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Philippe Poutou, le seul candidat qui risque le chômage

Ford Blanquefort : une journée de grève et de mobilisation massive pour la sauvegarde des emplois

Journée usine morte sur le site de Ford Blanquefort ce Lundi 23 Janvier. En effet ce sont près de 500 ouvriers qui ont manifesté pour la sauvegarde des emplois. Une mobilisation massive, reflet de l’inquiétude qui pèse sur les salariés qui risquent de nombreuses suppressions d’emploi. Après un débrayage dynamique, les travailleurs de Ford se sont rendus devant la préfecture de Bordeaux pour un rendez-vous avec le préfet où une délégation a été reçue. De nombreux secteurs sont venus soutenir la grève dont le Samu 33, en lutte depuis 2 semaines déjà. Et pour cause, dans un contexte d’austérité grandissante la grève chez Ford, emblème d’une bataille qui dure depuis 10 ans déjà, trouve son écho. Antonin Cheron et Kenza Soares

C’est à 5h15 que le débrayage de l’usine de Ford Blanquefort a commencé. En effet 6 ans après une mobilisation massive qui avait permis d’éviter la suppression des emplois, la direction repart à l’assaut et prépare la mort programmée du site.

Près de 400 salariés étaient donc sur le piquet très tôt ce matin et pratiquement aucun travailleur n’est entré dans l’usine : une réussite. Au contraire pendant plusieurs heures et malgré un temps glacial, ceux-ci se sont maintenu pieds fermes dans une ambiance chaleureuse bien que l’inquiétude était palpable. Aujourd’hui on est là pour défendre notre travail, parce qu’on veut travailler. [...] là les projets concernent seulement un minimum d’ouvriers, et on veut du boulot” exprimait une travailleuse fordiste. Sa collègue a ajouté “On est dans l’incertitude la plus totale, là ça va faire 8 ans et ça ne va pas en s’arrangeant”, “au moins qu’ils nous disent si ça va bien ou si ça ne va pas, qu’on ait pas à se rendre malade en se disant qu’on n’aura peut-être plus de boulot, et si l’on sait où l’on va, on peut au moins commencer les démarches pour chercher ailleurs” “On n’attend, depuis des années. Et on est sans réponse”. Pour l’instant la direction fait part de ses projets au compte-goutte. Cependant, si rien d’officiel n’a encore été annoncé, les salariés de Ford s’inquiètent de voir la production ralentir drastiquement. Jérome, militant CGT à Ford Blanquefort expliquait “Pour la transmission qu’on fait aujourd’hui, la 6F35, on avait des volumes prévisionnels donnés par Ford Europe qui étaient à 160 000 et cette année on a fait 107 000. L’année prochaine cela va encore diminuer, avec des risques de chômage partiel. Cela se répercute aussi au niveau des conditions de travail car quand les productions baissent, ils diminuent le personnel avec cette logique de rentabilité de toujours essayer de tirer du profit c’est à dire produire toujours plus mais avec toujours moins de personnel ; on se retrouve sur des postes chargés et des salariés qui souffrent.” “Un comité de pilotage aurait dû se faire entre Ford Europe et la préfecture mais le préfet ne l’a pas organisé. Nous sommes dans une situation où à l’aube de 2018 on n’a des fins d’activité sur les différents projets et les différentes activités et l’emploi est menacé à court terme. Aujourd’hui il est essentiel d’être ici. On a interpellé les politiques, ils ont été très réactifs, notamment le préfet. Un communiqué de presse a été sorti mais il n’est pas suffisant du tout et on voit bien que de 2012 jusqu’à maintenant les politiques ont complètement délaissé le dossier Ford alors qu’on les a régulièrement interpellés car pour nous il y a des inquiétudes. On leur a fourni beaucoup d’éléments et ils ne les ont pas pris en compte. Dans leur communiqué ils disaient qu’ils allaient forcer Ford à faire son annonce plus tôt que prévu, mais l’annonce que veut faire Ford cela concerne une transmission qui donne du boulot à 200-250 personnes, et on est 930, le compte n’y est pas. Lorsque Ford est revenu en 2010-2011, ils sont revenus avec des activités mais qui ne remplissent pas l’usine, elle est à moitié vide aujourd’hui. Aujourd’hui ce que l’on demande c’est que les élus interpellent Ford pour qu’ils investissent vraiment dans cette usine, qu’ils ne la laissent pas à moitié vide, et qu’il y ai du boulot pour les 930 personnes mais aussi des embauches et que tout le tissu économique autour de Ford soit pérennisé aussi [...] Ford va très bien, elle fait des milliards de bénéfices et distribue des milliards aux actionnaires, donc de l’argent il y en a. Ils investissent aussi, un peu partout, à coups de milliards. Et là l’investissement qu’on nous annonce c’est 50 millions d’euros, c’est rien dans l’industrie. Quand on sait qu’ils peuvent investir des milliards dans une usine c’est rien.”

De nombreux soutiens étaient présents, étudiants et travailleurs. “Par solidarité avec nos camarades de Ford ont vient les soutenir, comme eux sont venus nous soutenir aussi par le passé. Lorsqu’on a fait des mouvements eux ils se sont déplacés, c’était donc normal dans cet esprit solidaire de venir aussi soutenir Ford” “On essaye, quand ça bouge sur la zone commerciale, de se rassembler pour construire un certain rapport de forces dont on a besoin [...] on était ensemble en lutte contre la Loi Travail” ont expliqué Saïd et Benoît, travailleurs de l’entrepôt d’Auchan Blanquefort à moins d’un kilomètre de Ford, et élus CGT.

