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Politique

Journée de grève du 22 mars

Fonction publique, SNCF, EPHAD, universités, aéroports …. Le printemps social est-il arrivé ?

La journée de mobilisation et de grève du 22 mars, appelée initialement par l’interfédéral de la fonction publique en février dernier, est en passe de devenir la première grande journée de mobilisation interprofessionnelle – publique surtout, mais aussi privée – du quinquennat Macron. La jonction de secteur aussi divers que les cheminots, les étudiants, les travailleurs aériens, et bien d’autres, 50 ans après le départ de la contestation de 1968, pourrait bien donner un contenu autant politique que social à la grogne qui est en passe de s’exprimer.

La mobilisation du 22 mars des fonctionnaires…

Appelée en février par l’intersyndical de la fonction publique, la journée de mobilisation du 22 mars était conçue initialement, au mieux comme l’expression symbolique d’un ras-le-bol salarial des fonctionnaires ; au pire, comme une phase de clôture de la colère qu’ont suscité le plan étudiant (Loi ORE et Parcours) chez les enseignants de l’enseignement secondaire et la réforme du lycée et du baccalauréat, dans le secteur de l’éducation secondaire. Quoiqu’il en soit, on pouvait d’ors et déjà, en tenant compte des taux de grévistes observés lors de la dernière manifestation de la fonction publique le 10 octobre dernier, prévoir qu’elle serait bien suivie.

Mais ce qui se concevait comme une journée de mobilisation « pour la défense d’un service publique de qualité » et de protestation contre la baisse des rémunérations induites par la hausse conjointe de la CGS et le gel du point d’indice salarial, - une manifestation restreinte à la fonction publique - a pris un nouveau contenu depuis la sortie du rapport Spinetta, il y a un mois, et les réactions épidermiques qu’il a suscité au sein des salariés de la SNCF.

…sera rejointe massivement par les cheminots SNCF et RATP !

On le sait, l’interfédéral du rail (CGT-Cheminots, Unsa, Sud Rail, CFDT-Cheminots) a décidé le 15 mars dernier de lancer à partir du 3 avril prochain, une grève intermittente de 2 jours sur 5 pendant trois mois, d’avril à juin. Le 22 mars n’était pas sur la table. Et pourtant, parmi les quatre principales organisations syndicales de la SNCF, SUD-Rail et l’Unsa appellent les cheminots à faire grève ce jeudi. La CGT-Cheminots qui dit craindre que l’appel à la grève n’entrave la possibilité pour les cheminots de rejoindre les cortèges parisiens, se limite à un appel à la manifestation nationale.

Pourtant, le taux de gréviste prévoit d’être très élevé parmi les salariés de la SNCF – autant qu’au printemps 2014, dernière phase de mobilisation à la SNCF-, et de toucher au-delà des seules étiquettes syndicales SUD-Rail et Unsa-ferroviaire : 75% des trains inter-cités, 60% des TGVs et 50% des transiliens ne rouleront pas ce jeudi, selon les prévisions de mardi. En Ile-de-France, parmi les grévistes, il faudra aussi compter les conducteurs des RER, liés à la SNCF, et les conducteurs de bus de la RATP, où trois syndicats sur quatre appellent à faire grève. La mobilisation sur les lignes de métro RATP devrait être cependant un peu moins suivie.

Une mobilisation dans un contexte de bataille des universités contre la sélection

A ce titre, il y a d’abord, les étudiants et leur lutte contre le plan étudiant dit « ORE » qui instaure la sélection à l’entrée de l’université. Voilà plusieurs semaines, - voire plusieurs mois, dans le cas de l’université de Toulouse- Jean Jaurès, dit « Le Mirail », qui se bat depuis décembre contre un projet de fusion - que la grogne monte dans les universités. De la part des enseignants-chercheurs d’abord, dont beaucoup refusent la philosophie de la réforme et l’implication en termes de surcharge de travail que suppose l’instauration de la sélection, et ont acté la non remontée des attendus. Du côté des étudiants également, avec la tenue d’Assemblées Générales à Aix-Marseille, Amiens, Paris-1, Poitiers, Paris VIII, Lille, Strasbourg, Montpellier, Toulouse, Besançon, Bordeaux, Dijon. Eux aussi prévoient de se joindre aux cortèges le 22 mars, en dépit des tentatives du gouvernement pour étouffer, à coup de matraque comme ce fût le cas à Bordeaux-Victoire, de fermeture administrative, d’expulsion policière (voir Dijon, Besançon, Toulouse) et de black-out médiatique.

Hop ! AirFrance, Pimkie, Carrefour, EDF, la Poste, Ephad, retraités

Au-delà de ces trois secteurs qui forment la pointe émergée de la mobilisation – fonction publique, SNCF, universités -, la journée de grève du 22 mars se prépare activement dans de nombreux secteurs. C’est le cas dans ceux qui sont actuellement mobilisés. Comme dans les EPHAD, ou chez les retraités qui comptent remettre le couvert de la mobilisation ce jeudi, en dépit des promesses d’Edouard Philippe de « corriger le dispositif » de la hausse de la CSG et du premier recul partiel du gouvernement.
Des préavis de grève ont été également déposés dans plusieurs entreprises privées qui ont pour particularité d’avoir été touchées, durant les derniers mois (ou années) pour des attaques patronales, qui ont compté des salariés mobilisés sans pour autant obtenir de véritable victoire. C’est le cas de Pimkie, où une Rupture Conventionnelle collective, dispositif permis par la loi travail 2, est tombé à l’automne, et qui se sont engagés dans une grève reconductible fin février ; à Carrefour, également touché par des plans de restructuration.

Dans le transport aérien également, la journée du 22 mars a été saisie par certaines organisations syndicales d’AirFrance et de sa filiale low-cost Hop !. Ainsi, le troisième syndicat de pilote de Hop ! appelle à la grève le 22 et 23 mars pour obtenir une convention collective unique, depuis plusieurs mois négocié avec la direction qui mène une « guerre d’usure ». Chez AirFrance, où les salariés sont encore traumatisés par le plan de restructuration de 3 000 emplois de 2015, stewards et hôtesses sont appelés par le SNGAF à défiler aux côtés des fonctionnaires le 22 mars, comme un avant-goût de la grève, appelée cette fois par dix organisations syndicales d’AirFrance le 23 et le 30 mars, pour obtenir 6% d’augmentation salariale.

Vers un mouvement d’ensemble ?

Comme le souligne le Monde, le 22 mars apparaît comme le point d’orgue de plusieurs foyers de contestation. Reste à savoir si, au-delà des intérêts sectoriels et directement économiques de chaque secteur, il est possible de construire le « tous ensemble » avec les cheminots, de faire de la lutte à la SNCF, « l’occasion » comme l’invite à le faire Frédéric Lordon dans son dernier billet de blog du Monde Diplomatique de réunir toutes les batailles. De faire de la superposition des luttes existantes, une conjonction. Et de mettre de la politique là dedans.

Pour l’instant, les « experts » de la bourgeoisie n’y croient pas. Pour Raymond Soubie, interrogé dans les pages du Monde, « en ce moment, les conflits dans les entreprises sont plutôt moins nombreux que ces derniers années. Quelques clignotants sont allumés, mais de faible intensité ». Mais faut-il prendre pour argent comptant un journal qui, le 15 mars 1968, titrait « Quand la France s’ennuie… » ?

Crédits : AFP




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