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Flics et fachos dans les facs : une tentative de tuer la contestation dans l’œuf

Dans les journaux, sur les plateaux télé ou par des communiqués, de nombreux chiens de garde du gouvernement tentent de renvoyer dos à dos la jeunesse qui se mobilise et les milices d’extrême-droite qui les ont attaqués à Montpellier, Lille ou au lycée autogéré de Paris. La répression, un combat de coq entre gauchos et fachos ?

À l’heure où des réformes pleuvent sur le monde du travail et la jeunesse, la contestation se fait ressentir dans les facs et les lycées, avec certaines Assemblées générales (AG) qui réunissent plus d’un millier d’étudiants et qui ne désemplissent pas – comme à Toulouse et Montpellier. Mais à l’heure où la colère commence à se répandre, le gouvernement cherche à tout prix à la tuer dans l’œuf. 

Une répression brutale aux multiples visages

Le premier gros coup de force de Macron et de sa ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, a été la mise sous tutelle de l’université du Mirail, à Toulouse, mardi dernier. En pointe de la mobilisation contre le projet local de fusion des universités et le plan étudiant, cette fac connaît un mouvement de grève d’ampleur depuis décembre dernier. La dissolution des conseils centraux et la destitution de Daniel Lacroix, ancien président de la fac, remplacé par un administrateur provisoire, a été permise par l’article L. 719-8 du code de l’éducation, mesure jamais employée jusqu’alors. Il s’agit pour le gouvernement de reprendre la main sur une mobilisation qui commence à faire tache d’huile, à l’heure où d’autres universités commencent à entrer dans la bataille et alors que les cheminots vont très prochainement débuter une grève. 

Cette mise sous tutelle ouvrait notamment la possibilité d’une intervention policière sur le campus. Un élan de solidarité national avec les grévistes du Mirail a contraint Vidal à faire marche arrière sur ce plan, mais dans d’autres universités, les représentants du gouvernement ne se sont pas fait prier pour envoyer des dizaines de CRS armés jusqu’aux dents, afin de déloger les étudiants mobilisés. C’était déjà le cas au début du mois de mars, à Bordeaux, où les forces de l’ordre ont évacué un amphithéâtre à coups de matraques et d’insultes telles que « sale pute » ou « bande de pédés ».

Récemment, ce type d’intervention policière dans les facs s’est multiplié. Le 19 mars, à Dijon, la police a traqué les étudiants dans les couloirs de leur fac à coups de matraques et de gaz lacrymogènes. A Grenoble, le 22 mars, quatre blessés dont deux graves ont été envoyés à l’hôpital par les forces de répression. Même type de scénario à Strasbourg, Caen, Lille ou encore Nantes ces dernières semaines.

Une violence qui en amène une autre…

Mais c’est un autre phénomène qui frappe aujourd’hui la jeunesse qui se mobilise contre les attaques du gouvernement. Une véritable milice fasciste a été introduite dans la fac de droit de Montpellier le 22 mars au soir, pour y passer à tabac les quelques dizaines d’étudiants qui s’y trouvaient. Les vidéos ont fait le tour de la toile, certaines atteignant presque 3 millions de vues.

Après Montpellier, c’était au tour du lycée autogéré de Paris (le LAP) de subir une attaque à coups de barres de fer, revendiquée par le Groupe Union Défense (GUD) vendredi 23 mars : saluts nazis dans la cour, insultes homophobes, agression de deux élèves… Puis, ce lundi 26 mars, à Lille, ce sont des membres de Génération Identitaires qui ont tabassé des étudiants au cours d’une AG.

Derrière les flics et les fachos, une même volonté de mater la contestation

Ce déferlement de haine commis par des groupuscules fascistes ou fascisants n’est pas dû à un hasard de calendrier. Ces attaques surviennent dans un contexte tendu, avec d’une part une contestation sociale grandissante face aux attaques de Macron, et d’autre part une répression d’État extrêmement violente envers quiconque relève la tête, terreau fertile à l’activité des milices d’extrême-droite.

Dans de nombreux médias, les relais du gouvernement cherchent à occulter les violences policières en renvoyant dos à dos les étudiants mobilisés victimes de répression – les « gauchos » – et la violence extra-légale, celle des groupuscules fachos. Dans le HuffPost, Yves Camus, un « expert de la radicalité », livre son analyse. Pour lui, ces attaques ne sont qu’une « agitation musclée chez les jeunes ». De simples bagarres entre radicalisés, qui n’auraient que peu de rapport avec le contexte politique, social et économique.

Ainsi, cette semaine, on pouvait lire dans FigaroVox un enseignant de la Sorbonne (Paris 1), F-X Lucas, qui déclarait en substance à propos de Montpellier que la milice fasciste ayant envoyé plusieurs étudiants à l’hôpital était en état de légitime défense : « Manifestations violentes et iniques, les occupations d’amphi et autres blocages de fac devraient valoir à leurs auteurs réprobation et condamnation mais elles sont traitées avec la plus grande bienveillance - et lâcheté - par des autorités - doyens, présidents d’université, préfets - qui n’ont qu’un seul souci, celui d’éviter l’incident. ».

En filigrane, ce que proposent ces « experts », c’est une répression encore plus féroce des forces de l’ordre, afin que les groupuscules d’extrême-droite ne sentent pas le besoin d’intervenir. Pourtant, il y a fort à parier que c’est justement le déferlement de violence commandité par le gouvernement qui « montre l’exemple » au GUD, à Génération Identitaire et autre Action Française. Sous les casques des CRS et les cagoules des miliciens, ce sont les mêmes insultes racistes et homophobes qui sont proférées. Les uns sont armés de matraques et de gazeuses, les autres de barres en fer ou en bois et de tasers. Les uns agissent en toute légalité, sur ordre des préfets et du ministère, les autres perpétuent une violence extra-légale, condamnée timidement par Frédérique Vidal quand elle est trop médiatisée.

La police nous défend ? Mais qui nous défend de la police ?

L’exemple de Montpellier est emblématique. Les membres de la sécurité, sur place, n’ont pas bougé pour défendre les étudiants matraqués par les hommes cagoulés introduits sur place par le doyen. La police, qui avait pour ordre de ne pas entrer sur le campus, a exfiltré les agresseurs sans en interpeller un seul. Dès lors, la question se pose : comment se protéger de ce déferlement de violence qui cherche à briser nos grèves et nos luttes ?

A l’heure où l’extrême-droite prend confiance en ses forces et s’inspire des évacuations violentes commises par la police, la résistance s’organise dans les facs mobilisées. Dans plusieurs campus occupés, les grévistes organisent des tours de garde et se préparent à se défendre face à d’éventuelles descentes de militants fascistes. La solidarité s’organise, certaines organisations syndicales ont produit des communiqués de soutien. Dans de nombreuses universités, le tournant répressif de ces derniers jours a eu un effet contraire à celui escompté par le gouvernement. Les assemblées générales ne cessent de grossir – à Lille, Toulouse et Montpellier, les AG ont réuni plus d’un millier d’étudiants en début de semaine, près de 800 à Paris 1 – et à chaque fois, le même mot d’ordre : flics, fachos, hors de nos facs !




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