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Plus que de la solidarité. Un exemple à suivre

Fonderie du Poitou-Châtellerault. Les CDIs en lutte pour l’embauche des intérimaires

Publié le 9 septembre 2016

Corinne Rozenn

A Ingrandes-sur-Vienne, à la périphérie de Châtellerault (86), La Fonderie du Poitou Aluminium, ou Fonderie Alu, c’est une institution. Entreprise incontournable du bassin industriel local, elle est en passe de devenir plus qu’un symbole de solidarité ouvrière ; un exemple à suivre. Jeudi, une bonne partie des 330 ouvriers en CDI se sont mis en grève, à l’appel de la CGT, majoritaire sur le site, pour exiger l’embauche des 90 intérimaires, leurs collègues.

A la Fonderie Alu, on fabrique des pièces pour l’industrie automobile, notamment des joints de culasse. Régulièrement, les ouvriers sur poste voient arriver de nouvelles têtes : précaires, intérimaires, contrats aidés. A chaque fois, c’est la même histoire : à la chaîne, c’est aux CDI de former ceux qui sont en intérim qui, eux, sont payés au lance-pierre, la direction touchant la différence, voire des aides de l’Etat. Dès la fin des contrats, ils sont jetés comme des kleenex, et c’est un nouvel intérimaire qu’il faut aider à former après. Non seulement c’est un stress permanent pour les travailleurs, à commencer par ceux qui sont en intérim, mais c’est également une pression constante sur l’ensemble des salariés, une arme de division. Et pourtant, comme le rappelle Jean-Philippe Juin, délégué CGT sur site, « sans les intérimaires, la boite ne pourrait pas fonctionner ».

La CGT a fait circuler, dans l’usine, une pétition, avant l’été, et des débrayages ont eu lieu en juillet. Face au silence entêté de la direction, les syndicalistes ont décidé de passer à la vitesse supérieure : la grève, pour exiger l’embauche, à parité de contrat, des intérimaires, qui font le même boulot que leurs collègues. Une question de solidarité élémentaire, mais également une nécessité politique pour se souder et se renforcer face au patron, le groupe Saint-Jean-Industrie, un habitué de la casse sociale et aux appétits immenses dès lors qu’il s’agit de dividendes.

En réunion avec la direction, dès l’après-midi, les représentants de la CGT ont exposé les revendications aux représentants du patronat, qui a fait la sourde oreille. Ils n’ont pas voulu entendre quoi que ce soit à propos de l’embauche des intérimaires et encore moins des embauches tout court, au vu des départs à la retraite sur les prochaines années et la hausse des carnets de commande , notamment pour Renault et Aston Martin.

La grève n’a pas été reconduite, mais le message a été transmis : ce n’est qu’un début. D’ici là, ce mouvement est un bel exemple à suivre. Plus on sera soudés, moins on sera divisés, moins le patronat pourra jouer sur les différentes typologies contractuelles, les qualifications et les hiérarchies internes, plus la force des travailleurs est importante. Qu’on se le dise.

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