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Genres et Sexualités

Le patriarcat tue

Féminicide. Ignorée et réduite au silence par la justice et la gendarmerie, Djeneba a été tuée par son ex-mari

Cela faisait plus d'un an que Djeneba était harcelée et violentée par son ex mari. Elle, ses amis, ses voisins, tous avaient alerté les gendarmes et la justice qui l'ont méprisée et réduite au silence. Elle a été assassinée par son ex-mari le 3 mars 2017. Le procès de cet énième féminicide va bientôt s'ouvrir.

Les faits se sont déroulés il y a deux ans. Alors âgée de 36 ans, Djeneba a été tuée par son mari qui, en treillis de chasse, l’a abattu de deux balles. Un énième féminicide qui vient rappeler la terrible réalité d’une société inégalitaire et patriarcale qui broient des millions de vies et condamne les femmes à toujours plus de violence, qu’elles soient économiques, sociales, sexuelles.

Comme le relate le Canard Enchaîné, Djeneba, ses amis, voisins, avaient pourtant alerté les gendarmes et la justice. En effet, déjà victime de violences de la part de son ex-mari, Djeneba avait déjà déposé des plaintes auprès des gendarmes, qui n’ont pas donné suite et n’ont mis en place aucun protocole pour la protéger des violences qu’elle subissait. La remplaçante du procureur de Cahors a quant à elle fait preuve d’un mépris et d’une violence considérable, qualifiant les courriels d’amis et de voisins qui alertaient sur la situation de Djeneba de « fatras de doléances » qui « n’avaient pas à encombrer les boites aux lettres fonctionnelles des magistrats ».

Dans cette affaire, la gendarmerie et l’institution judiciaire ont fermé les yeux et réduit Djeneba et sa parole au silence, allant jusqu’à l’accuser d’encombrer les boites aux lettres des magistrats… Ces faits, loin d’être des cas isolés renvoyant à des fautes professionnelles individuelles, démontrent en réalité la nature et le rôle de la justice et des forces de répression dans la société capitaliste. A savoir un rôle de maintien de l’ordre dominant et des violences qu’il génère.

Par ailleurs, triste ironie du sort, ce féminicide a eu lieu, comme le rappelle le Canard Enchainé, lors de l’annonce du 5ème plan de lutte contre les violences faites aux femmes, qui parlait de mise en place de « formation spéciale des policiers et des gendarmes » et « d’écoute attentive et de mise en abris des victimes ». Ce qui témoigne une nouvelle fois du caractère de ces plans : des effets d’annonce de la part des différents gouvernements qui sont loin d’améliorer significativement la situation des femmes.

Lors du procès de l’ex mari de Djeneba, il est fort à parier que le rôle criminel joué par la gendarmerie et l’institution judiciaire, qui a participé à condamner Djeneba à la mort en ignorant et étouffant ses plaintes, ne va pas être évoqué et encore moins jugé.

Afin de stopper ces violences de genre qui, en France, condamnent tous les trois jours une femme à la mort, il est nécessaire que nous commençons à nous organiser, en toute indépendance vis-à-vis de l’Etat et de ses institutions qui, comme le rappelle tristement la mort de Djeneba, sont loin de protéger les femmes victimes de l’oppression patriarcale. A commencer par la journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes le 25 novembre.