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Politique

Sale temps en Macronie

Fin de l’embellie pour Macron, le chômage repart à la hausse

Macron pouvait, entre autres, justifier ses attaques contre les travailleurs par des résultats positifs sur le chômage au début de son mandat. Résultat d'une "embellie" économique sur le déclin, cette baisse du chômage ne semble pas faite pour durer : le chômage repart à la hausse en ce deuxième semestre 2018.

Crédit photo : Romuald Meigneux / SIPA

Décidément, Macron est bien un président tout ce qu’il y a de plus banal, si ce n’est qu’avec toute sa communication sur un prétendu renouveau de la vie politique, la chute risque d’être d’autant plus rude.

Après un début de mandat passé à attaquer toutes les conquêtes sociales des travailleurs, non sans résistance de leur part, Macron et ses députés, qui se disent exténués, méritaient bien des vacances. Vacances qui auraient été d’autant plus agréables avec le succès de l’Équipe de France au mondial, qui promettait une relative euphorie, qui, ajoutée aux vacances estivales aurait laissé les mains libres au gouvernement pour préparer sereinement les prochaines régressions sociales.

Manque de chance, surgit l’affaire Benalla ! Alors que l’affaire va de rebondissement en rebondissement, nouveau coup de massue, malgré la flexibilisation du marché du travail, le chômage continue d’augmenter. Engagement intenable du quinquennat Hollande, la baisse du chômage est peut-être l’un des facteurs principaux qui a précipité sa chute dans les sondages et celle du PS de manière générale, elle pourrait accélérer l’essoufflement du macronisme.

Si la conjoncture économique, depuis l’élection de Macron, lui a été favorable, il semblerait que le vent soit en train de tourner. En effet, divers facteurs ont fait de l’année 2017 (et en partie de 2018) celle de la reprise économique depuis la crise de 2008, notamment dans l’Union Européenne. Le faible niveau des taux d’intérêts, une relative stabilisation du cours du pétrole, notamment grâce à l’accord iranien, et une certaine période d’accalmie en ce qui concerne les tensions économiques au niveau mondial. La politique agressive de Trump et l’augmentation aiguë des tensions géopolitiques signent la fin de cette courte embellie.

D’autant que le chômage n’est pas qu’une question de mauvaise passe. Il est structurel et appelle à des mesures d’ampleur. Le chômage permet à la bourgeoisie de justifier sa destruction méthodique des conditions de travail des salariés, en augmentant le temps de travail, les cadences, la pression, en baissant les salaires... Pourtant, depuis que Sarkozy clamait haut et fort qu’il suffisait de « travailler plus pour gagner plus » et que Hollande et Macron ont considérablement attaqué le Code du travail en affirmant, sans rougir, que contre le chômage, il fallait pouvoir plus licencier, qui a vu une réelle amélioration de la situation à part le grand patronat ? Ainsi, le chiffre de baisse du chômage de 1 % au premier trimestre 2018 cachait dans le même temps les grands plans de licenciement mis en place par PSA, Carrefour, Pimkie... Il permettait également au gouvernement d’annoncer un projet de... licenciement massif chez Pôle emploi.

La distinction entre les différentes catégories de chômeurs (de A à E) entretient un flou confortable pour le gouvernement qui permet de jongler pour tirer le bilan le plus positif à chaque évolution de la situation. Ce trimestre le chômage de catégorie A (aucune activité exercée) est en hausse de 0,1 %. Sur l’année, le chômage de cette catégorie baisse de 1,3 %, mais si l’on élargit aux autres catégories le chômage continue d’augmenter, moins vite certes, mais il augmente. De plus, le fait que, chaque mois, de centaines de chômeurs soient purement et simplement radiés de Pôle Emploi permet au chiffre du chômage de s’auto-réguler. Tout comme le recours, toujours plus récurrent, aux contrats de courte durée, précaires par la rémunération mais aussi parce qu’ils créent une situation d’instabilité permanente pour les travailleurs, qui permettent de faire disparaître des chômeurs en créant des travailleurs pauvres (comme cela se fait en Allemagne).

L’exercice du calcul d’épicier appliqué au chômage où le pourcentage intéressant seulement est commenté tend à gommer la réalité de l’existence des personnes derrière les chiffres. Ainsi, en France ce sont toujours près de 6 millions de personnes qui sont inscrites chez Pôle Emploi, une situation difficile financièrement mais également socialement, les politiques et les médias bourgeois dénonçant régulièrement les « assistés », les « parasites » dont la fainéantise serait la source de tous les maux de la société.

La bourgeoisie n’est pourtant pas prête à prendre à bras le corps la question du chômage. Une mesure qui entraînerait une baisse drastique du chômage serait la réduction du temps de travail sans réduction de salaire, à l’opposée de la politique encouragée actuellement par le gouvernement : augmenter le temps de travail, sans augmenter les salaires, en licenciant toujours plus. Mais nos gouvernants ont-ils réellement intérêt à la baisse du chômage ? Imaginons la peine qu’ils auraient à affirmer qu’il faut baisser les dépenses publiques de la santé, de l’éducation, qu’il faut détruire le droit du travail, ou à justifier les politiques de repli nationaliste face aux étrangers « qui volent nos emplois ». Les révoltes face aux brimades et injustices quotidiennes au travail se feraient plus nombreuses si la menace du chômage ne planait pas en permanence au-dessus de toutes les têtes. En bref, une baisse effective du chômage pour la classe dominante, signifierait de plus grandes difficultés à nous diviser... et donc à régner.




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