Politique

Atteindre le Royaume-Uni à tout prix

Fin de Calais. Les réfugiés quittent les centres d’accueil pour rejoindre l’Angleterre

Publié le 2 novembre 2016

Cela fait maintenant plus d’une semaine que le gouvernement « Hollande » a entamé l’opération de « démantèlement » de la « jungle » de Calais et la « mise à l’abri » des 8 000 à 10 000 personnes qui la peuplaient. Un « démantèlement », une grande expulsion orchestrée, permettant de « rediriger » les migrants vers des centres d’accueil et d’orientation répartis à travers la France. Des centres pour aider les migrants à « reconsidérer leur projet migratoire », une perspective peu satisfaisante pour tous ceux qui rêvent de l’Angleterre où vivent leurs proches. Un « déplacement » en CAO également peu réjouissant pour ceux qui savent que le dispositif mis en place par l’Etat ne leur sera pas favorable. Expulsion et retour vers le pays qu’ils ont fui ou le pays où ils ont enregistré leurs empreintes, expulsion pour ceux qui ont été déboutés du droit d’asile. Il ne leur reste plus alors que la fuite et la rue, rejoignant ainsi ceux qui sont désormais installés dans des campements de fortune comme à Paris ou dans le Calaisis. C’est ainsi que ces derniers jours, quelques dizaines de migrants mineurs, étiquetés comme tels suite à des contrôles aux faciès, ont quitté les centres d’accueil dans lesquels ils viennent tout juste d’arriver.
 
Cécile Manchette

« Il n’y aura pas de réinstallation sur la lande. Elle est évacuée. Elle sera sécurisée. Plus personne ne pourra la rejoindre  », déclarait Hollande ce mardi 1er novembre. « Vider Calais » tel est l’objectif du gouvernement depuis plus d’un an et qui s’est concrétisé à la vitesse éclair, en une semaine. Depuis lundi dernier, quelques milliers de migrants ont été répartis dans 451 centres d’accueil et d’orientation aux quatre coins de la France. Ce mercredi 2 novembre, il s’agissait de « conclure » l’opération en procédant à l’évacuation des 1 600 mineurs isolés, reconnus comme tels, qui étaient logés jusqu’alors dans un centre d’accueil provisoire (CAP) à Calais. Ils ont donc été répartis dans des bus en direction de centres d’accueil et d’orientation pour mineurs isolés (Caomi). Des centres où il est annoncé que seront prises en charge leurs demandes de rejoindre l’Angleterre.

Rejoindre l’Angleterre, tel est le rêve de milliers de réfugiés prêts à tout pour y parvenir. Des réfugiés qui par quelques centaines ont refusé de monter dans les bus, sont partis avant le « démantèlement » de Calais, et sont aujourd’hui rejoints par des personnes qui quittent les centres d’accueil où ils viennent d’être déposés. C’est ce que révèlent deux centres d’accueil en Charente-Maritime et en Meurthe-et-Moselle. 22 migrants mineurs ont quitté le Caomi situé à Fouras en Charente-Maritime, tandis qu’à Sion, en Meurthe-et-Moselle, 19 des 40 jeunes accueillis ont quitté leur centre en l’espace de trois jours. Et sur les 21 mineurs restants, 14 auraient déjà émis le souhait de suivre les pas de ces jeunes partis du centre.

Des centres qu’ils peuvent parfaitement quitter, quand ils le désirent, ces centres d’accueil n’étant pas des centres de rétention. Ces départs seront très certainement suivis d’autres, le dispositif mis en place par l’Etat étant totalement incapable de répondre à la situation. Il y a quelques mois, une enquête de la Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale (Fnars) révélait déjà que ces CAO sont en réalité des « goulots d’étranglement » comme le pointait également une jounaliste du journal Le Monde  : problèmes d’information à l’arrivée, renvois de demandeurs d’asile dans le pays où ils ont laissé leurs empreintes (alors même que l’application de l’accord de Dublin devait être suspendu), durée de séjour qui s’éternise alors qu’ils devraient y rester en moyenne un mois, et surtout, centres non adaptés pour tout un ensemble du public qu’ils accueillent. C’est ainsi que beaucoup préfèrent quitter ces centres parce qu’ils ne souhaitent pas entamer une demande d’asile en France (mais dans un pays voisin), parce qu’ils ont été déboutés du droit d’asile et risquent l’expulsion. Les réfugiés mineurs, eux, ne veulent pas voir leur dossier rejetés. Sur les 1 800 mineurs enregistrés la semaine dernière, seulement un peu plus de 300 ont pu rejoindre l’Angleterre légalement.
Le gouvernement craint que ne se recrée un campement aux alentours de Calais et fait tout pour en finir au plus vite. Les 360 à 400 femmes et enfants hébergés au centre d’accueil Jules-Ferry, un ancien centre aéré jouxtant l’ex-« jungle » devraient quitter la « jungle » ce jeudi ou ce vendredi.
 
En attendant, ceux qui quittent les centres se retrouvent à la rue. Nombre d’entre eux sont aujourd’hui à Paris entre Stalingrad et La Chapelle, et sont menacés d’expulsion ce vendredi 4 novembre. Mercredi soir, des centaines de personnes étaient venues leur apporter soutien et solidarité. Toute cette semaine, les 2 000 réfugiés dénombrés ont subi des violences de la part des forces de répression qui reviendront vendredi pour les déloger, une nouvelle fois, par la force. Qui a dit « mise à l’abri » ? C’est contre les expulsions et les rafles qu’il nous faudra lutter.