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Argentine

Féroce répression des ouvriers du chantier naval Río Santiago à Buenos Aires

Le chantier naval Río Santiago est la seule entreprise publique que le gouvernement néo-libéral de Carlos Ménem n'a pas réussi à privatiser au cours de son règne dans les années 90. Ce dernier épisode s'inscrit donc dans une lutte historique menée par les ouvriers de Río Santiago sur plusieurs décennies pour maintenir la source de travail des quelque 3300 ouvriers et leurs familles. Mais le gouvernement actuel de Mauricio Macri tente de concrétiser par la répression ce que n'a pas pu faire le président Ménem à son époque…

Traduction de La Izquierda Diario (Article original)

Ce mardi les ouvriers du chantier naval Río Santiago ont été férocement réprimés par l’administration de María Eugenia Vidal, présidente de la région de Buenos Aires, de la formation politique présidentielle Cambiemos. La journée de mobilisations s’est soldée pour les ouvriers par des gardes-à-vue, des blessés, et même un travailleur renversé par une voiture de police, comme on peut le voir sur la photo ci-dessus.

Mais les attaques contre le chantier naval ont commencé dès fin juillet, quand le président argentin Mauricio Macri lui-même a attaqué publiquement les travailleurs de cette entreprise d’État. Le président avait déclaré qu’il fallait « dynamiter le chantier naval ». La réponse des ouvriers ne s’est pas faite attendre avec l’organisation d’une assemblée générale qui a débouché sur une mobilisation pour exiger de la direction de l’entreprise qu’elle donne des explications et une manifestation massive dans la ville d’Ensenada, au sud du Grand Buenos Aires, qui a réuni des milliers d’ouvriers et leurs familles, ainsi que les syndicats et les organisations solidaires.

La mobilisation et les communiqués ont continué à un rythme soutenu, avec l’appui et le soutien de personnalités publiques, de sénateurs de l’opposition et de la communauté.

La journée de lutte de ce mardi 21 août avait commencé tôt, avec le blocage d’une autoroute. Puis, un cortège fourni de plusieurs milliers de travailleurs du chantier naval et leurs soutiens s’est dirigé vers le centre de la ville de La Plata – où se trouve le siège de la présidence de la région – pour exiger que se tiennent les négociations paritaires, équivalent argentin des négociations annuelles obligatoires, que le gouvernement avait annulée unilatéralement.

Le délégué syndical et militant du PTS (le Parti des Travailleurs Socialistes, partie prenante et soutien actif de la lutte du chantier naval Río Santiago depuis le début) Juan Contrisciani, a déclaré à la radio ce mardi que : « Nous nous mobilisons car c’est aujourd’hui la date des négociations paritaires, et nous voulions résoudre plusieurs problèmes auxquels nous faisons face comme la réduction du nombre de postes dans l’entreprise et la réduction compulsive que nous subissons sur nos salaires. Ils ont annulé les négociations et ils nous attendaient avec la police. »

« La répression a été terrible, poursuit Juan Contrisciani. Ils nous attendaient avec des balles en caoutchouc et du gaz lacrymogène, et une voiture de police a renversé un collègue, fonçant à toute vitesse et le propulsant littéralement dans les airs. Nous sommes mobilisés et le resterons car nos revendications tiennent toujours. Nous refusons qu’ils détruisent notre source d’emplois, et nous n’allons renoncer à aucun de nos droits.

Il y a des blessés par balles en caoutchouc et balles en plomb. Cette situation est le produit des provocations de la part du gouvernement, qui vide notre usine, met en danger notre source d’emplois et qui, en plus, s’attaque a nos salaires. »

De son côté, Oscar de Isasi, secrétaire général du syndicat des travailleurs d’État – la Asociación de Trabajadores del Estado (ATE) – de la province de Buenos Aires, a affirmé qu’ « il y a une décision gouvernementale de réprimer la contestation sociale grandissante ». La direction du syndicat a confirmé un appel à la grève contre la répression.

Tweet de Nicolas Del Caño, député et dirigeant du Parti des Travailleurs Socialistes : « Voilà le « dialogue » de Vidal et Macri avec les travailleurs et travailleuses du chantier naval Río Santiago » .

La sauvage répression de mardi après-midi a généré une véritable indignation dans l’opinion, et ce malgré le traitement méprisant de la majorité des médias argentins, qui parlent d’ « incidents » quand la police réprime à coups de gaz lacrymogènes, de canons à eau, de balles en caoutchouc et même de plomb. Ce rejet massif de la politique du gouvernement de la part de toute la société pourrait être un premier pas pour en finir avec la criminalisation de la contestation contre les plans d’austérité que le FMI dicte au gouvernement de Macri.

Traduction : Dam Morrison




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