Politique

Bonne idée ou opération enfumage ?

Force ouvrière et le référendum, un appel à la démobilisation contre la loi travail ?

Publié le 11 mai 2016

Georges Camac

Dans une interview donnée au Parisien ce 10 mai, le secrétaire général de Force ouvrière, Jean-Claude Mailly, appelle à l’organisation d’un référendum sur la question de la loi travail. Une idée qui pourrait paraitre séduisante face à un gouvernement autoritaire, mais qui cherche en réalité surtout à camoufler l’absence d’une vraie détermination contre la loi travail chez les dirigeants syndicaux.

Un effet d’annonce pour masquer une position ambiguë

Du point de vue des grands médias, c’est surtout la demande du référendum mise en avant par Jean-Claude Mailly qui a retenu leur attention. Mais l’interview donnée au Parisien permet de mieux saisir les contours d’une position ambiguë du leader de FO sur la question de la loi travail. Si celui-ci déclare vouloir le retrait du texte, il laisse en même temps la porte ouverte à la négociation. Ainsi, quand on lui demande si le texte est inamendable, celui-ci répond : « Si le gouvernement maintient la priorité donnée à la négociation au niveau de l’entreprise par rapport à la branche, oui. » Ce qui veut donc dire que dans le cas contraire, le texte deviendrait « amendable ».

La question du renversement de la hiérarchie des normes est d’ailleurs la principale « ligne rouge » pour Jean-Claude Mailly, avec également la question de la facilitation du licenciement économique mais dont il ne semble pas faire grand cas. Pas un mot en revanche sur la réduction de la rémunération des heures supplémentaires, l’augmentation du temps de travail, la réduction des congés, etc… On est donc bien loin d’une position ferme sur le retrait du projet de loi qui ne contient pourtant que des attaques contre les droits des travailleurs.

Négocier plutôt que construire la lutte ?

De plus, le leader de FO lance aussi un appel au gouvernement et à la CFDT, qui a trahi la mobilisation en signant le texte, à « ouvrir une discussion avec le patronat » : « Retirons l’article2 du projet de loi et discutons sur l’articulation des niveaux de négociation. C’est quand même nous qui négocions ?! On verra ce que ça donne. » Voilà donc la vision du syndicalisme portée par la direction de cette centrale syndicale, qui préfère lancer des appels à la négociation avec le gouvernement et le patronat plutôt que de construire un plan de bataille en direction des travailleurs qui fait cruellement défaut jusqu’ici pour changer le rapport de forces. Et qui porte par exemple une lourde responsabilité dans le décalage successif de la date d’entrée en grève des cheminots touchés par la réforme ferroviaire et dont l’entrée en scène pourrait bien dynamiser la situation, comme l’a montré une fois de plus la journée du 10 mai.

C’est bien dans ce contexte qu’il faut comprendre la demande d’un référendum par Jean-Claude Mailly. Alors que le gouvernement va faire passer la loi au forceps par le biais du 49-3, que la direction de FO est prête à négocier le projet, les déclarations sur le référendum permettent de se racheter une image contestatrice à bien peu de frais.

Le référendum, une fausse bonne idée

Si le référendum peut apparaître comme une solution démocratique face à la méthode autoritaire employée par un gouvernement largement discrédité, il ne l’est en réalité pas car son cadre et sa mise en application reste contrôlés par le gouvernement. Il suffit par exemple de penser au référendum de 2005 sur la constitution européenne qui avait exprimé un non massif, mais qui n’avait pas empêché la ratification du même texte trois ans plus tard. Plus récemment, l’annonce d’un référendum sur la question de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes avait surtout servi de caution pour Emmanuel Cosse, membre d’EELV, pour justifier son entrée dans un gouvernement inféodé au patronat et aux bétonneurs.

Dans un contexte où 70% des sondés se disent opposés à la loi travail, il est évident que le gouvernement ne s’engagera pas sur la voie d’un référendum, sauf s’il est contraint par la rue et par la force, par la perspective d’une grève générale reconductible. Un rapport de forces que ne cherche justement pas jusqu’au bout à construire les différentes directions syndicales. Et c’est là toute la question. Si, dans les semaines à venir, le développement de la mobilisation obligeait le gouvernement à reculer sur le projet de loi, le référendum ne serait d’aucune utilité, il permettrait au contraire à un exécutif profondément discrédité par sa politique anti-travailleurs et autoritaire de se re-légitimer en se donnant un vernis « démocratique ».

Pas de raccourci donc : les formules incantatoires de Jean-Claude Mailly ne feront pas oublier les responsabilités des différentes organisations syndicales qui n’ont jusqu’ici pas proposé de véritable plan de bataille pour gagner. Et au sein de l’intersyndicale, les dirigeants de Force ouvrière ont bien souvent tout particulièrement joué le rôle de tirer en arrière pour empêcher l’émergence d’une perspective offensive pour les travailleurs face à un gouvernement aux abois.