Notre classe

Massacre de l’emploi en Belgique. Au total, 8 000 emplois menacés

Fermeture d’un site Caterpillar en Belgique. Les ouvriers s’emparent de pelleteuses et bloquent le site !

Publié le 2 septembre 2016

Alors que Charleroi se prépare à célébrer son 350ème anniversaire, c’est un véritable coup de massue qui s’abat sur les 2 200 travailleurs de l’usine Caterpillar à Gosselies, en Wallonie. Après avoir licencié 1 331 travailleurs il y a deux ans, sur ce même site, Caterpillar s’apprête donc cette fois à fermer totalement le site. En comptant les sous-traitants, ce sont près de 8 000 emplois qui seront à terme touchés par cette annonce. En réponse à ce nouveau massacre de l’emploi, une soixantaine de travailleurs se sont regroupés, très en colère, vendredi matin. Des grues ont été déplacées pour bloquer l’entrée du site, tandis que travailleurs de se sont emparés de pelleteuses. Face à « l’union nationale » et à l’instrumentalisation du gouvernement, opposons nos méthodes de négociations, l’occupation et le contrôle ouvrier pour maintenir l’emploi !

Damien Bernard

Après la fermeture de 2 usines aux États-Unis, l’an dernier, puis la suppression de 261 postes cette année en Irlande du Nord, Caterpillar continue son massacre de l’emploi à l’échelle mondial, cette fois-ci en Belgique, sur le site de Gosselies. Déjà en 2014, 1 331 emplois sur les 3 700 que compte le site avaient été supprimés. Il s’agissait, au nom du maintien du site, de diminuer les coûts et d’obtenir davantage de flexibilité, en échange d’investissements de la part de la maison-mère américaine afin d’en moderniser les lignes de production. Les intentions de la direction se révèlent aujourd’hui au grand jour, une stratégie de fermeture du site à petit feu.

Près de 8 000 emplois menacés !

Avec cette fermeture, le premier employeur privé de Wallonie s’apprête à mettre au chômage 2 200 travailleurs du site Caterpillar mais aussi des milliers de postes de sous-traitants. Selon les estimations, qui diffèrent, ce sont entre 5 000 et 8 000 emploi au total qui sont en jeu. Le site de Gosselies occupe une surface de 98 hectares à Gosselies, et produit sur le site des chargeuses sur pneus et des pelles hydrauliques ainsi que des composants tels que cylindres et distributeurs hydrauliques, engrenages, essieux et réducteurs. La majeure partie de la production est destinée à l’exportation. C’est dans un communiqué, que l’entreprise a annoncé qu’elle envisageait d’allouer les volumes produits dans l’usine de Gosselies, en Belgique, à d’autres centres de production, notamment à Grenoble, en France.

Annoncé ce vendredi matin en conseil d’entreprise extraordinaire, puis aux salariés à travers la lecture d’un communiqué en anglais, cette fermeture a fait l’effet d’une bombe. « Nous sommes contraints de prendre des mesures pour réduire la capacité de production et supprimer les coûts de fonctionnement afin de nous adapter à une demande en recul », explique un représentant de Caterpillar. « Nous savons que cette annonce est extrêmement pénible. Nous sommes conscients de l’émotion que cela va susciter auprès du personnel, des familles et de la communauté. Nous comprenons cela » ajoute, Mark Thomspon, CFO du groupe Caterpillar. Nous ne pouvons que souligner le mépris de classe profond, qui émane de ces déclarations. Nous pouvons leur rétorquer que ceux qui « coutent » le plus cher, ce sont bien leurs salaires, leur profits et leur dividende ! Nous n’avons que faire de leur « compréhension », nous voulons maintenir les emplois !

Occupation et blocage du site !

Peu après l’annonce des licenciements massifs en conseil d’entreprise extraordinaire, les ouvriers de Caterpillar ont été prévenus par SMS. Plusieurs d’entre eux, environ une soixantaine de travailleurs, regroupés, très en colère, ont pris le contrôle d’engins, notamment de pelleteuses, afin de bloquer l’accès au site. Des grues ont été déplacées pour bloquer l’entrée du site. « C’est une situation d’écoeurement total », a affirmé Antonio Cocciolo, représentant local de la FGTB, le principal syndicat belge. « Ce n’est même pas la direction locale qui est venu faire l’annonce, mais un responsable américain, en anglais. » En milieu de journée, les grues ne bloquaient plus que la sortie des marchandises tandis que de nombreux travailleurs ont quitté l’usine.

Exigeons le maintien de l’emploi ! Occupons, produisons pour construire le rapport de force !

Dans le même temps, l’ensemble de la classe politique a réagi sans coup férir à cette annonce. Charles Michel a quitté Bruxelles en fin de matinée pour se rendre à Namur, au siège du gouvernement wallon, en compagnie du ministre de « l’Emploi », Kris Peeters. Suite à cette réunion avec les membres de l’exécutif régional, les représentants syndicaux d’une part et la direction de Caterpillar d’autre part, le Premier ministre a appelé à l’union sacrée avec le gouvernement wallon et les syndicats pour soutenir les travailleurs de Caterpillar Gosselies. « C’est une décision brutale et un drame social. Je souhaite être totalement mobilisé dans une union sacrée politique avec le gouvernement wallon pour soutenir les travailleurs et leur famille », a déclaré le Premier ministre.

On ne peut que souligner l’hypocrisie de telles déclarations, quand on se rappelle qu’il y a, à peine quelques mois, des centaines de milliers de personnes manifestaient dans les rues de Bruxelles pour protester contre la loi Peeters, sœur de la loi travail, qui vise à nous imposer la généralisation de l’annualisation et de l’augmentation du temps de travail. Ce gouvernement a d’ailleurs largement réprimé les mobilisations, la jeunesse et les travailleurs, en usant de canon à eau. Non, il ne s’agit pas de laisser, nos vies entre les mains de ce gouvernement, dont l’objectif est d’imposer l’austérité et ses lois au service du patronat. Les ouvriers ont démontré ce vendredi matin, en occupant partiellement l’usine, que c’est bien par eux-mêmes qu’ils seront en mesure de créer un rapport de force pour imposer ses propres solutions, le maintien des emplois, pour toutes et tous, ainsi que pour l’ensemble des sous-traitants.

Face à leur crise que Caterpillar tente de nous faire payer, et alors même que la direction souhaite quitter la région, aux travailleurs qui font tourner l’usine tous les jours de montrer que nous n’avons pas besoin de patron ! Alors que la direction compte bien récupérer ses moyens de production, qu’il s’est approprié sur notre dos, empêcher que l’outil de production ne soit retiré est plus que jamais nécessaire. Occupons l’usine, aux travailleurs de produire eux-mêmes, et d’organiser la production que la direction ne souhaite plus maintenir. Exigeons l’expropriation sans indemnité ni rachat de l’usine, ainsi que la nationalisation sous contrôle des travailleurs eux-mêmes et des contrats sécurisés de l’Etat ! Contre le chômage de masse qu’ils, veulent nous imposer, lutter par nos propres moyens pour le maintien de l’emploi est la seule issue possible !