Politique

Une aubaine au PS ?

Fillon-Juppé. La meilleure des combines pour Hollande

Publié le 22 novembre 2016

Fillon compte un soutien non déclaré : François Hollande. Dans la configuration actuelle de la primaire de la droite, le locataire de l’Elysée, celui qui a construit toute sa carrière politique à grands renforts de coups de billards à trois bandes, de virages sur l’aile et de petites combinaisons et de grosses manœuvres, se frotte les mains.

Jean-Patrick Clech

Le scénario, relativement inattendu, qui émerge du premier tour de la primaire et qui, selon toute vraisemblance, devrait se confirmer dimanche prochain, est le meilleur que pouvait souhaiter Hollande. Un face-à-face Sarkozy-Juppé, sur lequel tout le monde tablait, aurait pu conduire à une victoire du second en raison de la détestation profonde qui colle aux basques du premier. Un Juppé aux présidentielles aurait représenté, pour les sociaux-libéraux, le plus gros des dangers. Avec Fillon-Juppé, en revanche, la configuration est tout autre, surtout si Fillon, un « vrai candidat de droite » qui n’est pas aussi clivant que Sarkozy, devient le porte-drapeau du gaullisme hexagonal et du centre aux présidentielles de 2017 à l’issue du résultat du vote de dimanche. Par rapport à lui, en creux, les socialistes en viendraient à sembler, du coup, presque « de gauche ».

Fillon charrie avec lui un programme ultra-radical. L’une des questions tourne autour de sa capacité à le mettre en musique, voire même de sa volonté de s’y tenir réellement, compte-tenu du souvenir du mouvement contre la Loi Travail qui est dans toutes les têtes, y compris au sein du patronat, qui a certes gagné la bataille mais a senti le vent du boulet. Jean-Pierre Raffarin, ancien premier-ministre de Chirac et « sage parmi les sages », est en première ligne, depuis dimanche soir, pour dénoncer le caractère « brutal » et « irréaliste » du programme économique de Fillon. Ce dernier, en revanche, est suffisamment réactionnaire pour plaire à une bonne partie du noyau dur de la droite, qui voit en Juppé, à tort, un partisan du consensus mou, et suffisamment rétrograde pour agir en repoussoir et faire du PS ce qu’il n’est pas, à savoir une référence, somme toute de gauche, par rapport à un Fillon-Thatcher ultra-libéral.

Par-delà le beau coup politique joué par l’ancien collaborateur contre son ex-patron, dans ce qui constituait jusqu’à hier « le peuple de gauche » et que Jean-Christophe Cambadélis entend d’une façon ou d’une autre rafistoler à travers les primaires ou la « Belle alliance », tout le monde a à l’esprit les états de service de Fillon. Plus que les grèves de novembre-décembre 1995, dont Juppé était la cible, dans le secteur public, notamment, et chez les enseignants, en particulier, chez les actifs comme chez les retraités, tous en en tête leur fiche de paie de l’été 2003, après la grande grève contre la réforme des retraites, ou en tout cas les mobilisations de 2010 contre sa nouvelle contre-réforme des pensions et de l’âge de départ. Rien de mieux, donc, pour que le facteur repoussoir joue à plein et sachant qu’un Sarkozy n’était pas plus garanti de victoire face à Juppé, qu’un Fillon candidat de droite.

L’autre élément essentiel est la façon dont Fillon a multiplié les appels du pied en direction des secteurs ultra-cathos, ces derniers temps, au point d’être attaqué par Juppé lui-même sur la question de l’IVG. Ce sur quoi Hollande a joué pour maintenir un semblant de cohésion à gauche a été les questions sociétales : « nous pouvons ne pas être d’accord sur les questions économiques, vous pouvez penser que mon Premier ministre est, au fond, de droite, mais nous nous retrouvons tous sur les mêmes marqueurs idéologiques de gauche », semblait dire Hollande après la nomination de Valls à Matignon et ce jusqu’à la démission de Taubira, dernier marqueur progressiste » (ou vendu comme tel), de l’exécutif. Avec un Fillon proche des catho-trad, ne ratant pas une seule messe le dimanche, donnant du grain à moudre à « Sens commun », l’émanation de la Manif pour tous chez les Républicains, voilà que le président actuel finirait presque par passer pour un rempart contre les idées les plus rétrogrades.

Le dernier atout, enfin, que Hollande garde par devers lui depuis très longtemps, au cas où Sarkozy serait candidat en 2017, c’est toutes les casseroles que traîne derrière lui l’ex-président. Si jusqu’à présent aucun renvoi un jugement n’a eu lieu, c’est parce que le Parquet, sur ordre de l’Elysée, attendait le moment propice pour attaquer.Sur la question du financement libyen de la campagne de 2007 comme sur d’autres dossiers, tout pourrait ressortir dans les prochains mois. Cela permettrait de placer le futur candidat de droite, quel qu’il soit, en difficulté et en porte-à-faux vis-à-vis de son ancien.

Mais à gauche, s’il est permis de rêver, l’allégresse, aussi, à ses limites. Il faudra à Hollande un peu plus que sa baraka de congressiste PS pour sortir du trou noir sondagier dans lequel il se trouve. Quand bien même Fillon serait un candidat tellement de droite pour faire de Juppé un quasi-homme-de-gauche et de Hollande, lui-même, un véritable progressiste, si on va jusqu’au bout de l’idée, il lui faut remonter une pente raide : rien ne garantit, alors que tous ses proches le lâchent, qu’il sera en mesure de se présenter à la primaire, ni même de la gagner et, par conséquent, d’avoir à affronter un probable candidat Fillon au premier tour l’an prochain. C’est plus que de la chance qu’il faudra, cette fois-ci, à Hollande. L’ironie du sort, c’est que même avec la meilleure des configuration possible pour les autres candidats, possibles ou déclarés à la primaire de gauche, il n’est écrit nulle part que leur porte-parole est assurer d’arriver, au moins, en troisième position, le 23 avril prochain, en dépit de tous les défauts du candidat-chef-de-fil de la droite hexagonale.