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Politique

Gouvernement des riches

Flicage des chômeurs : en marche forcée vers la précarité !

Pris de court par la publication d’une note confidentielle dans Le Canard Enchaîné hier, le gouvernement Macron assume une « pénalisation plus grande » des demandeurs d’emploi. Un nouveau cadeau pour le patronat, et la promesse du bâton pour les chômeurs.

Selon la note confidentielle (jusqu’à hier) du ministère du Travail, le gouvernement prévoit de renforcer les contrôles des chômeurs inscrits à Pôle Emploi et leur arsenal répressif : une recherche « insuffisante » d’emploi (adossée à la rédaction d’un bilan mensuel), un refus de formation ou un refus de deux offres d’emplois entraîneraient une réduction des allocations chômage de 50% pendant deux mois, puis, en cas de récidive, leur suppression pure et simple pendant deux mois. Il veut par ailleurs quintupler le nombre de « super-contrôleurs » des chômeurs « voyous », pour atteindre les 1000 d’ici 2022.

Outre la subjectivité qui se cache derrière le terme d’« insuffisance », volontairement vague, que conclure d’une telle politique ?
Une étude de Pôle Emploi parue cet automne montre que seuls 14% des cas contrôlés ne remplissaient pas les conditions de recherche d’emploi et ont été radiés, dont 10% qui ne touchaient pas d’indemnités. Le gouvernement aurait dû prendre en compte une telle donnée, admettre que les chômeurs ne sont pas des « fainéants », qu’ils ne sont pas dans une telle situation par plaisir, et faire « marche arrière » sur cette « promesse de campagne ». Pourquoi ne le fait-il pas ?

Macron-MEDEF, même combat

Pour quatre raisons essentiellement. Tout d’abord, poursuivre sa lune de miel avec les riches et le MEDEF qui rêvait d’une telle réforme depuis deux décennies, comme si le cadeau fiscal de 5 milliards n’avait pas suffi. Voilà des gages supplémentaires glissés sous le sapin. Cet appel du pied à droite (un de plus !), peut par ailleurs s’apparenter à une manœuvre politique pour essayer de s’accaparer une partie de l’électorat conservateur de Laurent Wauquiez, avec 2022 dans un coin de la tête (on n’est jamais assez prévoyant). Le député LREM Sylvain Maillard qui assure le SAV – pendant que le président dévale les pistes Pyrénéennes – salue cette « promesse de campagne » tenue. Avant d’en rajouter une couche : « Nous avons toujours dit qu’il y aurait des efforts à faire pour l’ensemble des Français, il y aurait des droits et des devoirs. » On regrettera que ces devoirs ne s’appliquent qu’aux plus précaires, tandis que dans le même temps le gouvernement s’attelle à supprimer l’ISF.
Deuxième objectif du gouvernement, baisser mécaniquement le taux de chômage. Les chiffres de novembre viennent de sortir et ne sont pas folichons. Certes on observe une diminution de 29 500 chômeurs en novembre dans la catégorie A, mais ceux de longue durée voient leurs rangs se garnir de mois en mois. Le nombre de personnes relevant des catégories A, B et C qui recherchent un emploi depuis au moins un an s’élève désormais à 2,686 millions pour toute la France, soit un accroissement de 0,6 % en un mois et de 4,3 % en un an. Dans cette conjoncture, autant employer la méthode brutale : prendre une hache et tailler dans les statistiques en supprimant à terme les chômeurs les moins dociles qui refuseront les emplois précaires qui leur seront successivement proposés… quand bien même ils sont à des dizaines de kilomètres de leur domicile.

Baisse du taux de chômage par la radiation ou la précarisation

Troisième axe, la précarisation. Baisser de 20 %, 50 %, voire 100 % pendant deux mois, ou plus, la rémunération des chômeurs, c’est évidemment les précariser davantage. Au-delà de ça, la politique du gouvernement axée sur la « flexibilité » a pour effet d’accentuer et de favoriser les emplois précaires dans le pays. Une stratégie pour baisser de manière drastique le taux de chômage qui est le copier-coller de la « flexibilité » à la sauce allemande. Un « voisin-modèle » qui, en poursuivant cette politique impulsée par Gerhard Schröder, a vu son taux de pauvreté atteindre les 17 % cette année au point d’inquiéter le très à gauche FMI : « malgré un filet de sécurité sociale bien développé et une forte progression de l’emploi, le risque de pauvreté relative [en Allemagne] demande une attention continue ». Denis Gravouil, en charge du dossier de l’assurance-chômage à la CGT résume ainsi l’ambition du gouvernement. « Le but, c’est de parvenir à faire comme en Allemagne, où l’on oblige les gens à faire n’importe quel petit boulot, dans n’importe quelle condition dégradée de salaire ou de travail ». De quoi accentuer un rapport de force déjà largement à l’avantage des employeurs, qui, soumis à une très forte demande, peuvent proposer des contrats au rabais…

Crédit photo : Nicolas Chauveau/SIPA




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