Sanctions à rebours contre quatre militants syndicaux

Ford. Philippe Poutou convoqué par la police

Publié le 20 avril 2016

Depuis quelques jours, quatre syndicalistes, dont Philippe Poutou (porte-parole du NPA et candidat aux présidentielles de 2017) de l’usine Ford Blanquefort sont entendus par la police de Bordeaux suite à une plainte déposée par Ford France pour dégradation de matériel. Les faits se passent en 2012 et 2014 lors du salon de l’automobile à Paris. Un groupe de salariés et syndicalistes investissent le stand de Ford pour dénoncer la politique de l’entreprise. Entendus aujourd’hui, plusieurs années après les évènements, on peut se demander quels sont les fondements de cette action en justice.

Mireille Robert
C’est un fait notoire, la justice française prend son temps. Cette déesse aveugle et affublée d’une balance déséquilibrée par les émoluments qu’elle perçoit peut mettre des années à décider d’une poursuite. Bien souvent, elle ne s’élance qu’après avoir entendu quelques murmures et senti quelque poids supplémentaire sur son plateau. Rousseau disait assez sèchement « le riche tient la loi dans sa bourse », comment ne pas croire qu’il s’agisse de cela aujourd’hui ?
Plusieurs années après les faits, le tribunal de Bordeaux a décidé de convoquer pour interrogatoire quatre syndicalistes de l’usine Ford Aquitaine Industries de Blanquefort (Gironde) pour des faits de dégradations suite à deux interventions des salariés de Ford lors des Mondiaux de l’automobile de 2012 et 2014. Ces salariés (les quatre prévenus inclus) avaient pacifiquement investi le stand de Ford pour dénoncer la politique d’austérité envers les salariés alors que bénéfices et actionnaires semblaient se porter à merveille. Le conflit n’est pas récent, voilà plusieurs années que les ouvriers de cette usine grondent. Qu’importe, les dirigeants ont installé du double vitrage ! Pour être entendu, il faut en arriver aux actions « coup de poings ». Tel était l’objectif de ces interventions aux Mondiaux de l’automobile : tenter d’être entendu. Les actions se limitaient à quelques poses d’autocollants sur les stands, distributions de tracts, discours des syndiqués et un capot cabossé. Voilà ce qu’on reproche aux quatre syndicalistes. L’enquête nous dira s’ils sont bel et bien des terroristes. Plus sérieusement, ce maigre chef d’accusation nous fait nous questionner sur les fondements de cette action en justice : pourquoi cette affaire, aujourd’hui, alors qu’après les faits en 2012 et 2014, une première enquête avait été ouverte sans suite ? Pourquoi seulement quatre personnes (et uniquement des syndicalistes) sont-elles convoquées ? Pourquoi la plainte est émise par Ford France alors que l’usine Ford Aquitaine Industries est une filiale de Ford Europe ? Des questions qui ne trouveront certainement pas de réponse.
Parmi les syndicalistes mis en cause s’en trouve un plutôt connu. En effet, l’un des quatre prévenus n’est autre que Philippe Poutou figure emblématique du NPA et futur candidat à la présidentielle de 2017. Le voilà, moins d’un mois après avoir annoncé sa candidature aux élections, convoqué par la police comme un vulgaire délinquant. Mauvaise pub pour le candidat, c’est peut-être là le but de l’opération, discréditer l’homme pour discréditer ses propos ? En rhétorique, on appelle ça de la dialectique éristique et plus précisément un argument ad-hominem et finalement c’est plutôt simple : affaiblir l’opinion qu’on a d’un homme pour réduire l’intensité de son discours, un exemple valant mieux que mille théories.
Mais n’exagérons rien, il se peut que la concordance de ces évènements ne soit que fortuite, peut-être que les calculs politiques n’entrent pas en compte dans cette action en justice et il se pourrait même que l’enquête nous révèle que Philippe Poutou et ses camarades de lutte ne sont en fait que de dangereux malfaiteurs.
En attendant les conclusions de la police suite aux interrogatoires dont le dernier, celui de Philippe Poutou a eu lieu hier après-midi, les ouvriers de l’usine Ford Aquitaine Industries continuent le mouvement. Aujourd’hui la grogne a donné lieu à un blocage, opération « usine morte », grève généralisée qui ne sera certainement pas la dernière.