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Politique

Fillon à la dérive

Fillon porte plainte contre le Canard Enchaîné et veut faire invalider l’élection présidentielle

Après les affaires, les promesses non tenues de retrait en cas de mise en examen et sa défaite au premier tour le 23 avril dernier, Fillon attaque le Canard enchaîné pour « fausses nouvelles » et « bruits calomnieux » ayant pour effet de détourner les suffrages. Selon Robert Bourgi, l'ami qui lui a offert ses costumes, Fillon a en tête de faire invalider les élections.

«  Je ne céderai pas, je ne me retirerai pas  » avait affirmé François Fillon, le 1er mars 2017, suite à sa mise en examen pour les emplois fictifs de sa femme et de ses enfants. Cette sentence, qui balayait sa promesse de retrait en cas de mise en cause par la justice, initiait la fuite en avant de la campagne du candidat des Républicains. La détermination de Fillon allait dès lors devenir d’une rigueur extrême contre tous les plans B et les révélations toutes plus scandaleuses les unes que les autres.

Le candidat élu par la primaire de la droite s’accrochait à son envie de pouvoir comme un désespéré. Et malgré sa défaite au premier tour, il semble qu’il n’ait toujours pas digéré le désaveu des suffrages à propos de la corruption généralisée qu’il incarne. En effet, François Fillon a porté plainte contre le Canard enchaîné pour « fausses nouvelles » et « bruits calomnieux  » ayant pour effet de détourner les suffrages afin, selon Robert Bourgi, son généreux ami et donateur des deux costumes à 13 000 euros, de « faire invalider les élections ».

Difficile pour François Fillon de trouver un angle d’attaque contre le journal satirique qui aura contribué à causer sa perte dans cette élection 2017. La poursuite pour diffamation est d’emblée exclue car, depuis sa mise en examen qui va dans le sens des révélations du journal, il ne peut plus s’en prendre au Canard enchaîné. Les suspicions qui pesaient sur les emplois fictifs de sa femme et de ses enfants en tant qu’attachés parlementaires étaient suffisamment fortes pour que la justice ouvre une enquête.

C’est donc au nom de l’article L97 du Code électoral qui condamne la diffusion de «  fausses nouvelles » et de « bruits calomnieux  », ayant d’après lui pour effet de détourner les suffrages, que Fillon attaque le journal sur la base d’un de ses derniers articles publiés avant le premier tour. Après avoir crié au complot politique et dénoncé l’influence d’un cabinet noir à l’Élysée, Fillon semble encore une fois prêt à tout pour se venger d’avoir été mis à nu, lui, le chevalier blanc de cette élection.

Cet énième coup d’épée dans l’eau de la part de l’ex-premier ministre de Nicolas Sarkozy est l’illustration de l’état de crise dans lequel sa défaite au premier tour a plongé Les Républicains. Et la base électorale de ce parti s’en retrouve tout aussi désorientée. Largement plébiscité par Sens commun, issu de la Manif pour tous et qui en constitue la continuité politique chez les Républicains, l’électorat confessionnel et de droite ne sait plus où donner de la tête. Entre les appels au vote « contre Macron », qualifié d’ « ouvertement anti-famille », le soutien de Christine Boutin au FN et les tentatives d’union avec le candidat d’En Marche, le choix est rude pour ceux qui avaient vu en Fillon un « grand espoir » pour leurs intérêts et leurs positions réactionnaires.

Mais le candidat des Républicains, quant à lui, ne semble pas encore comprendre que sa campagne est terminée et qu’il va devoir rendre l’argent, à commencer par les 3,3 millions d’euros de dons qu’il a reçu, comme Daniel Fasquelle, trésorier de LR, n’a pas manqué de le lui rappeler récemment.

crédits photo : PASCAL GUYOT AFP




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