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Politique

Loi travail XXL

Fête de l’Huma : les logiques d’appareils ont primé sur la mobilisation contre Macron

Sur le papier, la Fête de l’Humanité aurait pu être un moment privilégié pour construire de façon unitaire la mobilisation contre Macron. Dans la réalité, elle ne l’a pas été. Explications.

Crédits photos : REUTERS/Charles Platiau ; LP

Traditionnellement,et même si le caractère commercial semble avoir pris le pas sur la politique ces dernières années,la Fête de l’Huma, c’est le rendez-vous de rentrée de la gauche, au sens large. En cette période de mobilisation en ordre dispersé contre le gouvernement Macron et ses ordonnances, elle aurait pu donc devenir le lieu idéal pour se réunir et commencer à convenir d’un plan de bataille commun.

Il y avait d’abord un obstacle de taille : l’absence de Jean-Luc Mélenchon en personne, une première depuis 12 ans. Irrité par cette absence remarquée, Pierre Laurent a ouvert les hostilités lors de son discours du samedi devant les responsables politiques. Les premières phrases sont orientées contre Mélenchon :« On parle beaucoup de l’absence du candidat qui parle beaucoup du peuple. Regardez ce peuple ! ». Celui-ci critique par la suite de manière à peine voilée la décision de Mélenchon de ne pas avoir donné de consignes de vote au second tour. Dès lors, l’incendie est lancé et le débat s’enflamme sur les réseaux sociaux entre responsables LFI et PCF.

Cette situation est dans la continuité de la dégradation des rapports entre LFI et le PCF depuis de nombreux mois et la volonté de Mélenchon de faire cavalier seul avec son ancien allié. Fort de ses 20% aux présidentielles, LFIa fait de sa priorité la construction de son propre mouvement, et se montre prêt à montrer les muscles avec ses anciens alliés communistes. Du côté du PCF, mis à la défensive par Jean-Luc Mélenchon, l’enjeu est à la conservation de l’appareil, à quelques mois d’un congrès exceptionnel pour transformer le parti. Or, malgré son déclin militant, l’organisation communiste se maintient depuis plusieurs années en cherchant à apparaître comme le fer de lance de « l’union à gauche » et le maintien de ses élus par le biais d’accord électoraux avec le reste de la gauche. C’est pourquoi la stratégie de Jean-Luc Mélenchon, qui a déjà à son compte d’avoir fait disparaitre le PS, fait grincer des dents.

Si du côté politique, les divisions sont apparues au grand jour, du côté syndical, on a continué à faire bande à part. Philippe Martinez, également présent sur la fête, n’aura participé qu’à un seul débat sur le code du travail, bien loin des responsables politiques. Une table ronde où se trouvait en revanche Alexandre Saubot, numéro 2 du MEDEF, copieusement sifflé par la salle, mais également des salariés d’Haribo et de Deliveroo.

En amont de la fête, Pierre Laurent avait annoncé que celle-ci serait le « plus grand rassemblement anti-Macron ». Une déclaration qui sera resté à l’état de slogan, tant rien n’a été fait pour réunir autour de la table les différents acteurs de la contestation. CGT, LFI, LO, NPA, PCF, Solidaires : ils étaient pourtant bien tous là ceux qui ont battu le pavé le 12 septembre dernier. Certains, comme Philippe Poutou, avait même appelé à ce que l’ensemble des organisations syndicales et politiques se réunissent autour d’une table pour discuter des suites et une« nécessaire construction d’une opposition unitaire et populaire à la politique anti-sociale de Macron ».

Les logiques d’appareil et de division entre les organisations politiques et syndicales opposés à la loi travail, se font au détriment des travailleurs, qui ont plus que jamais besoin d’un plan de bataille commun pour construire la résistance face aux attaques du gouvernement. Après la journée de grève du 12 qui a réuni plus de 400.000 personnes et celle du 21, qui pourrait encore s’avérer supérieure, il n’existe pas d’autres journées de grèves et d’actions appelées nationalement de manière commune. Le 25, le 28, le 3 et le 10 octobre : ces derniers jours, de nombreuses dates éclatées de mobilisation du monde du travail ont émergé, renforçant encore la division entre les différents secteurs et organisations. Cette division empêche l’émergence d’un « Tous Ensemble » dans le monde du travail, de la construction d’une grève généralisée seule à même de mettre à mal les projets du gouvernement.




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