais le calvaire ne fait que commencer. En amont de ce drame, il s’avère que la direction n’a à aucun moment pris en compte la grossesse de Fadila et ne lui a pas proposé de visite médicale, ce qui est pourtant obligatoire. Le lendemain du drame, Fadila est sommée par le magasin de fournir un justificatif de son absence alors qu’elle a été hospitalisée la veille. « On m’a fait remarquer que j’étais partie avant l’heure et on m’a demandé si j’allais venir le lendemain » déclare la jeune femme, épouvantée face à une direction totalement indifférente au malheur qui vient de se produire.

Un mois après cette inqualifiable drame, le 29 décembre, la CGT Tourcoing interpelle la direction sur cette affaire et appelle au boycott d’Auchan City. Le 10 janvier, Fadila porte plainte au parquet de Lille. Elle et la CGT se constituent parties civiles dans cette affaire. Assistée par son avocat, Me Kappopoulos, la jeune femme porte plainte contre X pour non assistance à personne en danger et mise en danger de la vie d’autrui. Ce dernier dénonce qu’« on traite les gens comme un risque, un coût négatif dans une équation économique ». Il se fait ainsi le porte-parole du manque de considération de la part de la direction dont la jeune femme a souffert et de son absence de réaction face à la détresse manifeste où elle se trouvait.

Cette affaire, comme celle du licenciement puis de la réintégration de la caissière accusée d’avoir causé un préjudice de 0,85 centimes d’euros à Auchan City Tourcoing, montre que la violence patronale est plus que jamais présente, et ce notamment à l’encontre des femmes, y compris lorsqu’elles sont encientes : là où la naissance d’un enfant peut signifier beaucoup, la direction d’Auchan n’y voit qu’une perte sèche qu’il s’agit d’éviter, d’abord par la prévention en évitant d’embaucher les femmes en couple sans enfant, mais aussi au travail par les pressions systématiques, voir les licenciements. Cette violence inouïe ne saurait être tue et ne peut être combattue que par la détermination à ne pas laisser passer sous silence les exactions quotidiennes du patronat.