Genres et Sexualités

Fillon, Juppé, Hollande et consorts ne sont pas de « grands féministes » 

Fillon, président ? Toujours plus à droite pour les droits des femmes et LGBTI

Publié le 21 novembre 2016

Fillon est désormais donné comme candidat républicain à la présidentielle. Quel sort réserve-t-il aux femmes et minorités de genre ? Plus conservateur que les autres, Fillon est de cette branche conservatrice-catholique, l’ « austère » face au « bling-bling » Sarkozy et au « vieux rassembleur » Juppé, qui s’érige en grand défenseur de la « famille comme fondement de notre société » avec pour cible la question de la filiation « pour l’avenir de nos enfants » et pour la « liberté des femmes », et en ligne de mire « l’islam radical » et « l’influence des mouvements sectaires et radicaux ». De ces hommes politiques qui instrumentalisent le féminisme à des fin racistes et islamophobes. Tout le « must have » du parfait réactionnaire.
 
Cécile Manchette

Les résultats du premier tour de la primaire à droite sont tombés. Fillon en tête de peloton, avec près de 44% des voix, juste derrière Alain Juppé. Et les autres, toujours dans les parages. D’aucun, nous n’attendions un programme résolument « féministe » dans un contexte où la droite libérale prend un virage toujours plus conservateur et réactionnaire. Et quand il s’agit de « réaction » et de conservatisme, les femmes, minorités de genre et les opprimées sont les premières victimes.

Restreindre les droits des personnes LGBTI

Mettons les pieds dans le plat. François Fillon est un opposant à la cause et aux luttes des femmes et des personnes LGBTI de longue date. En 1982, il votait contre la dépénalisation de l’homosexualité. D’après lui, il y aurait prescription, cela fait 33 ans. Une « erreur de jeunesse » peut-être ? Il s’opposait ensuite au PACS puis au mariage pour tous. Il semblerait donc, au contraire, qu’il ait gardé une certaine constance en la matière. À tel point que François Fillon, contrairement aux autres candidats à la primaire, s’est engagé à revenir sur la loi Taubira ouvrant le mariage et l’adoption aux couples de même sexe. Fillon, comme Juppé, s’oppose à la GPA (gestation pour autrui) et à l’accès à la PMA (procréation médicalement assistée) pour les couples lesbiens – promesses sur lesquelles a reculé le gouvernement Hollande –, mais, contrairement au second, il souhaite également interdire « l’adoption plénière » aux couples homosexuels, c’est-à-dire revenir sur la loi Taubira. Il promettait alors dans ce sens, lors de son discours de campagne le 18 novembre au palais des congrès : « nous réécrirons le droit de la filiation pour protéger les droits de l’enfant mis à mal par le mariage pour tous ».Une perche tendue à la Manif pour tous et notamment au mouvement Sens commun anti-mariage pour tous qui a appelé à voter pour lui au premier tour et semble se réjouir de cette victoire, saluant « le sérieux, la droiture et la cohérence » du candidat. C’est également Ludovine de la Rochère, à la tête de la Manif pour tous, qui a exprimé sa satisfaction : « La famille est bien au cœur de la campagne comme elle le sera lors de la présidentielle et des législatives. »

Renvoyer les femmes au foyer

La cellule familiale, l’avenir des enfants sont donc au cœur des préoccupations du candidat. Et pour porter ses revendications et son programme pour les femmes, le mouvement « les femmes avec Fillon » s’est créé au début de l’année, et sa femme, Pénélope Fillon, en est la marraine. Pénélope Fillon est la porte-parole du programme « féministe » de son mari et candidat à la présidentielle parce qu’elle « désire que l’on voie l’homme qu’il est et qui comprend les femmes ». Un programme politique qu’il suffit d’aller consulter pour comprendre qu’il s’agit d’un programme au service des ambitions de la bourgeoisie, de son idéologie et du néolibéralisme. Les revendications du collectif s’articulent « autour de la lutte contre les violences faites aux femmes, de la protection des enfants, du respect de la famille, de l’attention à la paupérisation qui touche les femmes seules ». Pénélope Fillon, qui s’est exprimé en public le 15 novembre dernier sur la « situation des femmes dans la société d’aujourd’hui », a précisé : « souvent, la charge de travail des femmes est double du fait du cumul de leur activité professionnelle et de leur statut de mère. D’une certaine manière, elles ont deux emplois. Il est donc indispensable pour aider ces femmes d’accentuer les efforts en matière d’aménagement du travail (mi-temps, travail à distance) et de prise en compte de leurs responsabilités familiales ». Une vision dans la droite lignée de la création du ministère des Droits des femmes, de la famille et de l’enfance : rappeler aux femmes leurs « devoirs et responsabilités » de « mère », et les renvoyer au foyer.

