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Frondeurs. Macron se prépare à une majorité « en marche »...dispersée

« Challenger le gouvernement ». C’est un des objectifs que se fixent certains candidats roulant pour La République en Marche elle-même, alors que le mouvement de Macron est en passe de s’assurer une très large majorité au sein du parlement. Déjà des frondeurs au projet macronien ?

Photo : J.Brinon/SIPA

Un projet bien encadré

Pour le tout jeune, mais pas si novateur, mouvement de marcheurs, le défi est de taille. Être le pansement de la plaie béante qui ronge le bipartisme traditionnel de la Vème République n’est pas chose aisée. Car face à la mort de plus en plus imminente du Parti socialiste, et face à des Républicains englués dans les affaires, il a fallu agréger des marcheurs de tous horizons, ou presque. Entre captation du Modem, des hémorragies du PS et de LR, et intégration de « personnalités de la société civile », il faut maintenant assurer homogénéité et discipline dans le « projet ».

Macron, en bon petit Bonaparte, a ainsi imposé à tous ses marcheurs victorieux de signer le « contrat avec la nation », qu’il justifiait déjà ainsi en février dernier : « C’est-à-dire qu’ils s’engagent à voter à mes côtés les grands projets, c’est-à-dire à soutenir notre projet. Il n’y a pas de frondeurs […]. Il n’y a pas d’opportunisme, il n’y a pas des gens qui peuvent être investis en disant "eh bien moi, sur le cœur de votre projet […] je ne suis pas d’accord, je ne le voterai pas". » Et de confirmer juste avant le premier tour, selon le Canard enchaîné : « Nous allons avoir beaucoup d’élus, presque trop, plus de 400. Il va falloir les encadrer pour éviter le foutoir »

Un « contrat » peu précis

Si Macron se tient ferme contre toute tentative de fronde, les contours de l’engagement imposé sont pour le moins peu précisés. On y trouve surtout des phrases vagues telles que « remettre la transmission des savoirs fondamentaux, de notre culture et de nos valeurs au cœur du projet de notre école et de nos universités », « moraliser et responsabiliser la vie publique, et renouveler la représentation nationale » ou « recréer une mobilité économique et sociale par le numérique, la recherche et l’innovation, le travail et l’entrepreneuriat ». Un élan de précision relative tout de même pour introduire sa « loi travail XXL » et autres promesses d’exploitation sans contrainte : « simplifier le droit, réformer l’assurance chômage pour en faire un droit universel avec des exigences nouvelles pour chacun ».

Discipline interne ou respect de la fausse démocratie ?

Ainsi les contestations se font déjà entendre, alertant sur l’ « enjeu démocratique majeur » qui est posé, comme l’affirme Barbara Romagnan, candidate dans le Doubs. En effet, l’article 27 de la Constitution stipule que « tout mandat impératif est nul », et que « le droit de vote des membres du Parlement est personnel ». Ceci pour expliquer que les députés doivent être « indépendants », faire primer les « intérêts de la nation » sur ceux de leur parti et « représenter le peuple ».

Pourtant, entre la sélection préalable des candidats, les pontes habituels de la politique française et les « personnalités de la société civile » synonyme de patron et DRH, entre les pressions internes à ces groupements de politiciens internes, la corruptions par les emplois fictifs et autres, on doute fort de « l’indépendance » réelle de ces députés.

Marche arrière ?

Certains s’essaient tout de même à quelques prises de distance sinueuses. « Le Président a passé un contrat avec la nation et, en tant que candidats, nous nous sommes engagés à le respecter. Après, nous avons un devoir d’alerte. Si une loi allait contre l’intérêt de notre territoire, je la discuterais et je ne vois pas pourquoi le Président ne nous écouterait pas » déclare ainsi Marie-Christine Verdier-Jouclas, candidate dans le Tarn. Il en va de même pour Lætitia Avia candidate à Paris : « Nous allons "challenger" le gouvernement, puisque c’est le rôle des élus, c’est également de contrôler l’action du gouvernement ».

Un collectif s’est d’ailleurs déjà formé pour « sauver la République en Marche » : le Collectif des Marcheurs en Colère, qui rassemblerait près de 300 adhérents, d’après sa co-fondatrice Tiphaine Beaulieu. D’ores et déjà, ils ont cherché à interpeller le gouvernement contre les affaires de Richard Ferrand, ou encore des investitures aux légisatives qu’ils jugeaient anti-démocratiques. Une fronde encore fragile, mais qui témoigne sans doute de la faible cohésion de cette nouvelle équipe de la majorité présidentielle...




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