Vers 9h les travailleurs de chez Ford ont commencé à rejoindre Bordeaux en tramway pour manifester jusqu’à la préfecture. Un rassemblement d’autant plus massif qu’étaient présents de nombreux soutiens : personnel de l’éducation, des transports, de la poste, de l’inspection du travail, de la CAF et de la caisse des dépôts, mais aussi des salariés de Getrag (sous-traitant de Ford basé également à Blanquefort que les grévistes espèrent réussir à mobiliser), des étudiants, intermittent du spectacle, ainsi que le personnel des ARM. Ces derniers, en grève depuis 2 semaines déjà contre le démantèlement de la santé et le manque de personnel aux urgences ont d’ailleurs pris la parole durant le rassemblement pour rappeler leur soutien aux Ford. Mika, militant de Sud santé sociaux au CHU de Bordeaux nous expliquait à ce sujet : “on est en lutte avec les assistants de régulation médicale depuis 14 jours aujourd’hui [...] on a beaucoup de marques de soutien depuis le début du combat [...] les Ford sont venus sur le rassemblement très rapidement sur le rond point du CHU de Bordeaux Pellegrin marquer leur soutien aux camarades en lutte, donc aujourd’hui c’est un peu un retour des choses qu’on leur fait en venant sur leur lutte, lutte permanente depuis pas mal d’années pour maintenir les emplois à Blanquefort. Cette lutte elle nous impressionne ! Et je pense qu’il y a un dénominateur commun avec la lutte des ARM du centre 15. Le service public est attaqué depuis 2007 avec différents plans qui restructurent l’Hôpital public, qui essayent de concentrer les hôpitaux sur certains lieux, dépouillent les hôpitaux de proximité de leur utilité, et à côté de ça on a des politiques qui sont mises en place au CHU de Bordeaux de réduction de la masse salariale [...] et d’un point de vue générale et pour faire le lien avec Ford, je pense que les politiques d’austérité sont dues en générale à une politique libérale qui voudrait que les très riches de ce monde se gavent encore plus, au détriment de la société, de la population, des citoyens avec le démantèlement par exemple de la santé et l’éducation allant jusqu’à mettre en danger les citoyens. Face à ça, partage des richesses, partage du temps de travail : la lutte des classes est loin d’être finie !”

Et si la bataille pour la sauvegarde des emplois chez Ford mobilise autant autour d’elle, c’est parce qu’elle est aussi le symbole d’une lutte qui dure depuis des années déjà, des années d’austérité et d’attaques néolibérales que l’on retrouve dans l’ensemble de la société contre les travailleurs du privés aussi bien que du public, dans la santé et l’éducation notamment. Philippe Poutou, candidat à la présidentielle et ouvrier chez Ford Blanquefort expliquait à ce sujet : “Au nom de la crise, de la compétitivité, de la rentabilité, on est censés subir des lois qui s’imposeraient par elle-même, et dès qu’il y a un couac, c’est les salariés qui payent. Soit par des suppressions d’emplois, soit par des salaires qui sont revus à la baisse, soit par des attaques sur les conditions sociales, soit tout simplement par des attaques sur les conditions de travail. On est tout le temps là pour payer. Ce qui est intéressant à discuter c’est pourquoi est-ce que ça fonctionnerait comme ça, sachant qu’en plus dans le cas de Ford ce sont des milliards de profits [...] il y a un décalage entre tout ce que nous on doit payer et la façon dont eux s’enrichissent. Et là on voit le vol des richesses, et comment la crise et la compétitivité sert à détourner l’argent et à l’amener vers les mains des dirigeants et des patrons.” “Ford a des moyens financiers énormes, c’est des profits records ces dernières années, des dividendes distribuées aux actionnaires recordes, des salaires de dirigeants records aussi, c’est eux qui le disent, ils s’en vantent, donc on sait que les moyens financiers existent. Au niveau de la question industrielle c’est bon aussi, ils ont des tas de modèles en perspectives, ils ont des innovations au niveau de ce que nous-même on fabrique à savoir des transmissions, on passe de boîtes à 8 vitesses aux boîtes à 9 vitesses, il y a tout ce qu’il faut. La question c’est comment est-ce que Ford redistribue ce qu’il a à produire et la tendance est celle de toujours aller produire là où la main d’oeuvre est moins chère. C’est la course à la rentabilité. C’est pour ça que nous on agit là-dedans pour montrer qu’on peut très bien exercer une pression qui permette une distribution différente du travail et maintenir une activité”. Des éléments qui posent la nécessité de continuer à soutenir la grève chez Ford et de faire converger les luttes, comme ça a pu être le cas ce Lundi 23 Février. La plupart des liens sont des liens qui ont été tissés durant la lutte contre la Loi Travail où, étudiants, travailleurs du public et du privé avaient lutté collectivement. Des liens à solidifier et à amplifier afin de préparer les prochaines batailles.

Pour ce qui est de la lutte chez Ford, les regards sont tournés vers les journées des 9 et 20 Février, la première étant la date de rencontre entre Ford Europe, la préfecture et les élus locaux et la seconde, celle de la rencontre entre Ford Europe et le Ministère de l’industrie. Rencontres qui se feront sans les syndicats qui n’y ont pas été invité ce qui montre bien la volonté de régler cette affaire dans le dos des premiers intéressés. L’enjeu est donc, après cette première journée de mobilisation très combative de pouvoir pérenniser la lutte dans le temps, et ce avec toujours plus de soutiens dans la bataille, bataille qui, dix ans auparavant avait permis la sauvegarde des emplois.




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