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Fillon attaque le Canard en justice

Voilà une manoeuvre qui s’apparente à une vengeance : François Fillon, lui-même mis en examen depuis le 14 mars pour « détournement de fonds » et « recel d’abus de biens sociaux » a porté plainte contre les journalistes du Canard enchaîné, dont les révélations ont ponctué la campagne.

Crédits photo : afp.com/CHRISTOPHE ARCHAMBAULT

Voilà une manoeuvre qui s’apparente à une vengeance : François Fillon, lui-même mis en examen depuis le 14 mars pour « détournement de fonds » et « recel d’abus de biens sociaux » a porté plainte contre les journalistes du Canard enchaîné, dont les révélations ont ponctué la campagne.

Le journal, qui existe depuis 1915 dans la presse française et qui s’est fait connaître à de nombreuses reprises pour les scandales politiques qu’il met en avant (affaire Stavisky en 1934, ou affaire Papon en 1981 par exemple), a révélé les emplois fictifs pour lesquels Pénélope Fillon est aujourd’hui mise en examen aux chefs de « complicité et recel de détournement de fonds publics », « complicité et recel d’abus de biens sociaux » et « recel d’escroquerie aggravée ». Rien que ça !

C’est le numéro du 12 avril dernier qui est mis en cause, puisqu’il décrit les doutes des enquêteurs, conduits à revoir la date de début de son emploi fictif : Pénélope en aurait bénéficié non pas à partir de 1986 mais dès 1982, contrairement aux affirmation de l’ancien premier ministre.

Se saisissant de ce décalage de dates, dans une affaire qui bien sûr reste à juger, Fillon utilise l’article L. 97 du code électoral pour porter plainte : il vise « Ceux qui, à l’aide de fausses nouvelles, bruits calomnieux ou autres manœuvres frauduleuses, auront surpris ou détourné des suffrages, déterminé un ou plusieurs électeurs à s’abstenir de voter, seront punis d’un emprisonnement d’un an et d’une amende de 15 000 euros. »

Les journalistes du Canard sont étonnés de voir l’équipe de Fillon utiliser cet article au lieu d’une plainte pour diffamation : ce serait pourtant la procédure habituelle pour ce genre de situation. Mais il s’agit bien pour Fillon de faire payer l’élection ratée, quitte à prendre un bouc émissaire. L’affaire prend donc une tournure psychologique assez banale et pas très étonnante quand on a vu la manière dont Fillon a lui-même réagi au fil de ses semaines de dégringolade.

Mais il y a peut-être une morale à cette histoire qui nous intéresse : plus grave que la déconfiture de Fillon, il y a eu durant cette élection des centaines d’électeurs qui ont été empêchés de voter au premier tour.

Si les recours sont possibles, ils sont limités dans le temps puisqu’il faut en être informé avant le vote. Or beaucoup l’ont découvert le jour même.

Le code électoral protège donc mieux les candidats que les électeurs : une fois de plus, la classe politique démontre qu’elle tient à ce Droit qui garantit son immunité et ses privilèges.

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