Politique

A l’agonie dans les sondages

François Hollande entre en campagne. Sarkozy en ligne de mire

Publié le 8 septembre 2016

Toujours en vie. Tel est le premier enseignement du discours quasi présidentiel de François Hollande ce jeudi dans la salle Wagram du très chic XVIIe arrondissement de Paris. Poussé notamment par son entourage à donner un signal fort face aux candidatures qui se multiplient aussi bien à sa gauche – Montebourg et Hamon – qu’à sa droite avec Macron, il semble que Hollande ait tiré une première salve contre la droite, et notamment Sarkozy. Il était temps, pour le président presque candidat en phase terminale. Ironie du sort, le jour même de sa résurrection, un sondage annonce que Hollande a retrouvé son plus bas niveau de popularité depuis son élection. De quoi redescendre sur terre à moins de huit mois des présidentielles de 2017. Les dés sont-ils jetés pour Hollande ?

Damien Bernard

Devant un millier de socialistes triés sur le volet, le chef de l’État a prononcé un discours sur « la démocratie face au terrorisme » qui fleurait bon le début de campagne. Sans surprise, après avoir maintes fois emprunté le programme de la droite et de l’extrême droite avec notamment la déchéance de nationalité et l’avalanche de lois sécuritaires, François Hollande continue dans sa stratégie visant à recréer le clivage gauche-droite. Bien aidé par la surenchère réactionnaire de la droite autant sur l’offensive raciste et islamophobe avec la question du « burkini » que sur la question de l’aggravation de la Loi travail avant l’été, le président de la République s’est posé en garant de « l’État de droit » et du « modèle social français » face aux projets de la droite et de l’extrême droite. Une posture indispensable pour celui qui vise à « rassembler » son camp.

Recréer le clivage gauche-droite : la cohésion nationale pour axe stratégique

« Chaque Français, quelle que soit la façon dont il a acquis la nationalité, est ici chez lui ». C’est par cette déclaration que François Hollande a tenté de reparler à sa gauche. Oublié la déchéance de nationalité, loi xénophobe empruntée à l’extrême droite et qui a fracturé profondément l’intérieur même de sa majorité. Dans la continuité de ses déclarations suite aux attentats de Nice, c’est désormais la « cohésion » qui prime.

« Ni stigmatisation, ni provocation » avait-il affirmé du haut de son statut de chef de l’État suite à l’offensive raciste et islamophobe sur la question du « burkini ». Oublié l’homme de synthèse au pouvoir : Hollande part à l’offensive. Désormais, il tranche. Non aux lois « de circonstances », affirmait-il sur l’interdiction du « burkini », en réponse à la surenchère de la droite. « La laïcité n’est pas une mystique », a-t-il lancé à l’adresse de Manuel Valls.

Terminée aussi la surenchère sécuritaire. « Cet état d’urgence, ces lois, cet arsenal, nous ont permis de déjouer plusieurs projets d’attentats », explique-t-il. Pourtant il ne s’agit pas pour lui, comme l’exige la droite, de troquer l’État de droit contre un« état d’exception », évoquant notamment l’échec sécuritaire du Patriot Act aux États-Unis, comme du camp de Guantanamo. Là encore, Hollande tente de recréer tant bien que mal des lignes de rupture avec la droite.

Choisir l’opposant idéal pour remiser sur l’anti-sarkozysme

À moins de 8 mois des présidentielles, le défi même de pouvoir l’emporter dans les primaires s’annonce titanesque pour Hollande. Débordé de toute part, à sa gauche par Montebourg, à sa droite par Macron, Hollande n’a que très peu de marge de manœuvre. Un trou de souris pour espérer l’emporter aux primaires, un parcours du combattant pour passer le premier tour des présidentielles. Pour cela, choisir son terrain de bataille et son opposant semble la moindre des choses.

Dans son discours, François Hollande cible principalement Nicolas Sarkozy, pour le moment devancé dans les sondages par Juppé aux primaires de droite. « Non, les principes constitutionnels ne sont pas des arguties juridiques », a-t-il répondu à Sarkozy. Avant de faire allusion à sa mise en examen dans l’affaire Bygmalion : « Argutie juridique, la présomption d’innocence – bien commode à brandir quand il s’agit de plaider pour son propre compte ? ». Hollande lance sa première flèche.

« C’est quand elle a cédé que la République s’est perdue », ajoute-t-il en répondant à « l’état d’exception » que prônerait la surenchère sécuritaire à droite. Pensait-il à Vichy ? Sans le nommer, il accuse Nicolas Sarkozy de bafouer la présomption d’innocence des personnes fichées S. Il tacle ensuite sa surenchère ultra libérale. « Je me bats contre l’État d’exclusion. Celui qui d’ailleurs, prôné par les mêmes, démantèle la protection sociale, réduit les services publics ». La bataille est lancée.

Hollande joue son va-tout

Malgré un discours à l’offensive, il est nécessaire de rappeler que les espoirs pour Hollande sont extrêmement minces, en témoigne le record d’impopularité de nouveau retrouvé en septembre. Sur fond de chômage de masse et de précarité qui explose, l’épisode de la déchéance de nationalité, puis la loi Travail imposée à coup de répression sur le terrain des manifestations et par le 49.3 sur le terrain parlementaire, ont entériné la rupture du « peuple de gauche » avec notamment le PS et Hollande.

Malgré les efforts du gouvernement pour retrouver, par exemple, les faveurs du corps enseignant grâce à la revalorisation du point d’indice gelé depuis 2010 ou en alignant les primes des professeurs des écoles avec le second degré, Cevipof souligne dans une étude que « les enseignants, qui constituent le cœur de l’électorat socialiste traditionnel, l’abandonnent soit au profit d’un candidat centriste soit au profit d’Alain Juppé ».

Dans ce contexte, et face à la multiplication des candidatures, Hollande tente de se présenter comme l’unique candidat en capacité de rassembler la gauche, comme seul garant de l’État de droit et du modèle social face à la droite et à l’extrême droite. Pour réaliser l’impossible, il choisit l’adversaire le plus facile à éliminer, Nicolas Sarkozy, englué dans ses affaires, en vue de ressusciter l’anti-sarkozysme. Ratisser à gauche en tentant de recoller les morceaux... Hollande réussira-t-il son pari ?