Société

Luttes dans les prisons

Fleury-Mérogis vs les prisonniers politiques. Fleury recule

Publié le 26 juin 2015

Corinne Rozenn

Après avoir protesté pendant plusieurs semaines pour dénoncer les nouvelles restrictions imposées par l’administration pénitentiaire autour des visites, les prisonniers basques et corses de la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis ont fini par faire reculer la direction après cinq jours de grève de la faim.

Depuis des années les prisonniers basques avaient obtenu le droit à un double-parloir par semaine, en raison des très longues distances que les familles doivent parcourir, souvent plus de 1500 km aller-retour. Sous prétexte de travaux et de « manque de place », les visites autorisées ont été ramenées à trois et limitées au week-end. Dans un premier temps, la direction de la prison avait promis un retour à la normale à la fin des travaux. Elle n’a bien entendu pas tenu parole et les double-parloirs sont restés limités à trois par mois.

Cette décision de la direction de la maison d’arrêt, connue pour ses méthodes très dures, constituait l’énième agression directe et intentionnelle contre les prisonniers politiques basques et corses, avec l’assentiment du gouvernement français alors que Pierre Joxe et Michel Rocard, tous deux anciens ministres socialistes parrainent la « Conférence humanitaire pour la paix » qui s’est tenue à paris le 11 juin.

Dans un courrier adressé à la garde des Sceaux Christiane Taubira, Ibon Goieaskoetxea et Joseba Iturbide, deux détenus politiques de la Division 2 à Fleury, ont souligné combien ils étaient « conscients que tout ceci est une conséquence (un des buts recherchés) de la politique d’éloignement familial [également connu comme politique de la ‘dispersion’, condamnée, par ailleurs, par la Cour Européenne des Droits des l’Homme comme contraire aux droits fondamentaux] que vous nous imposez comme mesure ajoutée à notre peine et qu’il s’agit-là d’une raison à fondement purement politico-répressif ». L’autre cas, dernièrement, symptomatique de cet acharnement contre les militants est celui de Oier Oa Pujol, que le gouvernement souhaite expulser en direction de l’Etat espagnol où Madrid rêve de le faire condamner.

Lundi 15 juin, donc, dans la Division 2 et la Division 3, Ibon Goieaskoetxea, Joseba Iturbide, Cédric Courbey, Xavier Ceccaldi, Laurent Susini, Éric Marras, Juan José Oses et Andoni Goikoetxea, sont passés du refus de plateau à une grève de la faim illimitée, les prisonniers de la Division 1 Iurgi Mendinueta, Aitor Elizaran et Igor Suberbiola refusant, eux, par solidarité, de réintégrer leurs cellules après la promenade.

Vendredi 19, la directrice, le chef de Division 2 et le responsable des parloirs ont reçu les prisonniers de la D2 en lutte, leur promettant trois visites doubles, soit 1h30 - avec possibilité d’en faire deux la même semaine, et trois visites courtes par mois à partir de juillet, ce qui a décidé les détenus de mettre fin à leur mouvement.

La direction de Fleury a donc dû faire machine arrière, partiellement en tout cas. Même dans les cages où ce système enferme celles et ceux qui le refuse, notamment les 94 prisonniers et prisonnières politiques basques incarcérés, aujourd’hui, sur le territoire français, il est possible de faire reculer les matons de la direction de l’administration pénitentiaire aux ordres de Hollande-Valls.