Politique

Nous ne sommes pas à vendre

Fonctionnaires. 1,2%, pour éviter la jonction avec les étudiants et le privé

Publié le 17 mars 2016

Yano Lesage

Alors que la mobilisation contre la loi du travail prend de l’ampleur au sein de la jeunesse, le gouvernement fait tout pour éloigner le spectre d’une mobilisation des fonctionnaires. Suite à une rencontre avec les syndicats des fonctionnaires, la ministre de la Fonction Publique, Annick Girardin vient d’annoncer une revalorisation de 1,2% du point d’indice, gelé depuis 2010, une mesure à laquelle le ministère se refusait il y a à peine quelques mois. Une tentative pour couper les ailes à une Intersyndicale qui s’apprêtait à appeler à la mobilisation pour le 22 mars. Des miettes, largement en deçà de la perte du pouvoir d’achat enregistrées depuis 2010. Désolée Madame la Ministre, les fonctionnaires ne s’achètent pas.

Les fonctionnaires ont raison de mettre au crédit de leurs mobilisations passées mais aussi et surtout à celui des jeunes et des étudiants ce changement de ton dans le discours du gouvernement. Après six ans de gel des salaires des fonctionnaires, c’est bien la crainte de voir se mettre en mouvement les travailleurs de la fonction publique, dans le contexte d’une mobilisation de la jeunesse qui a décidé le gouvernement à reculer sur le report du gel du point d’indice jusqu’en 2017.

Un recul certes, mais bien trop limité. Une hausse de 1,2% prévu en deux temps – 0,6% au 1er juillet 2016 et 0,6% au 1er février 2017-, bien deçà des pertes de « 8% du pouvoir d’achat » enregistrées par rapport à 2010 confirment la CGT et FO. Au bas mot une augmentation de 300,38euros brut pour un enseignant et 282,71 brut pour un infirmier, en exercice depuis 10 ans. Une centaine d’euros net en plus par mois... Pas de quoi faire grand frais.

La mesure représente une hausse de 1,75 milliards d’euros pour l’ensemble de la fonction publique, territoriale et hospitalière comprise. « Un geste significatif » décline Manuel Valls, derrière la manœuvre, « juste et nécessaire », avec la surprise de voir reconnaître de la part du gouvernement « une baisse du pouvoir d’achat » des salariés du public. Avec plus de 7 milliards d’économies réalisées sur le dos des salariés du public depuis 2010, le gouvernement – qui n’a jamais souhaité remettre en cause cette mesure prise à l’ère Sarkozy- peut s’estimer heureux au change si l’annonce parvient à éviter de faire descendre dans la rue 5,5 millions de fonctionnaires, dont 800 000 enseignants, et autant de jeunes scolarisés.

Rien d’étonnant à voir la FSU, qui avait tenté toutes les manœuvres pour faire signer le PPCR à ses troupes, reconnaître « le geste » du gouvernement. Si Bernadette Groison, secrétaire générale de la FSU, estime insuffisante la mesure et réclame une augmentation immédiate de 2%, la représentante du syndicat majoritaire chez les enseignants estime qu’il s’agit d’une « porte ouverte à la discussion » et signe « la fin du dégel », tout aussi symbolique soit -il. La FSU s’est d’ors et déjà retiré de l’appel syndical unitaire pour le 22 mars, tout comme la CFDT et l’Unsa.

Alors même que « l’heure est au rapport de force », comme l’a rappelé Jean-Marc Canon, pour la CGT, et la mesure largement « insuffisante », il y a tout à gagner à ce que les fonctionnaires participent activement, dans la durée, à la mobilisation contre la loi du travail. Dans cette situation, il serait tout à fait réaliste d’exiger des mesures de revalorisation salariale à la hauteur des pertes de pouvoir d’achat : une revalorisation immédiate de 8%, et une indexation sur l’inflation et sur les loyers dans les grandes villes.

L’échéance du 31 mars est centrale certes pour faire tomber la « loi du travail », mais c’est dès maintenant qu’il faut travailler à la massification de la mobilisation contre le projet de loi El Khomri, qui fait si peur au gouvernement et le pousse dans ses retranchements. Plus tôt il reculera, plus tôt les fonctionnaires auront gain de cause.