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Monde

Nouveau crime raciste aux États-Unis

Fusillade de Charleston. Rappel sanglant du racisme

Celeste Murillo Dans la soirée du mercredi 17 juin, un homme blanc s'est introduit dans une église historique de la communauté noire à Charleston, en Caroline du Sud, et a tué 9 personnes, toutes Noires. Si les nombreux assassinats de jeunes Noirs commis par la police n'avaient pas suffi cette année, cette tuerie constitue un rappel sanglant de la vivacité du racisme aux États-Unis. Par delà les discours, l'impunité institutionnelle légitime la haine raciale.

Une fusillade visant la communauté noire de Charleston

Un jeune homme blanc, Dylann Roof, s’est introduit dans l’église vers 21 heures et a perpétré la fusillade au cours d’une séance d’étude de la Bible. L’Emanuel African Methodist Episocopal Church – l’une des plus veilles églises noires de la ville et de la côte est des États-Unis – est très populaire au sein de la communauté noire de la ville et son pasteur, Clementa Pinckney se retrouve parmi les personnes assassinées. Six femmes et deux autres hommes ont également été tuées par les balles de Roof.

Le maire de Charleston, Joseph P. Riley, a d’emblée réagi en affirmant que « l’unique motif pour lequel quelqu’un pourrait entrer dans une église et tuer des gens qui prient est la haine. » Les fonctionnaires et les grands médias sont d’ailleurs tous d’accord pour dire qu’il s’agit de toute évidence d’un crime haineux à caractère raciste.

En effet, les croyances racistes du jeune homme sont avérées. Dans sa photo du profil sur Facebook, il porte un manteau sur lequel on voit les drapeaux de l’Afrique du Sud pendant l’apartheid et de la Rhodésie dominée par les blancs, qui sont des symboles des mouvances de suprématie blanche. Ses proches décrivent par ailleurs un jeune homme qui a commencé à développer des opinions fortement racistes dans les derniers mois.

L’écœurante récupération politique des faits

La ville s’est levée le 18 juin au milieu d’une véritable chasse à l’homme pour attraper le suspect qui a été finalement interpellé grâce à un contrôle routier à 300 kilomètres de la ville. Les officiers de police de l’État ainsi que le FBI avaient mobilisé toutes leurs ressources dans un véritable déploiement de force et promis de tout mettre en œuvre pour retrouver l’auteur présumé de la fusillade.

L’église Emanuel est un symbole de la lutte et de la résistance des esclaves aux États-Unis ce qui tend à montrer encore une fois que le choix du jeune homme blanc a des connotations fortement racistes. La candidate aux primaires démocrates, Hillary Clinton, a consacré ses prières aux morts de Charleston ; le candidat aux primaires républicains, Jeb Bush, a fait de même. Les hommes et femmes politiques, ainsi que les hauts fonctionnaires, comprennent bien qu’il s’agit d’une opportunité politique sur laquelle il faut capitaliser, alors ceux-là même gardent le silence devant l’impunité de l’écrasante majorité de policiers accusés de brutalité policière raciste. Quel serait l’attitude de Bush ou de Clinton s’il s’agissait au contraire d’un nouveau Mike Brown ? Ces politiciens soutiendraient-ils la rébellion de Baltimore où la mobilisation a permis que les responsables de la mort de Freddie Gray soient jugés ? La réponse est claire : non.

Un contexte difficile pour les Noirs américains

Ce crime s’inscrit dans un contexte national ouvert par l’assassinat de Michael Brown en août 2014 dans la ville de Ferguson. Sa mort a déclenché des manifestations massives, nuit après nuit, lesquelles ont été combattues par le gouverneur de l’État avec la déclaration d’un état d’urgence et l’intervention de la Garde nationale équipée de chars et de l’armement militaire.

Depuis, le mouvement Black Lives Matter (les vies des Noirs ont une valeur) a été à l’origine d’importantes manifestations à travers le pays afin d’exiger que justice soit faite aux assassins des jeunes Noirs. Ce mouvement de contestation a déjà mis en lumière la vivacité du racisme dans une société profondément divisée et inégale, au sein de la quelle la population noire est sur-représentée parmi ceux qui gagnent le salaire minimum, vivent dans la pauvreté et sont détenus dans les prisons.

Le mouvement contre le racisme et l’inégalité flagrante contredisent profondément les illusions d’une société post-raciale, alimentée notamment depuis l’arrivée du premier Noir à la Maison Blanche en 2008. Le gouvernement de Barack Obama a tenté de calmer les esprits, mais ses gestes ont été insuffisants devant le racisme institutionnel de l’État qui reste trop largement incontesté.

19/06/15




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