Politique

Il ne nous aura pas comme il a eu Juppé

Fillon et le Medef ont leur programme. Et nous, on l’aura quand, le nôtre ?

Publié le 28 novembre 2016

Vainqueur par KO au second round. Fillon a envoyé Juppé au tapis dimanche soir, à grand coup de programme ultra-offensif et anti-populaire. Ce n’est pas nous qui irons compatir au sort de l’ancien premier ministre de Chirac. En guise de réconfort, on lui rappellera juste les grandes grèves de novembre-décembre 1995. En revanche, il n’est écrit nulle part que nous devons subir le même sort que lui face au matraquage que nous promet déjà Fillon. Mais pour cela, encore faudrait-il que l’on se prépare.

De son côté, en effet, Fillon est sérieusement outillé. Conseillé, soutenu et coaché directement par le Medef qui lui fournit ses collaborateurs, celui qui semble le favori pour les présidentielles d’avril-mai 2017 et qui conduira les législatives de juin veut notre peau : retraites, sécu, postes de fonctionnaires, mais également hausse du temps de travail et de la TVA. Si son ancien patron nous proposait de « travailler plus pour gagner plus », Fillon nous propose seulement de « bosser plus pour toucher moins », avec une sérieuse séance de serrage de ceinture en prime, le tout emballé dans un discours franchement réactionnaire, raciste, aux relents colonialistes.

Dans la lignée de ce qu’ont fait ses deux prédécesseurs, puisque Fillon se voit déjà à l’Elysée, il veut monter encore d’un cran dans les attaques. Il n’y a pas de raison que, de notre côté, dans le public comme dans le privé, au sein de la jeunesse et des classes populaires, les chômeurs, les précaires, les habitants des quartiers et les retraités, nous ne soyons pas en mesure de hausser d’un cran le niveau de résistance, dans la rue et dans les luttes. En effet, si l’on se concentre uniquement sur les candidats de la gauche institutionnelle qui ont tous occupés, à un moment ou à un autre, un poste de ministre ou de sous-ministre, ce ne sont pas eux qui nous garantiront contre une victoire de Fillon.

Ce que l’on peut éviter, en revanche, c’est que Fillon transforme l’essai aux législatives et qu’il tire parti de la « période de grâce » pour asséner des grands coups. Pour cela, nous devons nous organiser, dès à présent, au niveau social mais également, électoral.

Face à ce concentré patronal qu’est Fillon, pourquoi ne pas lui opposer, aux législatives, un concentré de ce que notre classe peut faire de meilleur ?

On pourrait en effet tout à fait imaginer un front commun de l’extrême gauche, avec le NPA et LO, les équipes syndicales combatives, les jeunes qui se sont battus contre la loi travail, les camarades condamnés pour fait de grève, nos frères et sœurs qui se battent contre les violences policières dans les quartiers. Qui mieux qu’un-e docker-e, qu’un-e étudiant-e combatif-ve, qu’un-e travailleur-se d’Air France ou des ex-Goodyear, un-e militant-e des quartiers seraient à même de se présenter au Havre, à Rennes ou Paris, dans le 93, à Amiens ou dans le 95, contre les candidats de la droite et de l’extrême droite et de la fausse gauche ?

Face à ce concentré de programme patronal que Fillon veut nous administrer, pourquoi ne pas opposer un programme d’urgence anticapitaliste, antiraciste et anti-impérialiste ?

Abolition de toutes les contre-réformes sociales des quinquennats précédents, interdiction des licenciements, titularisation et embauche de tous les CDD et les précaires, répartition des heures de travail pour résorber le chômage sans baisse de salaire, fin de l’état d’urgence et de l’impunité des flics par le désarmement de la police et la dissolution de la BAC, amnistie générale pour tou-te-s les camarades condamné-e-s. Un tel programme serait-il moins réaliste que celui de Fillon qui nous propose un saut en arrière de 80 ans en déremboursant, par exemple, les frais de suivi et de traitement médicaux pour les maladies graves ?

Face à l’état-major de campagne qui se presse autour de Fillon, pourquoi est-ce qu’on ne se dépêcherait pas, nous aussi, à construire notre propre état-major, pour défendre nos intérêts de classe, à commencer par la défense des nôtres ?

Ce ne sont pas, en effet, les occasions qui manquent si l’on voulait tous se retrouver. Il suffit de jeter un œil au calendrier des procès qui se poursuivent contre les militants mais également à l’impunité policière dans les quartiers. A quand une grande réunion de coordination de toutes les équipes syndicales et militantes d’entreprises, dans les administrations, les écoles, les lycées et les facs, qui souhaitent se solidariser à tou-te-s les camarades qui sont aujourd’hui dans le viseur des juges ?

Tout ceci ferait déjà une belle base de programme d’action et de programme politique pour contrer au plus vite le favori de la droite et du Medef. Il faut, dès aujourd’hui, que l’on s’en donne collectivement les moyens.