Les femmes, premières victimes de la précarité

Les femmes représentent aujourd’hui 85% des salariés à temps partiels. La réalité de la « situation des femmes aujourd’hui », et des minorités de genre, est qu’elles sont particulièrement exposées à la précarité et les contre-réformes que sont la réforme des retraites de 2010 ou la loi Travail de 2016. Ces dernières contribuent à alimenter cette précarité, à fragiliser les femmes sur le marché de l’emploi, à les rendre plus dépendantes du couple et du noyau familial. Si Fillon aime proclamer que c’est grâce à lui que les violences faites aux femmes ont été consacrées grande cause nationale en 2010, nous aimons à rappeler qu’il a défendu et porté toutes les contre-réformes sur les retraites dont celle de 2010, où il était alors Premier ministre.

Le programme concret contre la lutte contre les violences faites aux femmes n’a d’ailleurs pas l’air d’avoir beaucoup changé depuis 2010, où Fillon promettait plus de structures d’accueil pour les femmes victimes de violences. Pour couronner le tout, Fillon a déclaré début octobre que l’IVG (interruption volontaire de grossesse) n’est pas un « droit fondamental », et «  qu’à titre personnel », et «  compte tenu de sa foi », il n’approuvait pas l’avortement. Le programme de Fillon « pour les femmes » a tout d’un programme conservateur à l’image des gouvernements de droite réactionnaire qui s’imposent sur la scène politique en Europe remettant en cause des droits acquis par les femmes à l’issue des longues années de luttes.

Quand on y regarde de plus près, le programme des « femmes avec Fillon » s’articule également autour de deux autres points que sont « l’islam radical » et « la protection de nos enfants contre la violence et contre l’influence des mouvements sectaires et radicaux ». Effectivement, quand Fillon parle de l’égalité entre les hommes et les femmes, et de « liberté pour les femmes », il entend surtout lutter contre le port du voile : « je me suis engagé fortement contre cette prison de toile qu’est la burqa ». Il est aussi apparu à la rentrée, au moment de polémique sur l’interdiction du burkini sur les plages, comme un fervent défenseur de cette mesure. Il a d’ailleurs annoncé clairement son intention de faire respecter la loi interdisant le port de la burqa et d’interdire « les prêches qui portent atteinte au principe d’égalité mais aussi, plus généralement, ceux en arabe ». Interdire le voile, le burkini, comme manière de lutter pour les droits des femmes, et en l’occurrence, pour le droit à disposer de leur corps, à s’habiller comme elles le souhaitent et à s’émanciper de la domination patriarcale. En réalité, il s’agit une instrumentalisation des luttes féministes pour mieux stigmatiser la religion musulmane, les musulman.es ousupposé.es comme tels. Mais depuis quand c’est à Fillon ou à l’État de nous libérer ?

La droite conservatrice et réactionnaire est de sortie, et ce n’est que le début. Il y a quelques mois à la question « Avez-vous envie d’être président de la République ? », Fillon répondait qu’il n’aimait pas cette formulation qui laisse penser que « la France est un pays à prendre, comme une femme au fond ». Face à une droite décomplexée, sexiste et raciste, nous nous opposons à l’ensemble de son programme qui ne promet que plus de précarité, de répression, de lois sexistes et racistes pour notre camp, ainsi qu’à la politique du « moins pire » ou du « vote utile ». En tant que révolutionnaires, nous défendons comme alternative un mouvement de lutte des femmes et des minorités de genres qui se délimite des partis bourgeois, indépendant des institutions, anticapitaliste, anti-impérialiste et antiraciste.