Société

Qu’est-il arrivé vraiment ?

Femme voilée tuée par balle à Pantin. Déconstruction du discours médiatique

Publié le 24 septembre 2016

Hier soir, une jeune femme d’une trentaine d’année assise au volant de sa voiture, a été tuée par balles en plein quartier de Pantin. D’origine maghrébine, portant le Jilbeb, elle était arrêtée à un feu quand une personne en scooter a tiré 5 balles à bout portant sur la jeune femme, la laissant pour morte. Bien qu’il semble que le mode opératoire s’apparente à un « règlement de compte », les forces de polices et les médias ont semblé vouloir éviter toute allusion au voile de la jeune femme, ainsi qu’écarter l’hypothèse d’un crime islamophobe. Pourtant lorsqu’il s’agit de véhiculer la haine raciste, ces derniers n’hésitent pas à inventer burkini ou topless comme à Sisco, ou bien deux shorts pour les femmes agressées à Toulon.

Joan Manchette et Damien Bernard

Après la mort de la jeune femme, le scooter a pris la fuite, des témoins du quartier ont alors constaté son décès et appelé la police. Six douilles ont été retrouvées sur les lieux. Il pourrait s’agir de 9 mm. Une enquête pour assassinat a été ouverte, les motivations du meurtre restant inconnues. Ce matin, la presse relayait bien sûr l’information, une scène d’une grande violence, certaines fois omettant le voile que portait la jeune femme, d’autres fois précisant avec prudence qu’il s’agissait d’une femme voilée, en y ajoutant que les enquêteurs « ne privilégient pas la piste islamophobe, d’autant qu’aucun propos à caractère islamophobe n’a été entendu par les témoins ». Pourtant, il a fallu plus d’une nuit le lendemain de l’assassinat, qui a eu lieu aux alentours de 21h40, samedi, pour qu’un premier média, en l’occurrence l’express, lâche l’information qui circulait largement dans les réseaux sociaux quant au voile que portait la victime.

Pourquoi tant de pincettes, alors même que quand il s’agit de relayer des informations non vérifiées notamment à Sisco, pour inventer burkini ou topless, les médias n’hésitent pas à jouer la surenchère. Pourquoi donc ne pas affirmer de prime abord que cette jeune femme assassinée portait bien un voile, alors même que quand il s’agit d’interviewer une femme voilée, BFM invente même la Musulmanie ? On se rappelle aussi des fameux shorts inventés de deux jeunes femmes, lorsqu’une altercation avait dégénéré à Toulon, là où il n’y en avait pas. Voilée ou pas, ce traitement médiatique partiel est l’expression du racisme relayé par les médias dominants, la police se gardant bien de ne pas privilégier de prime abord la possibilité d’un crime islamophobe.

Pourtant, dans le contexte réactionnaire et islamophobe que les femmes musulmanes ou supposées telles subissent de plein fouet au quotidien, l’hypothèse d’un meurtre à caractère raciste et islamophobe ne peut pas être balayée sur le seul fait qu’il n’y aurait pas eu de propos islamophobes. Alors que cet assassinat traité comme « un fait-divers » a viralisé sur les réseaux sociaux, des commentaires, l’expriment justement : « Dans un contexte où la haine de l’islam est grandissante. Pas besoins de propos islamophobes pour privilégier la piste d’un meurtre raciste. » Pourtant, plus que l’absence d’insulte islamophobe, c’est bien le mode opératoire, qui tend, sans exclure l’hypothèse d’un crime raciste, à faire pencher la balance du côté du scénario « règlement de compte ». La scène n’a duré que quelques secondes, 5 balles à bout portant. Le scooter aurait filé puis s’est arrêté et a fait demi-tour, comme pour vérifier que la conductrice était bien morte... affirment des témoins. Non, on ne peut s’attendre ni des médias, ni de la police à un récit objectif, mais plutôt à un récit qui corrobore les intérêts qu’ils défendent - d’où l’importance de développer des médias indépendants, du côté des exploités et des opprimés, du bon côté de la barricade.

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