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Une bonne nouvelle ?

Fin de la mise sous tutelle de la Grèce. Tsipras veut de nouvelles réformes austéritaires

Ce lundi 20 août, la Grèce est officiellement sortie de son troisième, et dernier, plan de renflouement financier, synonyme de fin de la « mise sous tutelle » du pays. Les plans successifs de la Troïka laissent la Grèce en ruine, tandis que Tsipras s'est empressé de déclarer que les « réformes structurelles » seront poursuivies.

Crédits photo : AFP - ANGELOS TZORTZINIS

Après la mise sous tutelle, un vaste champ de ruine

Le 21 juin dernier, les différents ministres des finances s’étaient réunis autour de la question grecque, laissant entrevoir la possibilité d’une levée de la tutelle économique du pays d’Alexis Tsipras. Ce 20 août, c’est officiel. Après 8 ans d’austérité pure, où les différents plans de la Troïka ont littéralement dépecé la Grèce, le pays est désormais placé sous une « surveillance renforcée » selon les mots de Klaus Regling, dirigeant du Mécanisme européen de stabilité (MES), conformément aux décisions prises par la Commission européenne le 11 juillet dernier.

Avec les 86 milliards d’euros d’aides reçus, l’ultime plan de renflouement financier, le total des aides reçues par la Grèce depuis 2010 s’élève désormais à 260 milliards d’euros. Bien entendu, la dette, colossale (180% du PIB grec), est toujours là et les créanciers entendent bien récupérer jusqu’au dernier centime. Le taux de chômage flirte toujours avec les 20%, et ce en dépit d’une reprise de l’activité économique, à hauteur de 2,3%.

Mais les 8 ans de mémorandums et d’austérité ont été en premier lieu une formidable occasion de ruiner la Grèce, entre réformes terribles, et successives, sur les retraites, les privatisations massives, vente d’actifs important (aéroport, port etc.), entre autres. Dans ce cadre, Alexis Tsipras, quatrième premier ministre du pays depuis 2010 et élu après une campagne placée sous le signe d’un programme « anti-austéritaire » se sera révélé être le meilleur agent de la Troïka. En trois ans d’exercice du pouvoir, le premier ministre de « gauche radicale » aura été le plus prolifique des fossoyeurs des acquis des travailleurs grec, à grand renfort de matraques si nécessaire.

Une bonne nouvelle ? Tsipras explique qu’il faudra poursuivre les « réformes structurelles » !

Avec plus ou moins de réserves, la plupart des médias dominants parlent d’une fin de la crise grecque. L’argument principal mis en avant étant la possibilité pour la Grèce de pouvoir à nouveau se financer sur les marchés.

Pourtant, la fin de la mise sous tutelle est-elle synonyme de la fin de la route austéritaire ? La réponse est non. « Si nous revenons sur ce que nous avons accepté, maintenant ou dans le futur, les marchés nous abandonneront et nous ne serons plus en mesure de refinancer dans des conditions viables les prêts arrivant à échéance » a ainsi déclaré au journal Kathimerini Yannis Stournaras, gouverneur de la banque centrale. Difficile d’être plus explicite. Alexis Tsipras est sur la même ligne. Ainsi, le premier ministre grec n’a pas opéré un changement de cap sur sa politique, insistant sur le fait que la fin de la mise sous tutelle n’était pas synonyme de l’arrêt des « réformes structurelles ».

C’est une nouvelle page pour le pays. Cela ne signifie pas que nous devons renoncer à la voie prudente de l’équilibre budgétaire et des réformes structurelles […] mais que nous pouvons renoncer à la voie épineuse des mémorandums et de l’austérité extrême

Alexis Tsipras, premier ministre Grec, après l’annonce de la fin de la mise sous tutelle

La situation est donc on ne peut plus claire. La fin de la mise sous tutelle de la Grèce n’est en rien synonyme de la fin des attaques contre ce qu’il reste des acquis des travailleurs et des classes populaires. C’est aujourd’hui le remboursement des créances, et non plus l’octroiement des aides financières, qui prend la place d’argument-massue pour imposer les prochaines réformes austéritaires. En ce sens, Alexis Tsipras cherche à s’imposer comme l’homme de la situation aux yeux des classes dominantes, après avoir « fait ses classes » en quelque sorte, au bout de trois ans au pouvoir.




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