Politique

Pour laisser à son successeur la possibilité d’un énième prolongement ?

François Hollande souhaite prolonger l’état d’urgence jusqu’à la fin de son quinquennat !

Publié le 16 novembre 2016

C’est désormais officiel, François Hollande ne souhaite pas que la fin de son règne se termine en dehors du cadre répressif exceptionnel qu’il a lui même instauré. Une volonté qui, en dernière instance, revient à laisser la possibilité au prochain locataire de l’Elysée de prolonger l’état d’urgence.

Frédéric Apoyo

C’est dans la droite lignée des déclarations de Manuel Valls en début de semaine, qui souhaitait prolonger l’état d’urgence après janvier, que François Hollande s’est exprimé depuis Marrakech. En visite au Maroc à l’occasion de la COP 22, le chef de l’Etat a en effet affirmé face aux caméras de RFI, de TV5 Monde et de France 24 sa volonté de « prolonger l’état d’urgence jusqu’à l’élection présidentielle ». Voila qui a le mérite d’être clair, et comme son premier ministre, Hollande a argué que les risques terroristes étaient la raison pour laquelle une telle décision était nécessaire.

Mais le fait que le président français fasse cette déclaration à l’occasion de la COP 22 est un clin d’œil pour le moins embarrassant pour le chef de l’Etat. En effet, dans le fameux livre polémique Ce qu’un Président ne devrait pas dire, François Hollande en personne avait reconnu que l’état d’urgence avait été très utile pour réprimer les "zadistes" à l’occasion ... de la COP 21 qui s’est tenue à Paris. Il est vrai qu’en plus des assignations à résidence préventives, le gouvernement ne s’était pas privé de réprimer violemment la mobilisation. Une tactique qui a été reproduite durant de longs mois tout au long de la contestation contre la loi travail.

Un an après sa mise en place, le bilan chiffré de l’état d’urgence démontre en effet son efficacité à maintenir la chape de plomb sur les quartiers et la répression contre le mouvement social, tandis qu’un constat d’inutilité dans la lutte contre le terrorisme est démontré. A ce titre, la déclaration de François Hollande n’est pas une surprise d’autant que le climat social est extrêmement tendu, et que le mouvement contre la loi travail a rappelé aux possédants que les travailleurs et la jeunesse ont retrouvé le chemin de la lutte. A l’agonie et en fin de mandat, Hollande compte bien maintenir l’étau répressif qui pourrait bien servir le prochain locataire de l’Élysée. Au-delà du prochain visage présidentiel, Hollande assure les classes possédantes pour l’après 2017 d’un état d’exception qui compte bien se normaliser et se renforcer en vue d’attaques et de réformes libérales du prochain gouvernement, qui pourrait bien être de droite. L’objectif : se prémunir face à la résistance de la jeunesse et des salariés qui ressortent, malgré la défaite, renforcés de la dernière bataille contre la loi Travail.